Poser les questions justes

Entretien avec Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, archevêque de Kisangani

Propos recueillis par Antoine Soubrier

Rome, 17 octobre 2001 (APIC) Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, archevêque de Kisangani (RDC) souhaite que le synode soit un moyen pour l’Eglise de s’ouvrir au monde. Président du symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar, Mgr Monsengwo insiste sur l’importance d’une telle assemblée pour rappeler à chaque évêque le rôle qu’il doit jouer dans la vie sociale, politique et spirituelle de tous ses compatriotes. Entretien.

APIC: Arrivé à la moitié du synode, que pensez-vous de cette assemblée restreinte d’évêques?

Mgr Monsengwo: J’apprécie en particulier le fonctionnement du synode qui nous permet de réchauffer les liens entre le pape et les évêques. On parle beaucoup de la collégialité et de la manière de l’appliquer, mais on l’a déjà devant nous durant ces congrégations générales auxquelles le pape lui-même participe. On voit déjà une communion visible entre le successeur de Pierre et les successeurs des apôtres. Je trouve par ailleurs le thème très important. Après que Jean Paul II ait demandé aux chrétiens « d’aller au large » en ce début de millénaire, il est nécessaire que les évêêques puissent réfléchir sur leur ministère et ce qui peut apporter de l’espoir dans l’Eglise et dans le monde. Et là encore, on a eu un début de résultat positif au sein même de l’assemblée synodale, lorsque les évêques ont pu entendre les diverses situations dans lesquelles leurs confrères vivent à travers le monde. Certaines Eglises locales refont ainsi surface grâce à la prise de conscience de leur existence par les autres évêques. Un autre aspect positif est qu’en écoutant les autres durant le synode, je me dis que mes difficultés ne sont peut-être pas les seules au monde, ni les plus grandes. Donc, il y a une espérance. C’est cela, ce que l’on appelle couramment la collégialité. Et une fois que cette prise de conscience de la communion entre les évêques et le pape est faite, il faut poser les questions justes pour la perfectionner.

APIC: Les bonnes questions ont-elles été posées jusqu’à maintenant ?

Mgr Monsengwo: Je pense que la plupart des problèmes ont été touchés, même s’ils ont été abordés avecdes styles souvent complètement différents ! On a eu des interventions faites par des évêques plus proches du peuple, d’autres plus pauvres. Cela donne une vision de l’évêque qui peut être abstraite, comme l’a souligné le cardinal Danneels, mais au moins, tous les problèmes ont été posés. Je le rejoins quand même dans son idée lorsqu’il déplore un manque d’ouverture au monde. Ne sommes-nous pas en train d’analyser le rôle de l’évêque « pour le monde » ? Mais les carrefours vont nous permettre d’aborder ces sujets, comme, par exemple, ceux de la paix, de la justice, ou encore de la démocratie qui n’existent par encore dans certains pays. On a peut-être davantage décrit l’évêque comme serviteur de l’évangile ’ad intra’ mais pas assez pour l’espérance du monde. Je crois que dans les propositions, on y arrivera. D’autant plus que les événements du 11 septembre ont donné à tous le sentiment que l’humanité est menacée et qu’il faut donc une parole qui vienne avec autorité, pour nous les chrétiens. C’est le devoir des évêques de rappeler l’importance des sacrements comme expression du salut de Dieu pour l’humanité.

APIC: Quelle doit être l’attitude, selon vous, d’un évêque responsable d’une région en guerre ?

Mgr Monsengwo: L’évêque est souvent tiraillé par le fait qu’il est pasteur de ses propres ouailles comme de ceux qui viennent et qui amènent la guerre dans le pays. Dans mon diocèse, nous vivons avec cette réalité de conflit, de divisions entre les gens. Comment dois-je réagir ? Comment concilier le fait que je suis fils de l’Eglise ayant un message pour tous, mais en même temps, que je suis un patriote congolais qui n’accepte pas que l’intégrité territoriale de mon pays soit violée ? Je pense que l’évêque doit être fidèle à sa vocation d’apporter le message de l’Evangile et aider les uns et les autres à se réconcilier. Il finira par découvrir la chance qu’il a de posséder une forme de neutralité grâce à l’ouverture de l’Eglise aux uns et aux autres, qu’ils soient frères ou ennemis, et de pouvoir ainsi faire passer son message de paix et d’espoir.

APIC: La réunion de plusieurs Conférences épiscopales, comme celle que vous présidez, pourrait-elle permettre la résolution de certains conflits ?

Mgr Monsengwo: Les Conférences épiscopales se réunissent déjà, grâce aux Conseils de Conférences épiscopales, mais dans ces situations les évêques ne sont pas les seuls protagonistes. Ils sont de simples conseillers qui donnent des avis gratuits, qui interviennent par la voix qui est la leur, mais ne peuvent pas en faire plus, car ils sont dans un système qui les dépasse. Les évêques ne sont pas ceux qui trafiquent les armes, ils ne sont pas les grands décideurs du monde qui peuvent arriver ou non à résorber les divisions par des pressions politiques. Les évêques, eux, ont un rôle propre et unique qui leur permet, quelque soit la situation, d’aider les uns et les autres à aller de l’avant.

APIC: La montée de l’Islam est de plus en plus forte en Europe. Les évêques viennent-ils vous voir pour analyser ce défi avec vous ?

Mgr Monsengwo: Oui, nous en parlons ensemble et je pense qu’il est important que les évêques européens prennent au sérieux ce nouvel élément de leur ministère. Mais le défi que représente l’Islam en Afrique n’est pas le même qu’en Europe. Il y a des connotations historiques, culturelles ou politiques très différentes. Le dialogue doit cependant exister en partant des valeurs qui nous unissent, avec beaucoup de réalisme.

APIC: Quel autre point positif retenez-vous du synode ?

Mgr Monsengwo: Il me semble que les évêques ont été très sensibles aussi à la voie de sainteté de l’évêque. Ils l’ont fortement souligné. L’évêque est appelé à la sainteté car il est maître de vie spirituelle dans un diocèse. Naturellement, suivant la sensibilité de chacun, cette sainteté est décrite de différentes façons avec les vertus que chacun des évêques estiment comme nécessaires pour un pasteur d’Eglise. Ce qui est intéressant, c’est que cette sainteté de l’évêque est placée dans le cadre d’une Eglise particulière. L’Evêque est appeléé à la sainteté, mais au milieu d’un peuple qui lui aussi à la même vocation. C’est comme si dans chaque Eglise particulière, chaque chrétien, l’évêque en tête, était en train d’écrire une page d’Evangile suivant les dons, les talents qu’il a reçu du Seigneur. C’est à partir de cette page d’Evangile que la sainteté se fait dans une saine émulation qui est en même temps un encouragement réciproque pour aller au large. (apic/imed/as/pr)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/entretien-avec-mgr-laurent-monsengwo-pasinya-archeveque-de-kisangani/