Un théologien qui alimente la réflexion sur l’Eglise

Belgique: Thèse sur la théologie orthodoxe de Jean Zizioulas

Louvain-la-Neuve, 2 juillet 2001 (APIC) Un prêtre de l’Etat de Washington, Robert D. Turner, a obtenu la grande distinction pour une thèse de doctorat présentée à la Faculté de Théologie de l’Université catholique de Louvain (UCL) et consacrée à la pensée du théologien orthodoxe grec Jean Zizioulas.

Aujourd’hui métropolite de Pergame en Turquie, antique siège épiscopal qu’il occupe depuis 1986, Jean Zizioulas alimente depuis 35 ans la réflexion sur l’Eglise bien au-delà du monde orthodoxe, vu son souci du dialogue oecuménique. Robert Turner lui avait déjà consacré en 1993 son mémoire de licence en théologie.

Entre son ministère en paroisse et ses premières charges d’enseignement à l’abbaye bénédictine de Mount Angel dans l’Oregon, le prêtre américain a pu poursuivre sa recherche pour étudier «Les fondements de la communion ecclésiale dans l’oeuvre de Jean Zizioulas». Ce théologien orthodoxe a notamment retenu l’attention par son livre sur «L’Eucharistie, l’évêque et l’Eglise dans les trois premiers siècles». J. Zizioulas y fait surgir de l’eucharistie pour ainsi dire l’essentiel de ce qu’est l’Eglise locale, dans la communion autour de l’évêque qui tient la place du Christ.

L’originalité de la théologie de J. Zizioulas tient à la forte articulation qu’il établit entre sa conception de l’Eglise, sa réflexion sur le Dieu trinitaire, sa compréhension du Christ et sa présentation de l’Esprit Saint. L’Eglise ne se conçoit, dit-il, que dans le contexte de la Trinité. Elle est Eglise de Dieu avant d’être Eglise du Christ. Le Christ lui-même est inconcevable sans l’Esprit. Finalement, toute la création est impliquée dans le devenir ecclésial, dont la communion épanouie autour de l’évêque dans l’eucharistie ne peut que rayonner l’amour de la Trinité.

Dans sons souci d’articulation, J. Zizioulas a toutefois systématisé sa conception de l’Eglise comme communion au-delà même de ce que lui suggérerait la tradition orthodoxe. Sur quoi repose pareille systématisation? D’abord sur une conception de l’être; créé par Dieu, l’être humain peut entrevoir la délivrance de la mortalité et l’Eglise tout entière en acquiert une vocation cosmique, particulièrement sensible dans le culte. La réflexion sur «l’ontologie» du théologien grec retient longuement Robert Turner.

La conception du temps

La conception du temps chez J. Zizioulas est également particulière. Née de l’événement de Pâques, l’Eglise lui paraît essentiellement marquée par la Résurrection; elle ne tire pas son existence du passé, mais de son avenir: elle est «l’icône» du Royaume de Dieu de la fin des temps. L’Eglise «est ce qu’elle sera», insiste J. Zizioulas. Cette identité eschatologique de l’Eglise lui importe avant tout et «le seul moyen» de la préserver, estime-t-il, «est de célébrer les sacrements, en particulier l’eucharistie» où s’expérimente «un écho de l’état futur des choses».

Un troisième fondement de la pensée de J. Zizioulas est sa manière d’aborder le réel, autrement dit l’épistémologie. Le discours critique de la théologie est en effet relativisé. Selon le théologien grec, seul le culte donne vraiment accès à «la transcendance et la transparence» des réalités visées dans la foi.

Cohérence

La dissertation doctorale de Robert Turner est la première étude fouillée qui porte sur l’ensemble de la théologie de J. Zizioulas et en montre la cohérence. Elle y découvre une systématisation qui est à la fois stimulante, mais comporte aussi ses limites. L’accentuation de l’avenir porte, par exemple, à négliger l’enracinement de l’Eglise dans l’histoire. La valorisation du pôle transcendant incite aussi à sous-estimer l’épaisseur humaine de la vie ecclésiale. Quant à l’Eglise locale, J. Zizioulas ne la conçoit que rassemblée en présence de l’évêque; R. Turner estime pourtant, avec la théologie conciliaire héritée de Vatican II, que la paroisse est déjà l’Eglise tout entière en un lieu.

La théologie de l’Eglise du métropolite de Pergame doit beaucoup à son contexte originel: l’Eglise orthodoxe de Grèce. Les études critiques que des catholiques lui ont consacrées ont souvent fait ressortir des aspects qui leur parlaient davantage, au risque de désarticuler la cohérence d’origine ou d’importer une perspective sous-jacente non critiquée.

La thèse de Robert D. Turner procède aussi à une évaluation de ces études avant de dégager en quoi l’oeuvre de Jean Zizioulas est «moins une synthèse achevée qu’une construction remarquable en attente de développements ultérieurs». Le doctorand a réalisé son travail sous la direction du professeur Joseph Famerée. Il sera proclamé docteur en théologie après publication au moins partielle de sa thèse. (apic/cip/pr)

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