« Que le sentiment d’unité ne cache pas une soif de revanche »
Rome, 23 septembre 2001 (APIC) « Ce qui est arrivé est un désastre: nous avons perdu le sentiment de sécurité et de confiance envers les autres, une attitude typiquement américaine. Et croyez-moi, c’est une perte énorme ». L’évêque américain, John Patrick Foley, président du Conseil Pontifical pour les Communications Sociales, a confié au quotidien italien « Avvenire » quelques réflexions personnelles concernant les attentats du 11 septembre dernier dans son pays.
« Ce n’est pas une surprise pour moi. C’est un sentiment d’unité tournant autour des idéaux de liberté et de respect des droits, que les Etats-Unis incarnent pour qui a choisi d’y vivre » affirme Mgr Foley à propos de l’unité manifestée par ses concitoyens. Le prélat américain souhaite cependant que ce sentiment d’unité ne cache pas une soif de revanche.
Q: Le naturel avec lequel les américains se mettent à prier est également touchant
Mgr Foley: C’est quelque chose d’habituel chez nous. C’est une valeur que les enfants apprennent à l’école: nous avons le sentiment d’être un pays indivisible, qui assure la liberté et la justice à tous, un pays habité par un peuple qui a le sentiment d’être soumis à Dieu. Les Etats-Unis n’hésitent pas, comme l’Europe, à proclamer publiquement le nom de Dieu comme Père de tous. George Washington disait que nous sommes un peuple religieux. Et on constate que cela est encore vrai.
Q: Mais quel type de religiosité est ce « God bless America » (Que Dieu bénisse l´Amérique), chanté par tous?
Mgr Foley: C’est une expression sincère du sentiment de dépendance d’un Dieu qui a comblé l’Amérique de bénédictions, spirituelles et civiles, et c’est aussi la reconnaissance pour tout cela. Ce n’est pas nous qui avons construit cela, répètent aujourd’hui les Américains: c’est un don. C’est très important de le reconnaître maintenant.
Q: Quelque chose a déjà changé dans votre pays?
Mgr Foley: Le terrorisme est un ennemi sans visage, un cancer qui ronge la société de l’intérieur. Nous avons vu combien l’Amérique est fragile.
Q: Une des caractéristiques de l’esprit américain, c’est le sens aigu de la justice. Mais quelle justice maintenant?
Mgr Foley: J’ai appris que des manifestations d’intolérance vis à vis des arabes des Etats-Unis ont eu lieu. Cela est bien triste. Les arabes sont venus aux Etats-Unis justement parce qu’ils y voyaient une patrie de liberté et de tolérance. Il est inconcevable qu’ils deviennent un adversaire. Mais j’ai confiance: la société américaine est forte.
Q: Les armes peuvent-elles résoudre quelque chose?
Mgr Foley: La violence contre les sociétés toute entières n’est pas une réponse. Je suis heureux que les Etats-Unis aient obtenu la solidarité de tous. Cela montre qu’ils peuvent se consacrer à trouver les responsables pour qu’ils soient jugés. Il faut donner un exemple, en faisant aussi comprendre que la violence ne sert à rien.
Q: Les Américains se sentiraient mieux après un bombardement de l’Afghanistan?
Mgr Foley: Ils veulent voir une réaction mais pas une autre guerre et pas la punition d’un pays tout entier à cause de la culpabilité de quelques uns.
Q: Et alors pourquoi parler de guerre?
Mgr Foley: Bush a déclaré la guerre au terrorisme. Mais il est vrai que je n’aime pas que l’on utilise ce mot. Je ne suis pas non plus d’accord avec le président lorsqu’il appelle les terroristes des « lâches ». Comment pourra-t-on jamais être sûr d’avoir éradiqué le mal et atteint la paix? A quelle paix peut-on arriver avec des fanatiques? J’ai très peur pour les catholiques dans les pays à majorité musulmane. C’est un moment difficile pas seulement pour les Etats-Unis et l’humanité mais aussi pour l’Eglise.
Q: Les Etats-Unis peuvent-ils faire quelque chose pour faire cesser la haine contre eux?
Mgr Foley: La haine naît de l’envie de la richesse, et de la rancune arabe au Moyen Orient. Le Saint-Siège a toujours indiqué des solutions justes aussi bien pour le développement équilibré que pour la crise au Moyen Orient. On va peut-être maintenant faire plus attention à ses propositions, et cette tragédie donnera aux USA la force de réfléchir à la manière de travailler pour la justice dans le monde, y compris la justice économique.
Q: Comme président de l’organisme du Vatican chargé des mass media, quelle responsabilité leur donnez-vous dans cette phase?
Mgr Foley: Grâce aux media nous avons « vu »: nous n’avons pas seulement vu les faits mais nous avons également vu la souffrance et la générosité, une société blessée qui a su réagir avec générosité. Maintenant il faut veiller à empêcher la diffusion de propagande.
Q: Quelle prière faites-vous pour les Etats-Unis?
Mgr Foley: J’aime mon pays, je prie afin que nous puissions agir avec prudence et fermeté contre les personnes qui cherchent à créer de nouvelles injustices. Je prie aussi pour que les Etats-Unis fassent justice à tous, les coupables et les victimes. Une justice vraie, pratiquée avec amour. (apic/zn/bb)
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