Besoin de silence ou montée du spirituel?

France: Les monastères français prisés par les touristes

France, 16 juillet 2001 (APIC) Des centaines de milliers de visiteurs se bousculent chaque année aux portes des monastères en France. Besoin de silence, montée du spirituel ou effet des 35 heures? Le quotidien «La Croix» publie une enquête effectuée dans 324 établissements. Elle montre un goût marqué chez les Français et les touristes en général pour les monastères qui exercent de plus en plus d’attrait soit pour de simples passages ou pour de vrais séjours.

L’enquête, réalisée en juin, a porté sur l’ensemble des 324 monastères de moines et de moniales, auxquels le quotidien catholique français a envoyé le même questionnaire. 67 communautés religieuses ont répondu; 30 autres ont fait savoir qu’elles n’ont pas les moyens de donner des précisions chiffrées, qu’elles n’ont pas d’hôtellerie ou ne pratiquent qu’un accueil limité – c’est le cas des carmels.

Du côté des moniales, ce sont d’ailleurs les carmels qui viennent en tête pour le nombre des communautés (un peu plus de 90), devant les bénédictines (une cinquantaine), les clarisses (43), les visitandines (23), les cisterciennes (20) et les dominicaines (16). Chez les moines, les plus nombreux sont les bénédictins (21 abbayes ou prieurés)et les cisterciens de la stricte observance ou trappistes (16 abbayes).

Les 67 monastères qui ont répondu à l’enquête ont accueilli l’an dernier 89’000 personnes pour un séjour (au moins une nuit) et 540’000 visiteurs. Pour 54% des communautés religieuses, le nombre des visites est en hausse. Pour plus de 40%, le nombre des retraites, individuelles ou en groupe, est aussi en progression.

Concernant la capacité d’accueil, 30% des monastères ont reçu 10’000 visiteurs et plus, 30% encore de 1’000 à 9’999, 22’% de 100 à 999 et 18% de 1 à 99 visiteurs.

L’abbaye d’En Calcat (Tarn) reçoit 60’000 visiteurs et près de 4’000 retraitants par an, celle du Bec-Hellouin (Eure) 40’000 visiteurs et 8’000 séjours, l’abbaye cistercienne de Tamié (Savoie) 20’000 visiteurs et 4’000 retraitants. A la Grande Chartreuse, 70’000 personnes passent au musée, situé à un kilomètre de la clôture, franchie par les seuls candidats à la vie monastique et quelques proches des moines. Chez les moniales, les bénédictines de Jouarre (Seine-et-Marne), en région parisienne, reçoivent 20’000 visites et 3’000 séjours, celles de Pradines (Loire) 10’000 visites et 3’000 séjours, les Soeurs de l’Annonciade, près de Bourges (Cher), près de 2’000 et 3’000 visiteurs.

Majorité féminine

Pour les visites, les motivations sont partagées: 45% sont venus pour une simple visite, 46% pour participer à un office, 28% ont demandé un contact avec la communauté. 60% sont venus seuls ou en famille et 40% en groupes. Pour les séjours, le public est majoritairement féminin (68,5%, soit 31,5% d’hommes) – il est vrai qu’en général les moniales n’hébergent que des femmes. 27% sont des jeunes, 18% des adultes de moins de 45 ans, 35% des adultes de 40 à 65 ans et 20% des adultes de plus de 65 ans. Quant aux motivations, 69% sont venus pour un temps de prière, 28% pour une demande spirituelle spécifique, 24% pour un temps de partage de formation, 29% pour une pause, et 6% pour une aide matérielle.

«No man’sland» spirituel

Autre fait marquant: l’impressionnante ouverture de la demande de ces dernières années. Sœur Françoise-Xavier était hôtelière il y a vingt ans à Pradinos. Depuis deux ans, la bénédictine a retrouvé cette mission d’accueil des hôtes. «On reçoit aujourd’hui beaucoup de chercheurs de Dieu. Mais de quel Dieu s’agit-il? C’est cela qui n’est pas facile de savoir. Autrefois nous accueillions les catholiques pratiquants. Aujourd’hui, on reçoit des personnes qui sont dans une sorte de ’no man’sland’ spirituel». Dans tous les monastères de France, le constat sur l’identité des visiteurs est le même: «Des personnes qui ont besoin de silence, de décrocher du stress. Mais aussi des recommençants, des nouveaux convertis» observe un moine de Belloc. «Ce qui me frappe le plus, c’est l’accroissement régulier de l’ignorance des réalités de la foi chez les personnes qui viennent au monastère» dit une clarisse.

Cette diversité accrue de la demande spirituelle ne se traduit pas dans les chiffres: les personnes qui séjournent dans les monastères sont à 80% des catholiques pratiquants, selon l’évaluation des Sœurs et des Frères hôteliers. Beaucoup de monastères tentent de limiter la demande en triant sur le volet les candidats: «Nous faisons attention de ne recevoir que des personnes qui viennent pour la prière et non seulement pour le repos», explique une bénédictine.

Certains moines ou moniales sont stricts sur la motivation des séjours. D’autres sont plus souples. Le Père Jacques, de l’abbaye de Landavennec (Finistère), constate que «des gens reviennent après des détours par d’autres traditions religieuses. Ce n’est pas du zapping, dit-il, mais des gens qui ont fait une quête de vérité, authentique. On voit aussi des gens qui n’ont rien, pas de racine. Pour cela nous laissons une grande liberté. Le seul critère, c’est le respect de la vie commune». (apic/cip/cx/mk/pr)

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