Violence: les intervenants d’accords pour s’attaquer aux causes

Rome: Ouverture du Sommet islamo-chrétien organisé par Sant’Egidio

Rome, 3 octobre 2001 (APIC) La communauté Sant’Egidio a ouvert mercredi à Rome un sommet islamo-chrétien de deux jours, afin de promouvoir le dialogue entre les deux communautés musulmane et chrétienne après les événements du 11 septembre.

En présence du maire de Rome, Walter Veltroni, et du président de Sant’Egidio, Andrea Riccardi, les intervenants catholiques et musulmans ont fermement condamné le terrorisme et incité la communauté internationale à creuser jusqu’à découvrir et supprimer les racines de ce mal. Les musulmans ont particulièrement insisté sur la notion de justice au Moyen-Orient.

Dix intervenants ont pris la parole le matin du 3 octobre, au cours de la première séance de ce sommet de deux jours – réuni en urgence – afin de donner la parole aux chrétiens et aux musulmans et répéter comme l’a fait Andrea Riccardi que « le terrorisme ne pourra rien pour opposer les religions ».

Du côté chrétien, les cardinaux Carlo Maria Martini, archevêque de Milan, et Roger Etchegaray, président émérite du Conseil justice et paix, sont intervenus ainsi que Mgr Michael Fitzgerald, secrétaire du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et le métropolite syro-orthodoxe d’Alep, Mar Gregorios Iohanna Ibrahim.

Trois musulmans sont également intervenus: Yusuf Qaradawi, théologien et directeur d’un centre de recherche dans l’émirat du Qatar, Ahmed Kamal Aboulmagd, juriste à l’université du Caire et Ezzedin Ibrahim, conseiller culturel de l’émir des Emirats Arabes Unis.

La condamnation des terroristes s’est faite de part et d’autre sans que la moindre justification ne pointe à l’horizon. Mais tous se sont aussi entendus sur ce point, il faut aller directement à la racine des attentats qui ont été « une explosion de haine, de violence et de souffrance », comme l’a affirmé Ezzedin Ibrahim.

Le mal va s’exacerber

Pour le cardinal Martini, « la source du problème est un matérialisme excessif d’un côté et une pauvreté excessive de l’autre. Si nous ne montrons pas clairement du doigt les causes de cet affrontement, le mal va s’exacerber ». De son côté, le cardinal Etchegaray a affirmé que, « si certains présentent le visage crispé de l’extrémisme, ce n’est pas seulement en raison d’une lecture fondamentaliste des textes. L’extrémisme religieux est une réaction de défense contre l’extrémisme anti-religieux. Il trouve son terrain dans les inégalités criantes et les nationalismes exacerbés. Il conduit les hommes à aboyer plus qu’à crier, a-t-il poursuivi, la peur animalise l’homme et le rend irrationnel. Le terrorisme naît donc d’une société oppressée qui devient oppressante. »

Pour les musulmans, l’accent a été très clairement mis sur la nécessité de rendre la justice. Ainsi, selon Ahmed Kamal Aboulmagd, « la justice doit prévaloir sur la force. Il faut trouver les causes profondes de ces actes, avec franchise et se souvenir courageusement qu’à côté des milliers de victimes américaines, il y a des centaines de milliers de victimes de la politique des Etats-Unis, et en particulier en Palestine ». Pour lui, « de nouvelles bases pour l’humanité doivent être envisagées après ce choc, fondées sur l’égalité et les droits de l’homme. » Ezzedin Ibrahim a ajouté dans la même ligne que « c’est en rendant justice à la Palestine – où il y a aussi des chrétiens – que l’on parviendra à combattre le terrorisme ».

Pas de combat du terrorisme par le biais d’un autre terrorisme

Pour Yusuf Qaradawi, « en Palestine, les funérailles sont permanentes. Il ne doit pas y avoir de combat du terrorisme par le biais d’un autre terrorisme. L’Occident doit se guérir de sa peur de l’Islam, du péril vert comme certain le nomme. L’Occident, a-t-il poursuivi, doit se libérer de cette haine antique qui a provoqué les croisades, et de son complexe de supériorité qui est une provocation pour le reste du monde ».

Dans son intervention, le cardinal Etchegaray a cependant bien précisé que « le dialogue islamo-chrétien ne peut se faire sur le dos des juifs. Jérusalem en est le symbole. Cette ville est, comme le dit le psaume, ’la ville où tout homme est né’. Elle est le test d’une paix vraie et durable pour le monde entier. C’est dans ce lieu que nous pouvons prouver notre capacité à vivre ensemble dans la paix. Il faut y croire, il faut faire appel à notre imagination et à une bonne dose d’audace. La visite du pape à Jérusalem, s’est-il rappelé, lorsqu’il est passé de l’esplanade de la mosquée, au mur des lamentations puis au saint-sépulcre en est l’illustration ».

En marge des discussions, Andrea Riccardi a précisé que « les juifs ont été invités à être auditeur dans ce sommet qui, cette fois-ci, est un débat entre musulmans et chrétiens. Pour nous, a-t-il ajouté, l’Etat d’Israël doit exister, c’est une certitude. Il doit cohabiter avec l’Etat palestinien. » (apic/imed/pr)

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