Suisse: Les couvents désertés: quinze communautés en situation d’urgence
Fribourg, 9 septembre 2001 (APIC) Une enquête du quotidien fribourgeois «La Liberté» menée auprès des communautés révèle des situations d’urgence. Rome veut garder le patrimoine de l’Eglise. Les solutions autorisées: la location à des écoles ou des entités à but médical ou social, ou encore des appartements destinés à des familles. Le reportage de Claudine Dubois
Des bâtiments devenus beaucoup trop grands pour des congrégations vieillissantes, des difficultés d’entretien, et guère d’espoir de voir se lever suffisamment de vocations pour leur redonner vie. Un peu partout dans les cantons catholiques, les congrégations religieuses sont placées devant des choix cornéliens: que faire de leurs biens immobiliers? La question s’est posée tout récemment pour les Filles de la Charité, qui ont vendu le Sonnenberg à l’artiste Corpaato. Ce dernier prévoit d’en faire une Maison de la culture.
Il s’agit là d’une démarche tout à fait inhabituelle, car, comme l’explique Nicolas Betticher, porte-parole de l’évêché, à Fribourg, les congrégations sont appelées par Rome à ne pas se défaire de leur propriété: «Le patrimoine de l’Eglise doit rester dans le giron de l’Eglise», souligne le porte-parole. «Lucarnes sur le ciel, ces bâtiments sont un témoignage visuel, le signe qu’une communauté de gens, même petite, y prie», poursuit en substance Nicolas Betticher.
Soucieuses de respecter la volonté du Vatican, rares seraient donc les communautés qui enfreignent la règle. Sauf avec la bénédiction de Rome, qui procède en quelque sorte à une pesée des intérêts. Les Filles de la Charité ont par exemple d’autres biens à Fribourg. En outre, elles ont acheté l’immeuble qui abritait les Soeurs du Bon Secours de Troyes, à l’avenue du Moléson, à Fribourg. Un bel exemple de synergie, dans la droite ligne de ce qui est préconisé par les autorités diocésaines.
La vocation de l’acheteur permet parfois d’obtenir l’absolution. Cela a été le cas pour «Regina Mundi», qui formait des novices marianistes. Les bâtiments de l’ex-communauté appartiennent aujourd’hui à l’université.
Recherche de successeur
Si elles ne doivent pas vendre, quelle marge de manoeuvre reste-t-il aux communautés en difficulté? L’opération la plus louable consiste à trouver une jeune communauté religieuse apte à reprendre le flambeau. C’est le cas à Pensier, près de Fribourg, où le Verbe de Vie se déploie peu à peu dans le bâtiment des dominicains. La conversion des abbayes ou autres couvents en centre de ressourcement est également avouable.
A Fischingen, près de Saint-Gall, une petite communauté de bénédictins accueille des séminaires dans un lieu idyllique. Aux Sciernes-d’Albeuve, Le Rosaire, fermé en 1989, est toujours propriété des Soeurs dominicaines de Tours. Après s’être séparées du chalet qu’elles possédaient au village – devenu le centre Hannah au milieu des années huitante – elles auraient voulu vendre le bâtiment principal. Elles avaient même trouvé un acquéreur, mais n’ont pas obtenu l’assentiment de l’évêché, note un collaborateur de longue date du Rosaire. Les Soeurs sont parties en 1992 ou 1993, poursuit leur ancien collaborateur. Actuellement, les locaux accueillent une école de langues.
Locataires triés sur le volet
Autre cas de figure cité par Nicolas Betticher: la location. A la rue de Morat, à Fribourg, les cordeliers ont loué toute une aile de leur bâtiment à des architectes qui ont installé leur bureau. La communauté s’est retranchée dans une partie du bâtiment, louant le reste à des étudiants de l’Ecole de la foi, elle-même installée dans le Couvent des ursulines. Il y a un demi-siècle, les cordeliers étaient une quarantaine à la rue de Morat. Ils ne sont plus que douze aujourd’hui. Dans la même rue, les Soeurs de la Visitation ont transformé une bonne partie de leur immeuble en appartements loués à des familles. De leur côté, les Missionnaires du Sacré-Coeur ont vendu leur maison à la ville, qui y a installé il y a une dizaine d’’années le Foyer Saint-Louis, une institution pour handicapés psychiques. Egalement installée dans un magnifique couvent du XVIIe siècle, à la rue de Morat, la communauté de capucins ne compte plus que douze Frères.
Le porte-parole de l’évêché constate «une émergence de problèmes semblables, qui surviennent en même temps. Le problème des effectifs est partout le même et il est accru par le fait que la Faculté de théologie enregistre beaucoup moins d’étudiants que par le passé». Le Père Claude Maillard ajoute une autre raison: le départ pour l’Afrique des centres de formation pour le tiers-monde. Installé à Fribourg dans les années 80, le noviciat a accueilli plus de 200 séminaristes. En automne 1997, il s’est délocalisé au Burkina Faso. Pour deux raisons essentielles: la baisse des vocations en Europe et leur augmentation en Afrique et en Amérique du Sud, et l’aspect financier: entretenir une maison d’études pour des jeunes qui viennent d’Afrique et y retournent après leur formation coûte trois à quatre fois plus cher en Suisse. En construisant le nouveau noviciat et Bobo-Dioulasso, au sud du Burkina Faso, les Pères blancs «perdent un essaim de jeunesse qui leur apportait une certaine vitalité», notait à l’époque le Père Claude Rault, responsable de formation. (apic/cd/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/suisse-les-couvents-desertes-quinze-communautes-en-situation-d-urgence/