Guatemala: Trois ans après l’assassinat de Mgr Gerardi
Guatemala Ciudad, 2 août 2001 (APIC) Six semaines après le procès historique qui a abouti au Guatemala, à la mi-juin, à une condamnation de trois militaires et d’un prêtre comme coauteurs de l’assassinat de Mgr Juan Girardi Conedera, ancien évêque auxiliaire de la capitale, le procureur spécial chargé de l’affaire a dû fuir le pays devant les menaces de mort dont il était l’objet.
Au long de la difficile enquête qui n’a permis l’ouverture du procès qu’en mars dernier, deux magistrats, le juge d’instruction Henry Monroy ainsi que le procureur Celvin Galindo, avaient déjà dû fuir le pays en raison des menaces de mort répétées dont ils avaient été la cible. Ce fut également le cas pour plusieurs témoins à charge. A présent, c’est au tour du procureur Leopoldo Zeissig qui, en prenant la relève de son collègue, avait déjà dû être entouré de mesures de sécurité face aux menaces reçues en cours de procès, ainsi que l’a confirmé le procureur général Adolfo Gonzalez Rodas.
La troisième chambre du tribunal correctionnel de Guatemala Ciudad, présidée par le juge José Eduardo Cojolun, a condamné en juin le colonel Disrael Lima Estrada, ainsi que son fils, le capitaine Byron Lima Oliva et l’ancien membre de la garde présidentielle José Obdulio Villanueva à trente ans de réclusion pour avoir participé à «l’exécution extrajudiciaire» de Mgr Gerardi. Un prêtre de l’archidiocèse, le Père Mario Orantes, était également accusé de complicité dans l’assassinat et a été condamné à vingt ans de prison.
L’évêque assassiné avait été battu à mort le 26 avril 1998, deux jours après avoir présenté un rapport établi par la Commission des droits de l’homme de l’Eglise catholique et dénonçant, sous le titre «Guatemala nunca más!» (Guatemala plus jamais!) les crimes contre l’humanité commis durant la guerre civile qui a ravagé le pays de 1960 à 1996. Ce rapport tient les militaires pour responsables de la plupart des 55’000 cas de violations des droits humains qu’il recense pour cette période où la guerre civile a coûté la vie à 200’000 Guatémaltèques.
Impunité
La plupart des auteurs de violations des droits de l’homme au Guatemala ne sont pas passés en justice. Jusqu’à la réouverture, l’an dernier, du procès de Mgr Gerardi, il n’était pas prévu de procédures judiciaires afin de connaître les noms des auteurs de crimes. Le procès des auteurs de l’assassinat de l’évêque s’est d’ailleurs heurté à quantité d’obstacles: menaces, harcèlement, suspension de l’affaire faute de preuves, renonciation de deux juges et d’un procureur, exil de témoins clés, mort de six témoins potentiels dans des circonstances non éclaircies jusqu’à ce jour.
Depuis leur procès, les quatre personnes jugées coupables de l’assassinat de Mgr Gerardi ont interjeté appel contre le jugement prononcé en première instance. Les militaires mis en cause ont même cherché à intimider une nouvelle fois les juges en laissant entendre que les magistrats auraient été payés pour les condamner. Mais dès l’issue du procès, le président du tribunal J. Cojolun et ses deux assistantes Yassmin Barrios et Amada Guzman ont déclaré que les magistrats ne quitteraient pas le pays malgré les multiples pressions subies.
De son côté, le procureur Leopoldo Zeissig a lancé un appel aux autorités pour qu’elles continuent de garantir la sécurité des juges, en particulier celle de Mme Barrios, dont la résidence avait été la cible d’un attentat juste à la veille de l’ouverture du procès.
Rapport accablant
En juillet 2000, un rapport établi par une mission d’observation de l’ONU au Guatemala avait déjà signalé les pressions et menaces diverses exercées à l’encontre des magistrats et des témoins dans le cas du procès contre les assassins de Mgr Gerardi. «De manière générale, précisait le rapport, les victimes se sont plaintes d’un harcèlement croissant présentant toujours les mêmes caractéristiques: filature de véhicules, surveillance du domicile des victimes, appels téléphoniques anonymes, présence d’inconnus armés près du domicile des victimes, vols avec effraction et perquisitions de bureaux et d’habitations, avec messages d’intimidation laissés sur les lieux, interventions par téléphone et vol d’archives électroniques».
L’inculpation puis la condamnation d’un prêtre comme coauteur de l’assassinat de Mgr Gerardi laisse également perplexe plus d’un responsable d’Eglise. Le nouvel archevêque de Guatemala Ciudad, Mgr Rodolfo Quezada Toruño, a répété depuis Rome, début juillet, que son plus grand souci dans cette affaire était de «connaître la vérité». (apic/cip/mna/zn/pr)
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