Brésil: Pays dans l’obscurité et mauvaise gestion gouvernementale en matière d’énergie
Rio 2 août 2001(APIC). Les mesures d’urgence adoptées par le gouvernement brésilien de Fernando Enrique Cardoso depuis le mois de juin pour faire face à la crise énergétique commencent à conditionner la vie de plusieurs millions de personnes. L’obligation de réduire de 20 % la consommation d’énergie dans tous les foyers (sous peine d’une série de sanctions allant du black-out total aux amendes), signifie survivre avec difficulté. La confusion est générale et laisse la place aux spéculations des différentes compagnies privées sur le prix des factures d’électricité.
Cardoso a tenté d’expliquer la crise, repassant la question de la sécheresse qui a touché le pays au cours de cette année et qui serait à l’origine du manque de réserves en eau dans les centrales hydroélectriques du pays. Mais au-delà du caractère imprévisible du climat, certains spécialistes montrent du doigt la politique approximative du gouvernement. Ces critiques se fondent sur les appels répétés depuis 1998 par de nombreux chercheurs au sujet de la nécessité de faire face à la demande croissante en énergie, à laquelle l’offre ne correspond pas.
La question est en définitive relativement simple: production et distribution d’énergie furent insérées dans le plan de privatisation du gouvernement. Au moment des ventes, le gouvernement, pour attirer les investissements privés, n’obligea pas les acquéreurs de s’engager à augmenter l’offre d’un secteur déjà faible au niveau productif. Pour les acquéreurs, ce fut un succès: gains rapides à coût zéro.
Une politique de privatisation myope, estiment les experts, selon lesquels l’Etat aurait dû continuer à gérer les vieilles centrales et la privatisation n’aurait dû concerner que les nouvelles structures. Ce système mixte aurait favorisé la concurrence, fait monter l’offre et fait baisser les prix.
Plan d’urgence catastrophique
Face à la crise qui se profilait, le gouvernement lança un plan d’urgence pour la construction de plusieurs dizaines de centrales thermoélectriques de gaz naturel. Le plan aurait dû être réalisé par les entreprises privées entrées dans le secteur mais elles n’étaient pas prêtes à le mettre en œuvre car le gaz provient de Bolivie et son prix vacille. Les entreprises acceptèrent finalement, le plan à condition que le gouvernement s’engage à couvrir la hausse du prix du gaz due aux fluctuations du réal, la monnaie brésilienne.
Ainsi, la crise a une cause fondamentale: la politique mal préparée de privatisations des entreprises suite aux engagements pris avec le Fonds monétaire international. L’effet de la crise promet d’être dévastant. Les entreprises menacent de licencier et des tas de plaintes ont déjà été déposées contre le gouvernement, accusé d’avoir adopté des mesures aux dépends des consommateurs. Des projets de formation professionnelle ont été interrompus dans les quartiers pauvres, où la lumière des rues a été éteinte et où, au regard de la délinquance importante, les gens n’osent plus sortir de chez eux le soir venu.
Obscurité
Le problème de fond d’un secteur vital tel que celui de l’énergie réside donc dans la nécessité de planifier les politiques. Mais cette pratique n’est plus d’actualité et c’est le marché qui fait la pluie et le beau temps et qui décide de l’investissement, qui, par la force des choses, est strictement lié au rendement des affaires et des entreprises.
La crise énergétique risque de faire plonger le pays dans un tourbillon dont il peinera à sortir et il semble que les solutions ne porteront leurs fruits que dans trois ans. A cette date, l’actuel gouvernement ne sera certainement plus là. Pour être optimiste, il ne reste qu’à espérer que le « black-out » politique sera, lui au moins, terminé. (apic/mna/sk/pr)
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