L’archidiocèse répond à Carla Del Ponte

Italie: Démenti de l’Eglise de Florence: l’abbé rwandais Athanase Seromba n’a pas fui

Florence, 13 août 2001 (APIC) L’Abbé Athanase Seromba, le prêtre rwandais mis en examen par le tribunal pénal international d’Arusha pour crimes liés au génocide perpétré en 1994 dans son pays d’origine, n’a pas fui. Riccardo Bigi, porte-parole de l’archidiocèse de Florence, en Italie, où se trouve le prêtre, dément ainsi les informations laissant entendre le prêtre se cacherait.

Face à des rumeurs et des informations parfois totalement infondées à propos de l’abbé Athanase Seromba, l’agence d’information missionnaire MISNA à Rome, veut apporter sa contribution à la recherche de la vérité. Tout en rapportant les déclarations du Procureur général du tribunal pénal international, le magistrat suisse Carla del Ponte, elle donne également la parole à Riccardo Bigi, porte-parole de l’archidiocèse de Florence, où réside le prêtre africain suspecté.

« L’abbé Athanase Seromba n’a pas fui, comme l’ont écrit certains journaux: Il est toujours hôte de l’archidiocèse de Florence et réaffirme être prêt à répondre devant la justice de toutes les accusations qui le concernent », souligne Riccardo Bigi. « L’abbé Athanase a demandé à l’Eglise de Florence, qui l’a hébergé durant toutes ces années sur demande de l’évêque de Nyundo, au Rwanda, d’être protégé de l’assaut des journalistes qui le poursuivent depuis quelques semaines ». Le porte parole de l’archidiocèse relève que le prêtre rwandais n’entend nullement se soustraire à un ééventuel procès, dans l’espoir que la justice internationale puisse évaluer avec équité et clarté les faits dont il est accusé. Jusqu’à ce jour, l’abbé n’a encore reçu aucun acte officiel d’accusation, et ne connaît par conséquent les chefs d’accusation qu’à travers ce que les journaux ont publié.

Il ne revient pas à l’archidiocèse de Florence d’établir la vérité sur ce qui est advenu au Rwanda durant la guerre civile, comme il ne lui revient pas non plus de pouvoir empêcher ou favoriser un éventuel procès international, poursuit le porte-parole de l’archidiocèse. « Toutefois, l’Eglise de Florence demande que la vérité soit recherchée en des lieux opportuns, en fonction des délais et des procédures qu’un événement si complexe exige, et que cette vérité ne soit pas établie a priori par les journaux sur la base d’accusations qui pourraient se révéler fausses et instrumentalisées », a conclu Riccardo.

Pour Carla del Ponte, pas de doutes sur la culpabilité du prêtre

Pourtant, Carla Del Ponte ne semble pas avoir dedoutes sur la culpabilité de l’abbé Athanase. Dans une récente interview au quotidien italien « Il Tirreno », la juge affirme que « selon l’enquête, le prêtre, qui avait une paroisse au Rwanda, a fait entrer dans son église une centaine de Tutsis, sous prétexte que c’était le meilleur endroit où se réfugier. Et qu’il organisa au contraire la destruction matérielle de l’église en utilisant bulldozers et camions, alors qu’environ 1’500 personnes se trouvaient à l’intérieur ».

« Une fois l’enquête finie, ayant des preuves incontestables, continue Carla del Ponte, nous avons demandé la confirmation de l’acte d’accusation et un mandat d’arrêt international pour le prêtre. Nous avions projeté quatre arrestations en Europe: en France, en Belgique, en Hollande et en Italie. Dans les trois premiers pays nous les avons obtenues; l’Italie, en revanche, à ma grande surprise, a refusé en invoquant un motif juridique. Ainsi l’arrestation n’a pas eu lieu. Ce que je regrette le plus, c’est que le prêtre a disparu, dans le sens oùù il ne célèbre plus dans la paroisse qui lui a été assignée. Nous verrons maintenant si l’Italie procédera à l’émanation du décret nécessaire et à l’arrestation. Je ne voudrais pas être obligée d’informer le Conseil de sécurité que l’Italie est un pays qui ne collabore pas avec nous. En tout cas, je ne l’espère pas », martèle Carla del Ponte.

L’archidiocèse de Florence conteste certaines affirmations de Carla del Ponte: premièrement, l’abbé Athanase « n’a pas disparu mais il est simplement protégé de l’intérêt légitime mais asphyxiant de la presse ». En outre, l’Italie n’a pas d’accord d’extradition avec le Tribunal d’Arusha, contrairement à ce qu’il en est avec le Tribunal de la Haye pour les crimes de guerre commis en ex-Yougoslavie. « Ceci est un empêchement de nature juridique qui ne devrait pas être allégué comme prétexte », relève cependant le porte-parole de l’archidiocèse de Florence.

Campagnes d’informations d’African Rights?

Les accusations contre le prêtre rwandais se basent sur un rapport de l’assocation « African Rights », fondée à Londres par des personnalités proches de l’actuel régime de Kigali. De lourdes accusations avaient été formulées dans le passé contre l’évêque de Gikongoro, Mgr Augustin Misago, par la même association; elles se sont avérées totalement fausses. En 1998, la revue missionnaire italienne « Nigrizia » émettait déjà le soupçon que « les campagnes d’information » menées par « African Rights » étaient des opérations d’instrumentalisation favorables au régime de Kigali et à ses alliés qui, depuis quelques temps, se démontrent particulièrement habiles pour piloter les médias internationaux à leur avantage ».

Les doutes ne surgissent pas que du côté catholique: l’association internationale de journalistes « Reporters sans Frontières » a également dénoncé, dans son livre « La désinformation au Rwanda », de forts doutes sur l’impartialité d’ »African Rights ». (apic/ac/mk/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/italie-dementi-de-l-eglise-de-florence-l-abbe-rwandais-athanase-seromba-n-a-pas-fui/