Rome: Un évêque anglican questionne la moralité des bombardements sur l’Afghanistan

«Mettre fin au terrorisme ou au contraire, l’encourager»

Rome/New York, 12 octobre 2001 (APIC) Un évêque anglican questionne publiquement la moralité des bombardements anglo-américains sur l’Afghanistan. Au cours d’une cérémonie au Vatican, un mois après les «attaques terroristes inhumaines» sur les Etats-Unis, le Rév. Peter Forster, évêque de Chester, dans le nord de l’Angleterre, s’est inquiété de savoir si ces actions «mettront fin au terrorisme ou si, au contraire, elles l’encourageront».

Jean Paul II et les Pères synodaux ont prié ensemble pour la paix, pour les victimes des terroristes, les chefs de gouvernements, tous les «enfants d’Abraham» et les terroristes eux-mêmes, un mois après les attentats aux Etats-Unis.

A cette occasion, Mgr Peter Forster, évêque anglican de Chester, en Grande-Bretagne ­ un des délégués fraternels présents au synode -, a souligné l’aspect «malheureusement réel» de la situation actuelle et des attentats du 11 septembre dernier, «qui pourraient ressembler à un film de Steven Spielberg fait par ordinateur». «Mais nous nous demandons tous encore: est-ce bien réel?», a lancé le prélat anglican.

Dieu est également en Afghanistan, «il est aussi présent au milieu des terroristes»

L’évêque anglais a souligné que «ce sont les nations les plus puissantes qui lancent des bombes très sophistiquées sur la nation qui est probablement la nation la moins sophistiquée». «Même si cela pouvait être justifié, est-ce bien réel ?», a-t-il ajouté. «Si le 20ème siècle nous a enseigné quelque chose, c’est que Dieu est au milieu de la souffrance et de la pauvreté», a continué le Rév. Forster. «Il est à New York, à Washington ou à Philadelphie, mais il est aussi en Afghanistan et près de ceux qui souffrent ou qui meurent dans l’ombre à cause de la pauvreté, partout dans le monde», a-t-il déclaré, concluant que «Dieu est aussi présent au milieu des terroristes».

«Quand on lâche les démons de la guerre»

Un mois après les attentats terroristes à New York et à Washington, la section américaine du mouvement catholique pour la paix Pax Christi aux Etats-Unis publie une déclaration intitulée: «Quand on lâche les démons de la guerre». Tandis que les bombes pleuvent sur l’Afghanistan, Pax Christi USA réaffirme sa position: «la violence, quelle que soit la provocation, ne peut pas mettre fin à la violence ni établir la paix dans la justice. Une fois que la violence est lâchée, il est difficile de la contrôler.»

«Bien qu’on sache en ce moment peu de choses sur l’étendue des destructions à Kaboul, à Kandahar et sur d’autres sites en Afghanistan, des centrales électriques civiles étaient sur la liste des équipements à détruire. C’est devenu un aspect standard de l’approche américaine : la mise hors circuit des capacités de l’adversaire.»

La «mise hors circuit» des sources civiles d’énergie a un effet immédiat et mortel sur les non-combattants les plus vulnérables de la société visée, poursuit Pax Christi, qui répète son appel au président Bush pour que ne soient plus visés les systèmes d’équipements vitaux de la société civile, même s’ils ont une utilité militaire.

«Les démons de la guerre ne se cantonnent pas au champ de bataille militaire»

Face au déluge de propagande et de semi-vérités qui envahissent les écrans du monde entier, Pax Christi USA relève que «les démons de la guerre ne se cantonnent pas au champ de bataille militaire, mais ils cherchent de préférence à posséder une société sous tous ses aspects; ils font victime sur victime et ils déforment en fin de compte tous les aspects des nations en guerre.»

Pax Christi USA affirme que même si les bombardements continuent, il n’est pas trop tard pour les Etats-Unis de faire marche arrière et de quitter le chemin de la guerre. «Nous lançons un appel à nos dirigeants pour qu’ils concentrent leurs énergies créatrices sur un engagement renouvelé à construire un ordre international basé sur des principes plutôt que sur le profit, sur la justice plutôt que sur la force.»

Les pauvres aux Etats-Unis risquent de payer la note

Le mouvement catholique américain craint que ce soient finalement les pauvres aux Etats-Unis qui payent la note: «Nous nous engageons à lutter aux côtés de ceux qui vivent dans la pauvreté dans cette nation, aux côtés de ceux qui sont peut-être contraints de porter le plus lourd fardeau de cette première guerre du XXIe siècle. Vu l’accroissement énorme des dépenses militaires et les généreuses ristournes aux sociétés, nous sommes profondément inquiets: ne va-t-on pas tailler dans les programmes destinés à aider des familles démunies et restreindre l’engagement fédéral à l’égard des gens qui vivent dans la pauvreté ?»

Pax Christi USA déclare s’engager à lutter aux côté des «communautés de couleur» aux Etats-Unis et dans le monde arabe «qui vont fournir la plupart des combattants et des morts dans cette première guerre du XXIe siècle.» «Du fait que les feux de intolérance et de la haine qui ont incendié les tours jumelles sont ranimés à chaque frappe et à chaque contre-frappe, ce sont les plus vulnérables parmi nous qui seront menacés – à commencer par les immigrés arabes ou à l’aspect arabe pour finir probablement par tous les immigrés.» (apic/bbc/imedia/cip/be)

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