Le dialogue œcuménique remis en cause?

France: Eucharistie et baptême: le pasteur Manoël répond à la Commission épiscopale

Paris, 2 août 2001 (APIC) Suite à la mise au point de la Commission pour l’Unité des chrétiens de la Conférence des évêques de France, que préside l’archevêque de Rennes, Mgr François Saint-Macary, après les décisions prises par le synode réformé tenu à Soissons en mai dernier, le président de l’Eglise évangélique de France, le pasteur Marcel Manoël, revient sur les précisions de cette Commission.

Cette-ci rappelait que l’eucharistie ne peut précéder le baptême. « C’est au titre du sacerdoce universel que l’on accède à l’eucharistie; cela signifie que l’on ne communie que si l’on est membre du peuple sacerdotal de Dieu, donc baptisé ». Dans une interview accordée à « La Croix », le pasteur Manoël estime que chaque Eglise devrait accepter davantage le langage de l’autre Eglise, mais ne pense pas que le dialogue oecuménique sera remis en cause.

Q.: Que pensez-vous de la réaction de l’épiscopat français à la décision de votre synode de Soissons concernant l’accueil de non- baptisés à la sainte Cène?

Pasteur Manoël: Je crois que la Commission épiscopale a tout à fait raison d’intervenir pour dire le point de vue de l’Eglise catholique. Cela fait partie de la règle du jeu. Nous avons interrogé l’Eglise catholique sur certaines de ses positions, notamment à la suite de « Dominus Iesus ». Ils est donc normal que nous soyons interrogées à notre tour.

Q.: Vous dites portant, dans votre lettre à Mgr Saint Macary, regretter « la dramatisation qui découle de la médiatisation du débat ».

Pasteur Manoël: Il me semble, en effet, que la Commission a exagérément dramatisé la décision du synode de Siossons. La disposition en cause n’est qu’un élément de la décision du synode, qu’il aurait été préférable de prendre dans son ensemble. Il est dommage d’avoir focalisé l’attention sur un point, certes important, mais pas le plus important.

Q.: Il s’agit néanmoins d’un point crucial, sensible, qui concerne la possibilité d’admettre des non-baptisés à l’Eucharistie, ce qui, selon Mgr Saint Macary, fait apparaître de « graves divergences ».

Pasteur Manoël: Le débat est ancien. On le reprend sans cesse. Il est clair que, catholique et réformés, nous n’avons pas la même conception de l’Eglise, des sacrements et des ministères. Pour les catholiques, le baptême est un sacrement « efficace », c’est- à dire qu’il fait entrer dans Eglise. Pour nous, il est un signe de l’entrée dans l’Eglise, et à ce titre il sera toujours administré; mais ce qui fait l’Eglise, pour nous, c’est la Parole de Dieu donnée dans la prédication, la méditation et les sacrements. Je comprends que, de son point de vue, l’Eglise catholique ait une autre analyse et qu’elle nous fasse part de ses interrogations, et éventuellement de son désaccord.

Q.: Ces théologies différentes ont-elles une chance de se rencontrer un jour?

Pasteur Manoël: Nous avons, de fait, des conceptions de l’Eglise et du baptême différentes. Mais au bout du compte, sous des langages théologiques différents, ne voulons-nous pas dire la même chose? Il faudrait que chaque Eglise accepte davantage le langage théologique de l’autre Eglise.

Q.: Dans l’entretien qu’il a accordé à « La Croix » (16 juillet) lors de son « entrée en pleine communion avec l’Eglise catholique », l’ex-pasteur luthérien Michel Viot s’est élevé contre cette décision de l’Eglise réformée à Soissons. Le climat est-il à la polémique ?

Pasteur Manoël: Je ne le pense pas. Mon souhait est au contraire, que le débat se poursuive dans la clarté. Tel est d’ailleurs aussi le souhait de Mgr Saint Macary qui, dans la lettre qu’il m’a adressée avec le document de la Commission, me dit son intention de poursuivre le débat sur le sacrement « afin de mieux nous comprendre et de travailler à l’unité de l’Eglise du Christ ».

Q.: Comment?

Pasteur Manoël: Nous nous sommes donné un organisme de recherche commune et de dialogue, le Comité mixte catholique- protestante en France. C’est donc naturellement cette instance qui doit continuer le travail sur nos manières différents de comprendre et de dire l’Eglise. En s’inspirant, si possible, de la méthode qui a conduit à l’accord luthéro- catholique sur la justification et que les théologiens appellent le « consensus différencié » c’est- à dire reconnaître que, pour exprimer une même réalité, il peut y avoir des discours différents, mais que ces discours ont la même intention théologique et veulent exprimer la même foi. (apic/cx/bj/sk/pr)

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