Liban: Les patriarches catholiques dénoncent la situation de dépendance du Liban

Le cardinal Sfeir réfute la thèse d’un « choc des civilisations »

Beyrouth, 28 septembre 2001 (APIC) L’Assemblée des patriarches catholiques d’Orient, réunie durant cinq jours en synode au couvent Notre-Dame de la Délivrance, siège du patriarcat syrien-catholique, a déploré les arrestations frappant l’opposition libanaise et plaidé pour l’indépendance et la souveraineté du Pays des Cèdres.

Au cours de leur rencontre, les patriarches catholiques ont dénoncé l’injustice à laquelle est soumise le peuple palestinien et les conditions inhumaines dont est victime le peuple irakien, rendu exsangue par le sévère embargo qui le frappe depuis dix ans.

Un démenti indirect aux thèses provocatrices de Silvio Berlusconi

Alors que le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi développait devant la presse à Berlin la thèse provocatrice de la supériorité de l’Occident sur l’islam – au moment même où Washington tente de rallier les pays musulmans à la guerre contre le terrorisme – les chrétiens d’Orient cherchent le dialogue avec l’islam. Les fondamentalistes islamiques désignent les minorités chrétiennes en pays musulman comme une « cinquième colonne » de l’Occident ralliée à la « croisade » contre le terrorisme lancée par le président Bush. Pour les musulmans, l’expression croisade vise l’islam en tant que tel.

Sur place, les leaders chrétiens arabes prennent leur distance d’avec la rhétorique sans nuance venant de Washington. « Ce qui se passe n’est pas une guerre islamo-chrétienne », affirme ainsi l’évêque maronite de Beyrouth, Mgr Boulos Mattar. Il a appelé jeudi les Libanais à s’unir en ces temps difficiles « pour refuser la logique du choc des civilisations, comme le prétendent d’aucuns ». Il a qualifié d’acte « infâme et condamnable » tout acte terroriste visant des innocents et des personnes vulnérables. Le dignitaire maronite a cependant refusé la loi du talion et s’oppose à ce que l’on réponde à la mort d’innocents par celle d’autres innocents.

Au cours d’une messe pour le 51e anniversaire de la mort de l’ancien chef de l’Etat libanais Emile Eddé, il a déclaré: « Aujourd’hui, nous refusons de toutes nos forces de voir les événements prendre la couleur de l’hostilité entre musulmans et chrétiens, tant en Orient qu’en Occident. La chrétienté va bien plus loin que l’Occident, et l’Occident n’a pas le droit de s’arroger l’apanage de la chrétienté. Idem pour l’Islam. Son message est diffusé à l’échelle planétaire, il ne se limite pas à une seule nation, ou un seul peuple ».

Il ne faut pas juger l’islam au comportement de certains musulmans

« Il ne faut pas juger l’islam au comportement de certains musulmans », a affirmé pour sa part le patriarche maronite, le cardinal Nasrallah Sfeir. Recevant dans sa résidence de Bkerké une délégation de journalistes français en visite au Liban, le cardinal Sfeir a refusé de se laisser entraîner sur le terrain du « choc des civilisations » que laisse craindre la montée de la tension internationale. Il a souligné l’expérience libanaise de l’entente islamo-chrétienne.

« En tant que chrétiens, a déclaré le patriarche maronite, nous sommes là depuis l’apparition du christianisme, et les musulmans depuis l’apparition de l’islam. Ensemble, nous avons eu des jours heureux, d’autres amers. » Le cardinal Sfeir a le sentiment que la présence chrétienne sur cette terre est un message, comme l’a affirmé le Saint-Père en parlant du Liban.

« Il nous appartient de témoigner de notre christianisme dans une région qui n’est pas entièrement chrétienne. Des problèmes existent, sans doute. La région connaît en ce moment des développements graves. Mais nous ne devons pas juger l’islam au comportement de certains musulmans. Il existe des intégristes et des terroristes parmi les musulmans comme parmi les chrétiens. Cela ne signifie pas que tous les musulmans ou tous les chrétiens soient des terroristes », a-t-il poursuivi. (apic/orj/be)

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