Italie: Les catholiques se mobilisent en vue du sommet du G8 à Gênes
Gênes, 8 juillet 2001 (APIC) Plusieurs milliers de représentants d’organisations et de mouvements catholiques italiens rassemblés samedi et dimanche au «Teatro Carlo Felice» de Gênes à la veille du Sommet du G8 ont adopté un «Italie: Les catholiques se mobilisent en vue du sommet du G8 à Gênes». L’archevêque de Gênes, le cardinal Dionigi Tettamanzi, s’est joint à la demande des jeunes catholiques de respecter la vie humaine, «valeur universelle». Il a plaidé pour le dialogue avec les adversaires de la mondialisation.
Les jeunes et religieux catholiques anti-mondialisation se réclament du «peuple de Seattle». Participant au grand rassemblement des «’’Sentinelles du Matin’’, ils ne disent pas non à toute globalisation. Ils demandent que ce processus ne se fasse pas au détriment des plus pauvres et respecte l’environnement. Leur «Manifeste» sera remis au gouvernement italien qui présidera le Sommet des pays les plus influents du monde (Etats-Unis, Canada, Japon, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie et Russie) qui se tiendra dans la capitale ligure du 20 au 22 juillet prochain.
L’engagement des jeunes, remède à la mondialisation
Le cardinal Tettamanzi, président de la Conférence épiscopale ligure, a présenté les critères éthiques inspirant la doctrine sociale de l’Eglise en faisant référence aux thèmes inscrits à l’agenda du G8. Le prélat italien, dans son intervention sur les jeunes et la globalisation, a présenté l’engagement des jeunes dans des actions bénévoles et en politique comme un remède pour soigner la globalisation.
Quelque 2’000 jeunes de plus de 60 associations ecclésiales et congrégations missionnaires participent à l’événement. Les religieux anti-mondialisation se préparent à participer aux manifestations pacifiques qui marqueront le sommet du G8, dans une ville en état de siège où les délégations gouvernementales seront hébergées sur des bateaux isolés du public. Le rassemblement a remis son Manifeste destiné aux leaders du G8 à Umberto Vattani, secrétaire général du Ministères italien des Affaires étrangères, qui a été à plusieurs reprises sifflé par la foule.
S’adressant au «peuple de Seattle», l’archevêque de Gênes a souligné que la protestation ne s’adressait pas seulement au processus de mondialisation, mais au G8 lui-même, et au peuple des distraits et des indifférents face à ceux qui souffrent de la misère. Et de relever que le peuple le plus important aux yeux de Dieu est le peuple des pauvres, qui devrait être le destinataire naturel et prioritaire de l’attention des chefs d’Etat et de gouvernement.
Encourageant les jeunes à prendre leurs responsabilités pour l’avenir de l’humanité, le prélat a regretté que, dans les pays du Nord, l’on rencontre «trop de crainte à s’engager pour toujours, une réticence à donner la vie, une fermeture égoïste dans nos villes et nos sociétés». Ce qui signifie à ses yeux que le soi-disant «village global», de fait, n’existe pas: «Ce qui manque, c’est la rencontre, pas celle virtuelle par le biais de la télévision ou d’internet, mais celle réelle, du dialogue et du partage».
Le cardinal Tettamanzi a encouragé les jeunes à relever le défi, à aller à la rencontre de la politique. La mission qui leur est confiée, a-t-il relevé, est de «construire le village qui manque à la mondialisation, de percevoir le monde entier comme une patrie, le lieu de la vie ensemble avec les frères». Et de rappeler que face à la mondialisation, le chrétien a un devoir particulier, que lui assigne la foi: la réalisation du dessein de Dieu qui engage à vivre selon la justice, la solidarité, l’amour.
Protester oui, mais aussi refuser la société de consommation
«Jeunes des gens de Seattle, entrez en jeu, comme les missionnaires ! Protestez contre le G8, mais surtout, refusez le style de vie des sociétés occidentales, marquées par le luxe et la consommation… Entrez dans le jeu, avec des choix concrets d’austérité et de don de votre propre vie; partagez les modèles et les actions des missionnaires et des volontaires laïcs qui travaillent dans les pays du Sud». Vaste programme que propose aux jeunes anti-mondialisation le Père Piero Gheddo, responsable de l’Institut Pontifical des Missions étrangères PIME, à Milan.
Pour Piero Gheddo, un monde divisé en deux est insupportable pour tous, mais il ne suffit pas de protester. Il faut travailler sur deux plans: le premier, l’éducation des peuples pauvres; le deuxième, se rendre compte que l’on ne peut continuer à vivre dans le gâchis et dans le superflu, alors qu’il y a des populations qui n’ont pas le nécessaire. «C’est une grande responsabilité morale… le passage de la logique de l’assistance à des politiques de solidarité concerne non seulement les dirigeants du G8, les banques et les multinationales, mais aussi tous les peuples riches.»
Un changement de vie est nécessaire dans les sociétés du Nord
Le responsable missionnaire italien, qui est aussi un journaliste connu – il dirige depuis des décennies la revue missionnaire «Mondo e Missione» – plaide pour un changement de vie dans les sociétés du Nord: «Il est nécessaire de renoncer à quelque chose pour être disponibles à aider les pauvres. Je dis aux jeunes : soyez prêts à entrer en jeu ! Allez pendant deux ou trois ans en Afrique pour offrir votre vie pour les autres ! Nous avons les chefs de gouvernement que produit notre culture, la protestation doit s’adresser aux dirigeants, mais surtout à la société, en indiquant des voies et des propositions concrètes: par exemple, commençons à dire ’non’ au téléphone portable et aux discothèques !».
Non à la grille marxiste des critiques de la mondialisation
Le Père Gheddo dit non à la grille marxiste de nombre de critiques de la mondialisation: «Le problème est bien souvent simplifié; la lecture du phénomène est polluée par le marxisme: on souligne le vol des matières premières, la colonisation, toutes choses qui sont vraies en partie. Mais une analyse historique plus profonde doit tenir compte du degré différent de développement des peuples: certains ne sont sortis de la préhistoire que depuis un siècle. Et l’on ne peut imputer cette situation au G8. Les pays riches tirent aujourd’hui le train du développement; le point est d’y accrocher les pays pauvres. Si, jusqu’à hier, il n’existait que le tiers monde, il y a aujourd’hui le ’quart monde’ fait des pays qui sont entièrement exclus du développement global: Corée du Nord, Sierra Leone, Soudan, Afghanistan, Birmanie…».
«Tout cela, explique le Père Gheddo, n’enlève en aucune manière ses responsabilités au G8, mais il met en cause d’autres sujets, comme les gouvernements locaux qui, en Afrique par exemple, ont fait des erreurs politiques monumentales, en privilégiant les villes et les élites militaires, et en abandonnant les populations rurales à elles-mêmes. Aujourd’hui, les paysans africains ne produisent pas suffisamment de nourriture pour leurs nations, qui sont ainsi contraintes à importer 30% de ce qu’elles consomment. Dans les régions rurales, seuls les missionnaires, les volontaires, les organisations non gouvernementales, apportent assistance, éduquent, et donnent espoir aux pauvres».
Le Père Gheddo rappelle la vision chrétienne: «A la base, il y a la mission de l’Eglise, qui annonce le Christ Sauveur du monde. La mission de l’Eglise ne consiste pas seulement à fonder des écoles ou des léproseries, mais à apporter la révolution de l’Evangile, qui change l’homme, le familles et les peuple, de l’intérieur». (apic/fides/ansa/cic/vid/be)
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