Brésil: Les évêques critiquent sévèrement les services de renseignements militaires
Sao Paulo, 19 août 2001 (APIC) La Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) a sévèrement critiqué les activités d’espionnage des services de renseignements militaires brésiliens visant les mouvements sociaux et les agents pastoraux de l’Eglise. L’armée surveille en particulier la Commission Pastorale de la Terre (CPT), un organisme dépendant de la CNBB, ainsi que le Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre (MST). Elle les définit comme des « forces ennemies » susceptibles d’être surveillée, contrôlées et éliminées.
La CNBB a vivement réagi aux dernières révélations de la presse brésilienne sur les activités de renseignement menées, comme au bon vieux temps de la dictature militaire, contre les agents pastoraux et les milieux actifs dans les mouvements sociaux.
Sa commission de Pastorale sociale a publié un communiqué dénonçant les enquêtes secrètes menéées sur les actions des agents pastoraux. « Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas une nouveauté dans notre pays. A chaque fois que les paysans et les pauvres en général tentent de s’organiser et de lutter pour leurs droits, ils ont été soumis à une surveillance et durement combattus », déclare la Pastorale sociale.
Selon les évêques catholiques, le Brésil ne vit pas dans une démocratie où la libre expression et la liberté d’organisation et d’association sont garanties, et l’action de l’armée montre bien « le vrai visage de notre régime ». Pour la CNBB, l’activité d’espionnage de l’armée contre les mouvements sociaux et les agents pastoraux n’est pas quelque chose d’isolé. « Cela fait partie d’une action concertée menée ces dernières années par le gouvernement fédéral pour tenter de désarticuler les mouvements sociaux dans la campagne et de façon particulière le MST ». Brasilia, qui défend les intérêts des grands capitalistes agraires, veut « criminaliser » le MST, dénonce la CPT.
Ceux qui luttent pour lajustice: pour l’Etat brésilien, des « ennemis de la patrie »
Pour la CNBB, la nouvelle stratégie du gouvernement est de tenter de disqualifier ceux qui sont impliqués dans les conflits pour la possession de la terre. La Commission Pastorale de la Terre (CPT) révèle que le nombre de morts résultant des conflits agraires se monte déjà à 13 depuis le début de cette année. Récemment, le ministre brésilien du développement, Raul Jungmann, a cyniquement déclaré que ces victimes sont le fait de banales disputes entre travailleurs ruraux et leurs voisins.
Les évêques dénoncent le fait que le « le grand capital » cherche à contrôler de « véritables territoires à l’intérieur du territoire brésilien » en raison de la richesse qu’ils contiennent en matière de biodiversité. Dans ce sens, « ce qui est lamentable, ce n’est pas seulement l’espionnage, mais la compréhension qu’a l’Etat de ceux qui luttent pour la justice dans les campagnes, les considérant comme des ’ennemis de la patrie’ ».
La Conférence épiscopale dénonce l’existence d’un « noyau dur de l’élite économique et politique qui s’oppose à une répartition plus équitable des ressources et regarde avec terreur toute tentative de réforme agraire. » (apic/misna/plp/be)
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