La situation de l’Afghanistan se dégrade toujours plus

Kaboul : L’ONU annonce son retrait et les Afghans se préparent aux attaques des Etats-Unis

Kaboul, 16 septembre 2001 (APIC) Les fonctionnaires internationaux des Nations Unies ont quitté l’Afghanistan vendredi dernier. Au même moment, la population afghane redoute des représailles américaines faisant suite aux attentats meurtriers qui ont frappé mardi New York et Washington. L’annonce de la mort du commandant Massoud, chef de l’opposition armée aux taliban, décourage la population locale et suscite l’inquiétude internationale.

Réagissant aux menaces d’un conflit imminent, la plupart des organisations non gouvernementales ont retiré leur personnel installé en Afghanistan. Le Comité international de la Croix Rouge a cependant gardé une présence sur place. Selon la Porte parole de l’ONU à Genève, Marie Heuzé, «la situation à l’intérieur du pays est très grave et était devenu insoutenable pour le staff international.»

Les Nations Unies ont interrompu les liaisons aériennes avec Kaboul. Elles étaient les seules autorisées depuis les sanctions internationales imposées en raison de la présence de Oussama ben Laden. Considéré comme un «invité» par le régime taliban au pouvoir depuis 1996, il est accusé par Washington de soutenir le terrorisme international. Les Afghans, terrorisés, se préparent à quitter la capitale. Les déclarations américaines selon lesquelles le saoudien ben Laden est lié à aux attaques aux Etats-Unis ont semé l’inquiétude parmi la population.

La situation humanitaire en Afghanistan

Selon le rapport des Nations Unies, les premiers responsables de toutes les violations des droits de l’homme sont un groupe de miliciens, les Talibans. Mais ce groupe extrémiste islamique n’était pas seul dans le panorama international. Les choses pourraient changer avec la pression des Etats-Unis dans la région.

Mais selon le représentant de l’Afghanistan à Genève, Humayun Tandar, la cause première des tragédies et des souffrances humaines qui ravagent le pays depuis presque un quart de siècle est «cette guerre longue et absurde, imposée au peuple afghan par des puissances étrangères». Il a aussi souligné la présence de milliers de mercenaires étrangers, et relevé que cette question ne figure pas dans un document présenté par le Rapporteur spécial pour l’Afghanistan, Kamal Hossain.

Le malheur des Afghans n’est pas dû seulement aux groupes au pouvoir, et à la guerre. Depuis trois ans, une immense sécheresse sévit dans tout le pays. L’impact de cette catastrophe naturelle fait dire aux spécialistes qu’il sera très difficile d’en surmonter les effets Le Programme alimentaire mondial rappelle que la terrible sécheresse affecte le 85 % de la population, qui est rurale. Les spécialistes parlent déjà de pré-famine.

Déplacés, réfugiés et clandestins

Les personnes quittent leurs maisons et leurs terres pour tenter une vie meilleure ailleurs. Selon les estimations, les personnes déplacées pourraient être largement plus d’un million d’ici à la fin de 2001 contre 250’000 au début de l’année. «L’Afghanistan présente le déplacement interne le plus important dans le monde» a déclaré à la presse, Dennis Mc Namara, Coordinateur Spécial des Déplacements internes des Nations Unies (OCHA).

Beaucoup de réfugiés afghans parviennent dans les pays voisins notamment en Iran et au Pakistan. Mais les conditions de vie des 180’000 Afghans dans les camps pakistanais sont sordides, expliquent les humanitaires. Abandonnés de tous, les réfugiés vivent misérablement dans des tentes. Les enfants meurent de diarrhées en été et de froid l’hiver.

Les réseaux de passeurs s’intéressent spécialement aux Afghans qui peuvent payer le coût d’un passage comprenant les papiers et le transport, c’est à dire entre 20’000 et 25’000 francs suisses. Ils parviennent jusqu’à Dubai, en Indonésie, en Jordanie, en Malaisie, en Syrie ou en Turquie, où ils arrivent à obtenir des visas légaux. Et c’est une fois arrivé dans ces pays, que commence la partie clandestine du voyage à destination de l’Europe.

Selon les chiffres des Nations Unies, l’Autriche, l’Allemagne, les Pays Bas et la Grande Bretagne ont enregistré l’an dernier 70% des demandeurs d’asile afghans répartis dans le monde entier.

Situation à l’intérieur du pays

Huma Behjat, activiste de l’Association des Femmes d’Afghanistan (Rawa), dénonce pour sa part le groupe d’opposition commandité par Massoud et rappelle qu’il s’agit aussi d’extrémistes. Ces derniers ont été au pouvoir entre 1992 et 1996, avec le commandant Massoud comme Ministre de la défense. Elle rappelle que les violations des droits humains, ainsi que les pillages des écoles et des musées étaient fréquents. La vie du peuple et des femmes en particulier n’était pas meilleure qu’actuellement. Elle dénonce la position des Nations Unies et de la Communauté internationale qui sont restées en dehors de la défense des droits humains à cause des intérêts économiques provoqués par la production du pavot et la position stratégique de l’Afghanistan dans la géo-politique internationale.

La mort du «Lion du Panchir»

Des représentants de l’Inde, l’Iran, la Russie, le Tajikistan et l’Oubékistan sont actuellemnt réunis à Douchanbé, la capital de Tajikistan . Ils craignent les conséquences pour leur région de la division de l’opposition suite à la mort du commandant Hamed Cha Massoud, ainsi que les possibles attaques des Américains et pensent que la situation humanitaire va encore se dégrader en Afghanistan. (apic/iac/bb)

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