Des milliards pour un miroir aux alouettes

Cameroun: Jeux de hasard, impôt volontaire: l’Eglise préoccupée par les sommes gaspillées

Douala, 19 juillet 2001 (APIC) Gains faciles pour les uns, grosse arnaque et opportunités d’affaires pour les autres, les jeux de hasard gagnent considérablement du terrain au Cameroun. Les victimes se comptent par millions. L’Eglise catholique qui est au Cameroun tire la sonnette d’alarme. Non sans raison: en 2000, les Camerounais ont dépensé des milliards de Cfa, et que les citoyens d’une dizaine de pays africains ont joué pour plus de 150 milliards de Cfa. En faveur du PMU-France.

Un rapport établi par le PMU-France précise que les parieurs camerounais sont ceux qui ont le plus misés en l’an 2000. Avec 29 milliards de francs Cfa, le Cameroun occupe la première place devant une dizaine de pays africains. Ce chiffre ne concerne que les passionnés du tiercé, quarté et quinté proposé par le Pari Mutuel Urbain Camerounais (PMUC).

Si l’on fait une bonne addition des mises dans les jeux de hasard proposés par les autres sociétés telles que le Footpools, lopocam ou autres, le chiffre annuel dépensés par les parieurs camerounais se situerait à coup sûr entre 40 et 50 milliards de francs Cfa. Pour un pays aussi pauvre que le Cameroun, cette course folle pour le gain facile peut paraître scandaleuse quand on sait qu’avec tout cet argent, estime-t-on dans les milieux d’Eglise du pays, on peut construire des écoles, des centres de santé et acheter des milliers de sacs de blé et de maïs qu’on offrirait aux nombreuses organisations de lutte contre la faim en Afrique en général et au Cameroun en particulier.

Pendant que le PMU se frotte les mains, des millions de camerounais ne cessent de se ruiner chaque jour, poussé par la grosse illusion de «décrocher le gros lot» pour reprendre leur expressions. Après le Cameroun, le classement établi par le PMU-France est le suivant: Côte d’Ivoire (27 millards de F. Cfa), Sénégal (23 milliards de Fcfa), Mali (15 milliards de F cfa), Gabon (14 milliards de F cfa), Madagascar(10,5 milliards de F Cfa), Ile Maurice (9,5 milliards de F Cfa). Au total, les Africains auront misé en 2000 quelque 150 milliards de Francs Cfa dans les courses hippiques en l’an 2000.

Ruiné par cupidité

Pierre était un très riche commerçant à Douala, la capitale économique du Cameroun. Sa fortune était tellement immense qu’il pouvait se permettre n’importe quoi. Craint, respecté et adulé, il a conforté sa réputation grâce à cet argent dont lui seul connaissait la provenance. Chrétien pratiquant à la cathédrale Saints-Pierre et Paul de Douala, il participait à la bonne marche de sa paroisse. Mais avec les conseils d’un de ses amis, il s’est mis à jouer aux jeux de hasards notamment aux paris sur les courses hippiques, histoire d’augmenter son capital. Ses paris se chiffraient à des centaines de milles.

Emporté par les gains au départ, il s’est mis à dilapider sa fortune au point d’hypothéquer sa villa. Ruiné, ses amis l’ont abandonné à son triste sort. Sa femme l’a quitté et ses enfants qui vivent tous en Europe ne veulent plus entendre parler de lui. Son seul réconfort reste la cathédrale où il se rend presque tous les jours pour prier et demander pardon à Dieu.

L’impôt volontaire

Pour l’abbé André Ngom, prêtre dans l’archidiocèse de Douala, les jeux de hasard sont une sorte d’impôt volontaire. Seul le travail compte car par lui. L’homme, dit-il, doit assurer sa subsistance, celle de sa famille et de la société dans laquelle il vit. Pour cet abbé, «le travail apparaît donc ainsi comme un devoir qui incombe à l’homme. Il constitue l’un des moyens pour réaliser le plan de Dieu. C’est pourquoi, le chômage et le salaire injuste sont regardés comme de graves entraves au droit et au devoir de travailler».

L’abbé André Ngom pense que les jeux de hasard créés ou autorisés par l’Etat sont une manière de prélever sur les pauvres une sorte d’impôt volontaire qui contribue à les appauvrir davantage, sans contrepartie. Pour leur jeter la poudre aux yeux, ces entreprises de jeux après avoir opéré une distribution au sommet et le transfert de leurs colossaux bénéfices en lieux sûrs, provoquent quelques actions d’éclat sans réel rapport avec les priorités de l’heure en Afrique. Le prélat pense ainsi que les jeux de hasard sont à proscrire ou à éviter pour tout chrétien.

Au Cameroun, les médias catholiques ne font aucune concession aux jeux de hasard. La publicité sur ces jeux est par exemple proscrite dans le bimensuel catholique d’informations du Cameroun «L’Effort camerounais» ainsi que sur les ondes des radios catholiques. (apic/mbt/pr)

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