Managua :Rencontre des Etats Parties à la Convention d’Interdictions des mines
Managua, 18 septembre 2001 (APIC) Cinq cents diplomates, survivants d’accidents de mines antipersonnel, démineurs et militants sont attendus à Managua (Nicaragua), du 18 au 21 septembre 2001, pour débattre de l’application de la Convention d’interdiction des mines de 1997.
La délégation officielle non gouvernementale de la Campagne internationale pour l’interdiction des mines antipersonnel (ICBL), organisation qui a gagné le Prix Nobel de la Paix en 1997, présentera à Managua le troisième rapport annuel de son initiative de recherche mondiale, le «Rapport 2001 de l’Observatoire des Mines: Vers un monde sans mines». Le document donne des informations sur l’utilisation, la production, le stockage, le commerce et le déminage humanitaire dans chaque pays dans le monde.
Tous les mois, 800 personnes meurent dans des explosions de mines et 1200 sont mutilées. 250 millions de mines sont encore stockées dans le monde, bien que 140 pays aient signé la Convention d’interdiction à Ottawa en décembre 1997 et que 119 États l’aient ratifiée. Mais trois des cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU, les États-Unis, la Russie et la Chine, ne l’ont pas encore signée.
Comme les mines sont relativement bon marché, petites et faciles à l’emploi, elles ont proliféré par dizaines de millions. Des milliers de kilomètres carrés sont minés dans plus de 70 pays d’Afrique, d’Asie, d’Europe, du Proche Orient et d’Amérique.
Selon le rapport, l’Amérique centrale sera la première région au monde à être libre de toutes mines antipersonnel en 2004.
Les mines antipersonnel
Par mine antipersonnel, on comprend tout engin explosif enfoui dans la terre et fait pour que ce soit la victime même qui l’active. Les mines touchent en majorité des paysans, des femmes et des enfants qui les heurtent en travaillant ou en jouant.
La détonation de ces engins se transforme en une course contre le temps pour sauver la victime, éviter de grandes infections, vaincre tout type d’obstacles puisque la majorité des cas se passent dans les milieux ruraux, éloignés des centres de santé. Une victime peut passer entre 6 et 24 heures avant d’être accueilli dans un hôpital. Une fois «en sécurité» dans les murs d’une institution médicale, le patient devient un vrai défi même pour le chirurgien le plus compétent en raison des nombreux éclats incrustés dans son corps.
Ces engins explosifs continuent leur action des années après avoir été enterrés. On continue, même maintenant, à découvrir des mines «semées» pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Elles continuent à tuer et à blesser des personnes 50 ans après.
Au rythme actuel de déminage, le Cambodge sera un pays libre de mines seulement dans 200 ans. Ces armes font partie d’une guerre brutale qui poursuit son travail malgré les accords et traités de paix. Cecilia Sanchez Reyes, Représentante du Nicaragua, a déclaré aux participants, que «les personnes qui vivent dans les zones minées ne connaissent pas la paix signée sur les papiers.»
Le rôle des géants
Dans la Convention d’Ottawa chaque Etat Membre s’est engagé à jamais et dans aucune circonstance à employer, développer, produire, acheter, stocker, conserver ou transporter des mines antipersonnel et a garanti leur destruction. Mais, «durant la guerre au Kosovo, l’OTAN s’est réservé le droit d’utiliser des mines. Pourtant, la plupart de ses Etats Membres ont signé le traité d’interdiction, rappelle Elisabeth Reusse-Decrey, coordinatrice de la Campagne suisse contre les mines antipersonnel.
Le nombre de pays producteurs de mines antipersonnel a chuté au cours de ces dernières années de 54 à 16. Parmi les 16 pays producteurs figurent notamment la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Russie, la Turquie, la Yougoslavie, Cuba et les Etats-Unis. Tous sont absents du Traité d’Ottawa. Mais parmi les pays signataires figurent les grands producteurs des années 70, 80 et 90. La Belgique, le Canada, la France, la Hongrie, l’Italie et le Royaume Uni sont des pays qui se sont enrichis en produisant et en vendant des mines, et en les semant dans des territoires en général éloignés de leurs frontières, causant des milliers de victimes par an.
Les groupes rebelles
Elisabeth Reusse-Decrey a convaincu le Parlement européen de voter une résolution soutenant les efforts entrepris pour convaincre les «acteurs non gouvernementaux» à s’engager à bannir l’usage de mines antipersonnel.
La Convention est ouverte à la signature des seuls gouvernements et n’engage donc qu’eux. Or, les acteurs utilisant des mines antipersonnel ne sont pas seulement des états. «De nombreux groupes rebelles, une trentaine, en font l’usage» explique Mme Reusse-Decrey. Pour pallier les carences de la Convention d’Ottawa, l’Appel de Genève a lancé à l’intention des groupes rebelles une déclaration d’engagement visant à bannir l’utilisation de mines antipersonnel. A ce jour, deux mouvements philippins l’ont signé et les négociations continuent avec une dizaine de groupes armés. Quatre entre d’eux sont déjà dans un stade avancé, a précisé Mme Reusse-Decrey. (apic/iac/bb)
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