Shoah: Déçus, les historiens juifs et catholiques ont décidé de suspendre leurs travaux
Paris, 25 juillet 2001 (APIC) Les historiens juifs et catholiques chargés d’étudier l’attitude du Vatican durant la seconde guerre mondiale ont suspendu leurs travaux, le Vatican refusant de leur ouvrir ses archives, a annoncé mercredi le journal «La Croix». Selon le quotidien catholique français, on considère au Vatican que leur commission historique n’est pas qualifiée pour les étudier.
Le 19 octobre 1999, le cardinal Edward Cassidy, président de la Commission vaticane pour les rapports religieux avec le judaïsme, annonçait la mise en place d’une équipe d’historiens, trois juifs et trois catholiques, chargés de passer en revue les «Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la seconde guerre mondiale». C’était le fruit d’un accord conclu la veille avec le président de l’International Jewish Committee on Interreligious Consultations, l’avocat new-yorkais Seymour D. Reich.
«Nous ne voyons plus aucun moyen à présent de conduire notre rapport final et estimons que nous devons suspendre notre travail», explique l’équipe d’historiens dans une lettre adressée au cardinal Walter Kasper, qui a entre-temps succédé au cardinal Cassidy à la tête de la Commission vaticane pour les rapports religieux avec le judaïsme, ce dernier les ayant informés du refus du Vatican de leur ouvrir ses archives. «Il s’agit bien d’une suspension des travaux: la commission ne s’est pas dispersée», a précisé à «La Croix» le Belge Bernard Suchecky, de l’Université Libre de Bruxelles, l’un des trois historiens juifs de la commission.
L’initiative de créer une commission d’historiens juifs et catholiques satisfaisait une demande de la partie juive, adressée lors d’une session du Comité international de liaison entre juifs et catholiques tenue au Vatican du 23 au 26 mars 1998, au lendemain de la publication du document du Saint-Siège «Nous nous rappelons: une réflexion sur la Shoah». Certains du côté juif reprochant à ce document une certaine complaisance à l’égard de Pie XII, le cardinal Cassidy avait suggéré, pour en finir avec les polémiques, que des historiens catholiques et juifs examinent les volumes publiés par quatre historiens jésuites (dont le seul survivant est le Français Pierre Blet). «Nous ne sommes pas un tribunal chargé de juger Pie XII. Nous cherchons seulement à élever le niveau du débat», souligne aujourd’hui B. Suchecky.
Contradictions
Dans un «rapport préliminaire» d’une vingtaine de pages remis au cardinal Cassidy le 25 octobre dernier au Vatican, l’équipe des six historiens juifs et catholiques demandaient d’ultérieures consultations des archives du Vatican. Le rapport, qui contenait 47 questions, concluait à la faiblesse du travail effectué par les quatre jésuites: «Un examen rigoureux des onze volumes ne permet pas de répondre aux questions les plus significatives sur le rôle du Vatican durant l’Holocauste. Aucun historien sérieux ne pourrait accepter que les volumes publiés constituent la fin de l’histoire. Cela n’est pas dû à la complexité des questions traitées ni à leur qualité éditoriale, mais au fait que beaucoup de ces documents sont susceptibles d’interprétations divergentes».
Le rapport pointait en outre des contradictions et des zones de recherche laissées obscures. Par deux fois, le cardinal Cassidy a expliqué aux historiens qu’il n’avait pas le pouvoir d’ouvrir ces archives. Son successeur, le cardinal Kasper, a réaffirmé le refus du Vatican dans une lettre «dont le ton n’était pas des plus chaleureux», selon B. Suchecky, au motif que la commission historique n’était pas qualifiée pour les étudier. Les historiens le regrettent: «Sans une réponse positive à notre requête honorable (d’un accès) aux documents d’archives non publiés, précise leur lettre, nous ne pouvons maintenir notre crédibilité après les appels de tant de catholiques, de juifs et d’autres, en faveur d’une plus grande mise à disposition d’éléments d’archives». (apic/cx/cip/pr)
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