Congrès de l’UCIP à Fribourg: Mgr Albert Rouet plaide pour une «mondialisation humaine»

La mondialisation néo-libérale conduit à une inégalité renforcée

Fribourg, 18 septembre 2001 (APIC) La mondialisation néo-libérale conduit à une inégalité renforcée selon que des pays et des nations arriveront ou non à entrer dans le commerce international, constate Mgr Albert Rouet. Jeudi, 20 septembre, l’évêque de Poitiers plaidera pour une «mondialisation humaine» devant les 700 journalistes catholiques du monde entier attendus à Fribourg au Congrès mondial de l’Union catholique internationale de la presse (UCIP). Pour le prélat français, «croire que le néolibéralisme est la seule voie raisonnable constitue une démission de l’ardeur spirituelle».

L’UCIP, qui rassemble des journalistes, des éditeurs, des enseignants et chercheurs en communication de tous les continents, tient son 19ème congrès mondial à l’Université de Fribourg du 19 au 23 septembre sur le thème «Les médias au défi de la mondialisation – Nouvelles responsabilités des journalistes». Parmi les orateurs invités pour approfondir le thème, Mgr Albert Rouet, une personnalité marquante de l’épiscopat français, très attentive aux réalités sociales et politiques, va tenter d’en dégager les implications évangéliques.

A l’heure de l’idéologie néo-libérale qui n’épargne pas certains milieux d’Eglise, le prélat français estime que la mondialisation, activité humaine, n’échappe pas à l’obligation de critique. Mgr Rouet estime que la spiritualité occidentale manque aujourd’hui d’ampleur, car elle s’exerce trop souvent dans un cadre social et politique qu’elle accepte parce qu’il la laisse se développer sans entrave. L’approche spirituelle n’opère plus de lecture critique de son propre encadrement…

Et pourtant l’analyse critique serait nécessaire pour comprendre un phénomène dont l’un des artifices les plus graves est sa capacité à se présenter comme une organisation inévitable, fatale. Mgr Rouet déplore que la mondialisation, au nom de ses succès techniques, laisse penser que ses capacités industrielles, informatiques, financières, forment une culture – une civilisation – exportable à l’identique en tout point de la planète.

Mgr Rouet se demande ainsi qui tire profit de ce phénomène qui s’accélère. «La majorité des Français trouve normal que des entreprise exportent et s’installent dans des pays lointains: cette expansion prouve la grandeur de notre pays. Mais elle trouve gênant que des étrangers viennent travailler chez nous et y partagent les emplois et le chômage, bref, la vie du travailleur français. La mondialisation serait-elle unilatérale?», questionne-t-il dans le numéro de mai-juin de la revue dominicaine bimestrielle «Sources», éditée à Fribourg.

L’évêque de Poitiers déplore que l’aspect économique l’emporte actuellement sur les aspects culturel et social de la mondialisation. Il constate que la mondialisation entraîne avec elle une culture très marquée par la puissance des pays du Nord qui répand une image de la croissance, une conception de l’homme, donc une idée de l’homme, qui paraissent naturelles et aller de soi.

Les lois d’airain de la mondialisation néo-libérale ne sont ni naturelles ni fatales

La mondialisation néo-libérale est draconienne puisqu’elle établit un monde à deux étages: «les maîtres des lois du marché qui ne sont ni naturelles ni fatales, et les assistés perpétuels qui recevront la quantité nécessaire de biens pour ne pas troubler la tranquillité mondiale et que le droit d’ingérence ramènera au pas dès que un conflit local risquera de s’étendre».

Le prélat aboutit à la conclusion que la tranquillité du marché libéral, c’est-à-dire cette permission de faire la guerre économique, sert de règle universelle. D’où ce système inégal qui «blesse la liberté, rend esclave du besoin ou du manque, favorise la maîtrise de l’histoire par quelques uns et l’interdit aux autres». Comment plus de libéralisme corrigerait-il les défauts du libéralisme au lieu de les exacerber, se demande encore l’évêque de Poitiers.

L’urgence de penser autrement

«Nous sommes devant l’urgence de penser autrement!», lance-t-il. Pour lui, il ne suffit pas de vivre dans une «nouvelle communauté» chaleureuse, affective, englobante, comme il en existe en milieu catholique. Si l’on y vit la paix, la joie et la concorde et que de tels sentiments transforment les personnes, «des personnes transformées ne changent pas forcément les structures du monde, comme ces oiseaux qui prennent leur magnifique plumage en période des amours ne changent rien à leur environnement».

Ayant, au cours de ses voyages en Asie, découvert tant des marchés opulents pour les dirigeants que des marchés misérables pour les autochtones, il pose cette question essentielle: «Pourquoi tant de désordre économique trouble-t-il si peu l’ordre moral? (…) Est-ce cet ordre que Dieu veut pour ces hommes créés à son image et à qui il a confié la terre ?»

Il est nécessaire, estime le prélat, d’établir des échanges sur un mode d’équité, donc de réciprocité. Il s’agit de promouvoir «une estime commune telle que les inégalités industrielles, agricoles ou financières, qui sont évidentes, laissent place à d’autres relations plus existentielles, c’est-à-dire qui fassent vivre.» Mgr Rouet conclut que la réponse à la globalisation n’est pas la mondialisation du caritatif, mais la collaboration à créer une humanité à l’image de la Trinité, «c’est-à-dire en Dieu même une vie de partage en totale égalité entre les personnes». (apic/com/mk/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/congres-de-l-ucip-a-fribourg-mgr-albert-rouet-plaide-pour-une-mondialisation-humaine/