95ème voyage de Jean Paul II hors d’Italie
Le dialogue, seule arme contre les fondamentalismes
De notre envoyée spéciale, Sophie de Ravinel
Astana, 23 septembre 2001 (APIC) Alors que le monde est en proie à des tensions exceptionnelles, Jean Paul II est bien arrivé, samedi 22 septembre au soir, sur le sol du Kazakhstan pour son 95ème voyage hors de l’Italie. Cette visite de 3 jours dans une république musulmane prend un relief particulier et tout de suite, la présence à l’aéroport du grand mufti du Kazakhstan a donné le ton, celui du dialogue fraternel entre les religions, unique moyen de combattre les fondamentalismes. Jean-Paul II s’est ensuite rendu, dans la soirée, au monument des victimes du totalitarisme.
Tellement concerné par la situation internationale, Jean Paul II a demandé au cardinal Angelo Sodano, fait exceptionnel – de rester à Rome pour être plus disponible et envoyer d’éventuels télégrammes aux chefs d’états. Interrogé par les journalistes au cours du vol, Joaquin Navarro-Valls, porte-parole du Saint-Siège, a affirmé que «dans les conditions actuelles, seule une fermeture du couloir aérien en raison des bombardements aurait pu faire annuler ce voyage». Et quant à d’éventuelles attaques qui pourraient intervenir au cour de la semaine, il a soutenu que «vivre au jour le jour est le meilleur moyen de préparer le futur». Pour lui, «même si le pape est extrêmement sensible aux événements, il souhaite consacrer pleinement les jours prochains à sa visite aux habitants du Kazakhstan, puis de l’Arménie».
Mesures de sécurité à l’aéroport
C’est sous un ciel très pur mais qui a fait descendre la température à quelques degrés au dessus de zéro que Jean Paul II a entamé sa 6ème visite d’une ex-république soviétique et sa 23ème visite d’une république musulmane. Il a été accueilli par le président Nazarbayev à sa descente de l’avion. Ce dernier a chaleureusement remercié le pape de ne pas avoir renoncé à sa visite malgré les tensions et les dangers éventuels. Pour des raisons de sécurité, seule une centaine de personnes ont été autorisées à venir accueillir le pape. Parmi elles, de nombreux jeunes vêtus d’habits traditionnels, divers en fonction des ethnies, mais tous longs et colorés. Les femmes ont porté, pour l’occasion, de hauts chapeaux coniques recouverts de fourrure. Tous, ils agitaient des foulards en signe de bienvenue, au rythme de la fanfare militaire qui a joué l’hymne nationale et celui du Saint-Siège.
Après avoir remercié le président qui a permis cette visite «malgré la complexité de l’organisation», Jean-Paul II, d’une voix un peu fatiguée, a particulièrement salué les représentants de l’Islam dont signe fort du dialogue interreligieux – le grand mufti du Kazakhstan, présent parmi les autorités.
«Cette visite, a-t-il affirmé dans son discours en russe, se déroule dix ans après l’indépendance de votre pays qui a elle-même suivie une période sombre de souffrance. La liberté acquise a insufflé en vous une confiance plus solide en l’avenir et les expériences vécues sont une motivation pour envisager de nouvelles perspectives de paix et de justice», a poursuivi le pape, tout en soulignant que la diversité ethnique du pays est une occasion d’enrichissement et non de conflits.
Insistance sur la liberté religieuse
Pour Jean Paul II, «c’est dans cet esprit de recherche de la paix, que le Kazakhstan a courageusement décidé la fermeture du polygone nucléaire de Semipalatinsk et a ensuite proclamé le rejet unilatéral de l’armement nucléaire. A la base de cette décision, a-t-il souligné, se trouve la conviction que les controverses ne doivent pas être résolues par le recours aux armes, mais par les moyens pacifiques de la négociation et du dialogue».
«Après tout les événements tristes du XXème siècle, vous devez poser la protection de la liberté comme base de votre engagement dans la société», a poursuivi le pape. En particulier, sachez reconnaître le droit à la liberté religieuse», a-t-il affirmé en s’adressant directement «aux peuples du Kazakhstan».
Jean Paul II a conclu son discours en reprenant la symbolique du drapeau national qui est «bleu comme la stabilité et l’ouverture et jaune comme la prospérité et la paix».
Moment de recueil sur le monument aux victimes du totalitarisme
Avec la suite papale et les autorités civiles et religieuses du pays, le pape est ensuite allé se recueillir sur le monument aux victimes du totalitarisme. Aux abords de cet édifice d’architecture soviétique, mais construit après l’indépendance du pays, une foule essentiellement composée de jeunes s’est massée contre les barrières et a acclamé Jean Paul II dès son arrivée. Des soldats ont été déposer une gerbe de fleurs en haut de la petite colline surmontée d’un immense obélisque pendant que le pape se recueillait dans la nuit.
Il a ensuite rejoint la nonciature apostolique pour y passer la nuit avant de retrouver, «les peuples Kazakhs», lors d’une grande messe célébrée dimanche sur la place principale de la capitale. (apic/imed/bb)
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