Interview du théologien Urs Köppel, directeur de»migratio» à Lucerne

APIC: L’on sent une certaine frustration de la part des délégués nationaux des grandes missions linguistiques en ce qui concerne les rapports des catholiques immigrés avec les paroisses et l’administration ecclésiastique.

Urs Köppel: C’est un fait. On discute les mêmes problèmes depuis une quinzaine d’années, mais on ne trouve pas de solutions, comme lors de la rencontre de mercredi. On pose toujours les mêmes questions, mais on ne propose aucune piste pour trouver une nouvelle vision. Je constate que d’un côté Mgr Kurt Koch, dans son allocution, veut ouvrir l’Eglise à toutes les nations, tant au niveau local et national qu’au plan international.

De l’autre côté, je trouve dommage que les délégués nationaux des missions linguistiques ne fassent pas de propositions claires. Ils ressentent certainement une insécurité à cause de la pression financière, mais ce n’est qu’une partie du problème. Ils doivent aussi faire face à un manque de prêtres et de collaborateurs pastoraux. Ainsi, depuis dix ans, un seul prêtre est venu du Portugal se mettre au service de la mission portugaise. Sur une vingtaine de prêtres de la mission, 4 sont Suisses et 6 sont Brésiliens.

APIC: Le problème des vocations sacerdotales ne touche donc pas que la Suisse…

Urs Köppel: C’est un problème de l’Eglise au plan international, qui affronte un monde sécularisé, avant tout en Europe occidentale. Les missions ne sont pas épargnées par ce phénomène. D’autre part, si les évêques italiens mettent à disposition un prêtre missionnaire, ils veulent qu’il soit à disposition des fidèles italiens. Ma vision est de trouver une solution en commun, avec la mise sur pied d’équipes internationales, au service de paroisses qui seraient pluri- ou interculturelles. Ou bien d’insérer un prêtre étranger dans une paroisse, avec une décharge pour s’occuper d’un groupe national particulier.

APIC: Le Père dominicain Tomas Gonzalez, délégué national des missions de langue espagnole à Lausanne, a remis en cause ce modèle, se demandant s’il n’était pas une sorte de panacée pour faire face au manque de prêtres en Suisse…

Urs Köppel: Le Père Gonzalez, en effet, est partisan de la création de paroisses linguistiques personnelles pour laisser le libre choix d’appartenance entre la paroisse territoriale classique et la paroisse personnelle. Mais avons-nous un autre choix que ce que nous proposons: d’un côté, les fidèles s’intègrent effectivement au niveau de la société et s’adaptent à la vie civile locale; d’un autre côté, nos prêtres cherchent à rester dans les particularismes nationaux. C’est un peu une contradiction. Je souhaite que les missionnaires soient aussi en communion avec leurs confrères d’autres nationalités, pour donner ce visage d’universalité à l’Eglise.

Je souhaite des équipes pastorales multiculturelles, qui remplaceraient peu à peu les missions linguistiques, mais remettraient aussi en question la paroisse traditionnelle. L’effort d’accueil et d’échange doit se faire dans les deux sens. Mgr Koch a donné une bonne définition de l’intégration, en parlant de processus réciproque. Autrement, nous avons une assimilation soit de la part des étrangers, soit de la part des fidèles autochtones. Le système des missions a fonctionné au début de l’immigration, mais aujourd’hui, pour une bonne part, c’est du passé et il faut chercher de nouveaux modèles. Si la première génération d’immigrés, pour les Italiens, par ex., reste dans les missions, nous avons besoin d’une nouvelle pastorale pour les plus jeunes.

Les missions linguistiques résistent au changement, car elles pensent que le système ancien est plus clair, que l’aumônerie linguistique donne plus de sécurité aux fidèles. Mais dans la pratique, de nombreux fidèles étrangers fréquentent la vie des paroisses. Il faut donc trouver ensemble des voies nouvelles. (apic/be)

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