Porto Alegre: Bilan positif du Forum Social Mondial
De notre envoyé spécial à Porto Alegre Jacques Berset
Porto Alegre, 29 janvier 2001 (APIC) Le Forum Social Mondial (FSM) qui s’achève mardi 30 janvier dans la ville de Porto Alegre, capitale de l’Etat brésilien de Rio Grande do Sul, s’avère d’ores et déjà comme un grand succès. La participation colorée de centaines de mouvements populaires, d’organisations syndicales, ecclésiales, écologistes, féministes, culturelles et ethniques, et de plus de 3’400 délégués venus de 135 pays, ont permis de vastes échanges. Et surtout le début d’une mise en réseaux de groupes décidés à montrer «à ceux de Davos» qu’il y a une alternative à la «pensée unique» néolibérale.
Vu la diversité et le nombre de mouvements qui se pressaient dans les locaux de l’Université pontificale (PUC) de Porto Alegre, et, selon les organisateurs, «pour ne pas appauvrir les débats et canaliser la dynamique du FSM», aucun document final n’a été présenté aux participants. Il s’agit d’abord à Porto Alegre de marquer une différence de vision. «Nous refusons de dire qu’ici, c’est le social, et à Davos, c’est l’économie; nous partons d’une autre perspective: bâtir la société civile organisée au niveau international». Le FSM aura dépassé toutes les expectatives des organisateurs, notamment quant au nombre de participants durant les 5 jours de travaux, et la couverture médiatique au niveau mondial.
Frei Betto dénonce le «discours apparemment humanitaire de Davos»
Commentant le débat télévisé en direct entre des participants au Forum Economique Mondial de Davos et des participants au FSM à Porto Alegre, le public entassé dans les salles de télévision ou rivé sur Internet a qualifié l’échange de «dialogue de sourds». Le religieux dominicain brésilien Frei Betto, l’une des personnalités en vue du FSM, a confié à l’APIC que ce dialogue signale les profondes divergences entre les deux forums et démasque le discours «apparemment humanitaire de Davos». «En vérité, c’est un discours démagogique et tout aussi virtuel que celui du président brésilien Fernando Henrique Cardoso, qui parle des pauvres, des mouvements populaires, de la nation, mais rien de tout cela est réel. Le FSM tient sa légitimité des nombreuses organisations enracinées dans la population et qui la représentent, ce qui n’est pas le cas de Davos, qui ne représente que les intérêts du grand capital».
Un espace ouvert à tous
Le FSM se veut en effet un espace ouvert à tous ceux qui représentent la société civile, de la Caritas internationalis à Rome, ou la Commission «Justice et Paix» de la Conférence nationale des évêques brésiliens, jusqu’à des mouvements radicaux comme la guérilla des FARC, les Forces armées révolutionnaires colombiennes, pour prendre des exemples extrêmes.
Quelques participants se sont toutefois plaints du manque de place faite aux femmes, par ailleurs très présentes au niveau du public ; d’autres ont eu parfois eu l’impression que le Parti des Travailleurs (PT) brésilien, qui gouverne désormais l’Etat de Rio Grande do Sul, a trop occupé le devant de la scène, comme s’il était déjà en campagne électorale pour les prochaines élections présidentielles.
Les exclus se font entendre au FSM
D’autres mouvements présents au FSM, comme le mouvement noir – déçu qu’il n’y aura pas de déclaration finale où la question du racisme et de la discrimination des noirs en Amérique latine aurait pu être exposée – et se sentant exclus par l’attribution de bureaux et d’ateliers éloignés des locaux de la PUC -, ont bruyamment interrompu la conférence de presse des organisateurs, démontrant une nouvelle fois qu’à Porto Alegre, les mouvements populaires entendent bien garder leur autonomie et leur liberté d’action face aux politiques. Comme l’a également fait le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) en participant avec José Bové à la destruction de plantations de soja et de maïs transgéniques de la firme américaine Monsanto.
Plusieurs parlementaires présents au FSM ont d’ailleurs reconnu que les mouvements populaires et les organisations de la société civile ne devaient pas servir de courroies de transmission aux partis politiques. Une interaction et un dialogue constants doivent cependant être établis entre mouvements sociaux et acteurs politiques, «car il serait illusoire de penser que ces mouvements sociaux pourraient se suffire à eux-mêmes et se passer de relais politiques».
Des «cris» qui doivent être entendus
Même s’il n’était la plupart du temps pas dogmatique, le discours «socialiste» et le ton de «gauche» de nombreuses interventions de parlementaires et responsables politiques brésiliens, latino-américains voire européens, a gêné la poignée de parlementaire à la sensibilité démocrate chrétienne ou chrétienne sociale. Habitué au contexte latino-américain et connaissant les problèmes de survie d’une grande partie de la population brésilienne, le conseiller national démocrate-chrétien François Lachat admet que ces «cris» devaient être entendus. Mais il faut désormais passer de la dénonciation à l’action et chercher ensemble des solutions pour faire face aux conséquences sociales de la mondialisation, qui est aujourd’hui une réalité établie, que cela plaise ou non.
Mondialisation politique pour répondre à la mondialisation économique et financière
A travers l’abaissement des barrières douanières, due à la libéralisation des échanges, les producteurs du Sud pourraient théoriquement vendre leurs biens sur les marchés du Nord, mais les pays du Nord répliquent immédiatement en réclamant une augmentation des minima sociaux ou environnementaux. Ce débat est un débat politique, insiste François Lachat. «Il doit donc être conduit par les politiques, le marché ne pouvant résoudre cette problématique». Le conseiller national jurassien constate une double atomisation de la réponse que sont appelés à donner les politiques: d’une part, les problèmes commerciaux sont du ressort de l’OMC, les problèmes sociaux et du monde du travail relèvent de l’OIT tandis que les problèmes environnementaux sont traités lors de grands sommets comme Rio et récemment Amsterdam. D’autre part, la réponse donnée à ces problèmes est une nouvelle fois fragmentée au niveau des parlements nationaux.
D’où à ses yeux la nécessité de répondre par une mondialisation politique à la mondialisation économique et financière, par exemple par la création d’une assemblée parlementaire à l’OMC. François Lachat propose finalement de doter l’ONU d’un Parlement. (apic/be/pr)
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