Le prêtre dénonce les manipulations, par goût du sensationnalisme

Italie: Attentats: Le P. Jean-Marie Benjamin dément avoir averti des responsables politiques

Rome, 18 septembre 2001 (APIC) Guerre du Golfe, Balkans, attaques meurtrières contre les Etats-Unis, même combat s’agissant de l’exploitation médiatique? La volonté de manipuler l’opinion en fonction des intérêts et des affinités demeure quelque part toujours aussi présente. Le Père Jean-Marie Benjamin, prêtre français vivant dans la ville italienne d’Assise, vient d’en faire l’expérience.

Le Père Jean-Marie Benjamin, un religieux engagé dans l’aide humanitaire en Irak, réfute les affirmations selon lesquelles il aurait déclaré avoir appris qu’un commando terroriste était en train de préparer des attentats avec des avions de passagers séquestrés, dans des centres habités des Etats-Unis et en Angleterre. « Si j’avais eu connaissance d’informations sur ce qui s’est passé aux Etats-Unis, témoigne aujourd’hui le prêtre de 55 ans, dans une interview à l’APIC, ma conscience de chrétien et mon engagement sacerdotal ne m’auraient certainement pas permis de me taire pour éviter cette terrible tragédie ». En lui attribuant de tels propos, a-t-on cherché à discréditer son action en Irak et dans le monde arabe?

Le Père Benjamin n’est pas loin de le croire. Il dénonce la manipulation de ses propos. Le 7 septembre dernier, alors qu’il célébrait le mariage de deux amis à Todi, en Italie, le prêtre a effectivement parlé des risques de voir le monde musulman radicaliser ses positions, face à la politique des Etats-Unis et du monde occidental. « A aucun moment, je n’ai révélé même de manière informelle à un juge, et à des hommes politiques, que de tels attentats étaient en préparation ».

Sensationnalisme

Le Père Benjamin est en Occident l’un des experts du monde musulman. Il a travaillé à l’ONU de 1983 à 1988 et a ensuite décidé de se consacrer à Dieu. Il a été ordonné prêtre en 1991. Depuis 1997, il est engagé dans l’aide humanitaire en Irak, où la population souffre toujours sévèrement de l’embargo américain, et où plus de 5’000 enfants continuent de mourir chaque mois des conséquences de l’embargo voulu par Londres et Washington. Il a été le premier à violer le « Non fly zone », unilatéralement décrété par les Etats-Unis et l’Angleterre.

Ceci explique peut-être cela. D’autant que cette action ne lui a pas valu que des amis, y compris en Italie. Le Père français rappelle que depuis plusieurs années, il tente de rompre la chape de silence qui entoure les conséquences de l’utilisation des armes à l’uranium appauvri, déversés en 1991 par les Etats-Unis en Irak. Ainsi que les conséquences qui ont tué en dix ans plus d’un million de personnes. Dans son film « Irak, genèse du temps », et son livre « Irak, l’apocalypse », il dénonce l’indifférence du monde occidental à l’égard des milliers d’enfants qui naissent difformes, « semblables à de petits monstres ».

« Par goût du sensationnalisme, pour mieux attacher le lecteur quitte à le manipuler, certains médias n’ont pas hésité à faire l’amalgame entre mes mises en garde contre la politique d’arrogance des Etats-Unis contre les pays arabes, et ce qui s’est passé mardi dernier », affirme-t-il.

Lors de la session annuelle de la commission des droits de l’homme de l’ONU, en avril, le Père Benjamin était en effet intervenu à Genève au nom de dizaines d’ONG et de l’association des juristes arabes. « J’avais attiré l’attention sur une expansion croissante des groupes islamiques, et sur le danger de voir une grande partie de la population arabe changer de mentalité en adhérant toujours davantage aux appels des intégristes. 48 heures après la tragédie, les médias ont publié une énorme quantité d’informations sur l’organisation logistiques des auteurs de ces attaques, sur les moyens économiques, leur base dans des dizaines de pays du monde occidental. Tout cela confirme, mais tard, ce que le président égyptien Moubarak en personne, les services secrets, les ONG et les observateurs du monde arabe dont je suis, ont cherché à porter à la connaissance des gouvernements ces derniers mois. Il fallait ne rien vouloir voir pour prendre la mesure de la haine qui grondait et s’amplifiait à mesure à mesure qu’étaient bafoués les droits de Palestiniens, la dignité de ces derniers et du monde arabe. Il fallait vraiment ne pas vouloir ouvrir les yeux pour prendre la mesure du phénomène islamique qui se radicalisait et se développait. Et qui risquait de provoquer un désastre en Occident ».

Le Père Benjamin admet cependant avoir eu des entretiens avec le ministre italien des Affaires étrangères, Renato Ruggiero. « Nous avons surtout parlé des risques d’une réaction qui ne soit pas exactement ciblée, et de l’ensemble des problèmes liés à l’ensemble du monde arabe, à partir de mes connaissances ». (apic/pierre rottet)

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