Rome: Liturgie et religiosité populaire
Rome, 26 septembre 2001 (APIC) La Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements tient son assemblée plénière sur «le rapport entre la liturgie et la religiosité populaire», du 26 au 29 septembre 2001 au Vatican. L’objectif de cette rencontre, avec 40 cardinaux et évêques membres de la Congrégation, est l’élaboration d’un document sur ce thème. Interrogé par l’APIC le jour de l’ouverture des travaux, Mgr Francesco Pio Tamburrino, secrétaire de la Congrégation vaticane, explique l’importance du sujet.
Les dévotions populaires ont-elles aujourd’hui autant d’importance qu’il y a quelques années, vu la confirmation progressive du `village global’? «Je voudrais d’abord dire qu’il ne s’agit pas de dévotions populaires, mais de piété ou de religiosité populaire. C’est plus complexe dans le sens où la religiosité est la forme profonde de la dévotion. La piété populaire ne peut pas être ignorée ni traitée avec indifférence, car elle est riche de valeurs et sait exprimer l’attente religieuse du peuple face à Dieu. Mais elle a besoin d’être sans cesse évangélisée pour que la foi qu’elle inspire soit toujours plus mûre. Il faut en particulier que nous mettions en garde contre certaines tendances qui présentent la religiosité comme un fait isolé ou négatif. Nous devons arriver à faire considérer cet aspect comme étant un enjeu important pour l’Eglise, surtout en cette époque de mondialisation. L’Eglise doit faire attention au fait que toutes les nations adorent Dieu avec leurs propres cultures, leurs propres talents, leurs propres richesses. La piété populaire est en définitive, dans son expression la plus correcte, la foi inculturée. C’est pour cela que son importance reste toujours d’actualité».
Peut-on dire que les différentes formes de piété populaire font partie de la liturgie? «La liturgie en tant qu’acte du Christ et de l’Eglise met en évidence la structure chrétienne et objective du culte. Le Christ continue à sauver les hommes à travers l’Eglise, dans les sacrements. Or ces sacrements sont parties intégrantes de la liturgie.
Rites différents
Même si la liturgie est `une’, elle n’exclut pas différentes formes légitimes. Il suffit de constater le nombre de rites différents qui expriment la liturgie des Eglises en Orient et en Occident ! En 1994, le Saint-Siège a publié un document intitulé «Varietates legitimae» dans lequel il légitimait une juste inculturation de la liturgie, prenant conscience du génie de chaque peuple et de chaque nation. La forme du rite devient un lieu dans lequel le peuple peut faire vivre ses richesses. Nous devons toutefois garder une certaine unité dans le même rite romain pour ne pas créer des divisions, en instaurant une sorte d’oecuménisme des rites. L’autre danger à éviter est la pulvérisation. Il y a un espace légitime qui doit être respecté et réglé par les livres liturgiques rédigés par chaque Conférences épiscopales, afin de conserver la structure fondamentale du rite romain».
De nombreuses voix se sont élevées depuis le Concile Vatican II pour dénoncer des «liturgies parallèles»? «La piété populaire a toujours existé, même si le Saint-Siège n’a donné des normes exhaustives à leur égard que depuis le Concile Vatican II. Différentes formes d’expressions de la foi ont existé depuis les premiers siècles chrétiens. Jean Paul II l’a rappelé lui-même récemment lors d’une audience privée. Il racontait que dans les pays de l’Est, alors que le culte était interdit, ce sont les familles qui ont conservé la foi et qui l’ont retransmise de générations en générations avant de la faire réapparaître, identique, à la fin du communisme. C’est un véhicule important de la foi déterminé par la culture de chaque pays.
Pas de liturgies parallèles
Il ne faut pas par ailleurs considérer la foi comme une affaire purement intellectuelle. On ne peut pas penser que l’Eglise soit une élite de théologiens. Il suffit de voir le nombre de gens simples qui affluent dans les sanctuaires pour se rendre compte de l’importance d’utiliser au mieux les différentes manières sérieuses d’exprimer la foi. Il ne s’agit donc pas de liturgies parallèles, mais de procurer une réciprocité entre la liturgie officielle et les normes de piété populaire, pour ancrer la dévotion populaire dans la liturgie. Pour cela, le Saint-Siège joue un rôle important dans la garde de la foi contre des déviations. La Congrégation pour le culte divin va fournir avec autorité une orientation sur ce thème délicat.
Nous allons donc profiter de cette assemblée plénière pour étudier le chemin qu’il nous reste à parcourir afin de créer un espace vital pour que la foi s’exprime pleinement. Non seulement de manière intellectuelle mais avec toute la personne, car on a besoin d’intégrer toute la personne humaine dans les différentes cultures pour trouver une juste expression de la foi». (apic/imed/pr)
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