Belgique: Quelles émissions religieuses pour demain?
Bruxelles, 11 octobre 2001 (APIC) Une quarantaine de professionnels des médias et de responsables d’émissions religieuses se sont réunis du 8 au 10 octobre à Bruxelles dans le cadre du Séminaire Farel. Une question majeure a mobilisé leur attention: quelle place pour les émissions religieuses dans les télévisions de service public? Initiative protestante de Suisse romande, ce Séminaire s’est donné le nom d’un réformateur de Neuchâtel au XVIe siècle, Guillaume Farel.
Ce séminaire oecuménique était organisé cette année à Bruxelles par la Radio et Télévision Catholique Belge (RTCB). Le sujet central de la rencontre a fait l’objet, le 9 octobre, d’un panel entre participants belges, français et suisses. La place des émissions religieuses dans les télévisions de service public y a été envisagée, compte tenu de la présence des chaînes thématiques et du contexte européen de la laïcité.
Points de vue de responsables chrétiens
En Belgique, tant au sud qu’au nord du pays, une disposition légale prescrit aux chaînes publiques la concession d’un certain nombre d’heures d’antenne aux « cultes » reconnus ainsi qu’à la « laïcité ». A la RTBF, comme l’a confirmé son administrateur général Christian Druitte au cours du panel, ces émissions « concédées » sont actuellement réparties en télévision pour 42% aux laïques, 42% aux catholiques, 10% aux protestants et 6% aux juifs. La répartition reste ouverte à une demande orthodoxe; mais rien n’est encore prévu pour l’islam tant qu’un interlocuteur musulman n’est pas légalement désigné.
En radio, la clé de répartition est de 37% pour les laïques, 37% pour les catholiques, 18% pour les protestants, 4% pour les orthodoxes et 4% pour les juifs. Pour Michel Dandoy, président de la Commission « Médias » de l’Eglise protestante Unie de Belgique, une télévision généraliste se doit de faire place à la religion, « patrimoine de l’humanité ». En revanche, « confier le religieux à des chaînes thématiques et l’y cantonner serait occulter ce qui fait la vie des croyants et le regard qu’ils portent sur les faits. On n’est pas seulement chrétien le dimanche! ».
Dans l’ensemble des pays
Tous les pays d’Europe, même ceux de l’ancien bloc communiste, ont aujourd’hui des émissions religieuses sur les chaînes nationales. Les modèles d’organisation de ces émissions varient. Le système des émissions « concédées » est, en tout cas, « le moins avantageux », estime le Père Ernest Henau, directeur de la Radio Télévision Catholique flamande (KTRO). Ce système a fait du paysage audiovisuel de la Belgique, à ses yeux, « le plus areligieux d’Europe ». « Aux Pays-Bas, relève-t-il, les musulmans ont en radio trois fois plus de temps d’antenne que les catholiques en Flandre et en télévision, ils ont aussi deux
Professeur au Département de communication sociale de l’UCL, à Louvain, Frédéric Antoine observe que des représentants des Eglises justifient aujourd’hui une chaîne thématique comme KTO par les déficiences qu’ils reprochent au service public. « Or, rappelle-t-il, historiquement, la diffusion d’émissions religieuses par le service public a été réclamée face à l’apparition de chaînes médiatiques! »
Prêcher aux seuls convaincus
Mais la raison d’être du service public n’est-elle pas précisément de garantir la pluralité des opinions? Aux concessionnaires, les émissions « concédées » sur une chaîne publique offrent « la chance de s’adresser à un public indifférencié », remarque en outre l’expert de l’UCL. Ne convient-il pas alors de s’interroger sur la prise en compte de ce vaste public et sur le type de communication privilégié: les émissions concédées ne fonctionnent-elles pas trop souvent comme une « tribune ». Ce qui les coupe d’une bonne partie du public… pour « prêcher aux seuls convaincus ».
« Prêcher aux convaincus » pourrait être, selon F. Antoine, le slogan (souvent inavoué) des chaînes thématiques, qu’elles s’occupent de sport ou de religion. A l’opposé d’une chaîne généraliste, le présupposé est ici que « il faut être du sérail pour s’y retrouver ». De plus, dans le cas d’une station d’émission privée, « le système de communication est étonnamment vertical: aux mains de l’institution religieuse! ».
Quel public vise-t-on et est-il demandeur? S’agit-il en télévision d’être prosélyte ou d’être à l’écoute du monde? Et de quel monde? Pour F. Antoine, « il est peut-être plus urgent de s’interroger sur la cible et sur les contenus des programmes d’émissions concédées que de se doter soi-même d’une station de télévision, type de communication plus lourd et pas forcément adéquat, compte tenu de l’évolution de la société! »
Audiométrie 0
Pour Claudette Marquet, responsable de l’émission religieuse protestante sur France 2. « Les chaînes thématiques, ce n’est plus la télévision pour tous. Or aujourd’hui, le service public est menacé, parce qu’on ne jure plus que par le rentable ». L’existence d’une chaîne thématique comme la KTO soulève un autre type de problème, qu’épingle encore Hervé Jegou (de l’émission « Le jour du Seigneur sur France 2). Lancée en janvier 2000, KTO ne peut faire valoir aujourd’hui une audience significative. Les derniers chiffres de mesure d’audiométrie révélés aux annonceurs créditent KTO d’une audience de … 0 %! H. Jegou se demande si ce niveau d’audience ne devrait pas faire réfléchir les responsables belges qui envisagent de s’associer à la KTO. Le problème ne tient pas seulement à la thématique religieuse, ajoute-t-il: « Les seules chaînes thématiques à tirer leur épingle du jeu en France sont celles qui ciblent l’information, le sport, le cinéma et la jeunesse ». (apic/cip/pr)
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