Allemagne/Etats-Unis: Planning familial et de consultation en matière de grossesse
Marie-José Portmann, APIC
Cologne/Rome 25 janvier 2001 (APIC) Le Vatican semble hésiter entre doctrine et pragmatisme. Alors qu’il lâche du lest en Allemagne, autorisant l’évêque de Limburg à délivrer, dans les centres de consultation de son diocèse, des certificats permettant aux femmes enceintes d’avorter, il reste sans réaction face à la décision de Georges Bush de couper les vivres aux organisations de planning familial actives à l’étranger.
Le diocèse allemand de Limburg est le seul à continuer de délivrer des certificats de consultation aux femmes enceintes en détresse, certificats obligatoires pour avorter, selon la loi. Dans les autres diocèses, l’association Donum Vitae soutenu par le Comité central des catholiques allemand (ZdK) a décidé de poursuivre les activités de conseil dans le cadre légal. Le ministère allemand pour les questions féminines a même décidé une allocation de 450’000 marks pour le démarrage de l’initiative laïque.
Cité par l’agence catholique allemande KNA, un membre de l’épiscopat allemand a dit que les évêques qui s’étaient pliés aux exigences de Rome ne pouvaient s’empêcher de remarquer aujourd’hui que l’argumentation développée par le Vatican pour imposer aux centres de consultation de sortir du cadre fixé par l’Etat n’avait rien à voir avec la doctrine de l’Eglise.
S’agissant de la décision de Bush, aucun commentaire n’a pour l’heure été fait du côté de Rome. Habituellement prompt à réagir sur des sujets liés àà l’avortement, à l’euthanasie, au clonage d’embryons ou autres questions controversées, l’ »Osservatore Romano » garde pour l’instant un silence radio. Pourtant, la décision des Etats-Unis pourrait bien avoir des répercussions jusqu’en Amérique latine. Des organisations de planning familial ont soutenu jusqu’à présent à coups de millions de dollars des programmes en matière de contrôle de naissances dans nombre de pays latinos.
A peine élu à la tête des Etats-Unis, Georges Bush a en outre pris le risque de durcir le débat sur l’avortement. Il a en effet choisi le 28ème anniversaire de l’arrêt de la Cour suprême dépénalisant l’avortement pour annoncer la suppression des subventions aux organisations de planning familial qui tolèrent l’avortement dans leur action internationale. Une clause de loi interdisant l’argent de l’Etat d’avortements à l’étranger que Bill Clinton s’était empressé d’abroger. La tension monte entre défenseur et opposants de l’avortement encore au moment où John Ashcroft, grand pourfendeurde l’interruption de grossesse, sera confirmé en tant que ministre de la Justice et donc chargé d’appliquer la loi, en matière d’avortement également.
Contre toute attente
Dans une prise de position publiée simultanément à Rome et à Limburg, le 22 janvier, l’évêque de Limburg a précisé qu’à la fin de l’an 2001, le conseil diocésain évaluerait les résultats de cette mesure qui veut encourager les femmes à ne pas se cacher pour avorter.
Accompagné de son ami l’évêque Reinhard Lettmann, de Munich, Mgr Kamphaus avait auparavant rencontré, de sa propre initiative, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi le cardinal Joseph Ratzinger ainsi que le cardinal Giovanni Battista Re, de la Congrégation pour les Evêques. La loi allemande permet l’avortement durant les 12 premières semaines de la grossesse après la conception mais la femme qui désire se faire avorter doit produire l’attestation d’un cendre de consultation approuvé par l’Etat, obtenu au moins trois jours avant l’avortement.
Le ministère allemand de la santé a dû se prononcer sur la validité des certificats délivrés par l’Eglise catholique et de nombreux évêques, sous la pression du Vatican, ont décidé de sortir leurs centres de consultation du réseau étatique.
Ecouter celles qui vivent une crise de conscience
Comme beaucoup d’évêques allemands avant l’ultimatum papal, Mgr Kamphaus défend la thèse que c’est en acceptant que les centres de consultation soient ouverts aux femmes qui ne savent pas si elles désirent garder leur enfant, que l’on pourra aider celles qui sont réellement en proie à une crise de conscience.
Mgr Kamphaus n’est pas considéré comme un dissident à Rome. En dépit de rumeurs insistantes selon lesquelles la curie aurait demandé à Mgr Kamphaus de revenir sur sa position. « Le témoignage unanime de l’Eglise catholique en faveur de la vie n’est pas remis en cause », a affirmé le Vatican et Mgr Kamphaus s’est engagé à accroître les qualifications « professionnelles, spirituelles et matérielles » de ses conseillères, « pour qu’elles soient plus efficaces dans leurs efforts pour détourner les femmes enceintes de l’avortement ».
Toujours selon la prise de position officielle du Vatican, le succès de la démarche originale de Limburg et les résultats de la nouvelle conception du conseil catholique, étendue aux familles et à la sexualité dans les autres diocèses, seront analysés au bout d’une année pour décider de la pratique qui sera finalement adoptée en Allemagne.
Une Eglise catholique consensuelle
L’évêque de Mayence, Mgr Karl Lehmann, président de la Conférence des évêques allemands, a salué l’heureuse issue des négociations avec le Vatican. Selon lui, cet arrangement montre que le désir d’aboutir à un consensus au sein de l’Eglise catholique sur les questions délicate est plus grand qu’on ne l’imagine de l’extérieur.
Les partisans d’un système de consultation dans le cadre juridique mentionnent des statistiques ecclésiales pour dire que pas moins de 20’000 consultations ont eu lieu dans les centres catholiques, de 1997, et que plus de 5’000 futures mères avaient finalement décidé de garder leur enfant.
Au moment où les évêques ont tourné le dos au dispositif de l’Etat, un groupe d’éminents catholiques ont fondé une organisation nommée « Donum Vitae » (don de dieu) pour assurer un conseil d’inspiration catholique aux femmes en difficultés. L’accord obtenu par Mgr Kamphaus est une bonne nouvelle pour les femmes en détresse qui ont besoin d’être accompagnées pour faire face à leur situation. (apic/mjp/pr)
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