Entretien avec Mgr Emile Destombes, évêque de Phnom Penh au Cambodge
Rome, 22 octobre 2001 (APIC) Les Eglises d’Occident souffrent peut-être plus que l’Eglise du Cambodge, alors même qu’elle a souffert la persécution durant de nombreuses années, estime Mgr Emile Destombes, évêque du vicariat apostolique de Phnom Penh, au Cambodge.
Interrogé par l’APIC le 22 octobre 2001 sur sa vision du rôle de l’évêque à l’occasion du synode qui se tient à Rome, ce prêtre français des missions étrangères, arrivé au Cambodge en 1964, renvoyé par les Khmers rouges en 1975, puis revenu en 1986, estime que les Eglises des pays industrialisés souffrent parfois plus que les Eglises minoritaires en raison des conséquences négatives de la mondialisation.
S’agissant du synode actuel, il estime qu’il est intéressant «parce qu’il permet aux évêques, surtout pour ceux qui habitent loin de Rome, de pouvoir rencontrer d’autres évêques de tous les pays et de pouvoir échanger sur des expériences véritablement diverses. C’est une grande richesse, même si le déroulement du synode est assez lourd parce qu’on reste trop passif, sans avoir la possibilité de réagir immédiatement».
C’est vrai que «nous sommes pauvres en nombre – un habitant sur mille est catholique -, et que nous avons vécu une expérience très douloureuse. Mais ce n’est pas une découverte parce que même si j’habite à 12’000 kilomètres d’ici, nous connaissons en particulier la situation des Eglises d’Europe occidentale. Et cela me fait dire que si les difficultés matérielles sont moins grandes dans ces régions, on s’aperçoit que les évêques ont des problèmes très sérieux pour gérer la présence de l’Eglise au milieu du monde. Ils ont besoin d’autant de courage et d’acharnement, de lucidité et d’espérance. Ce synode ne fait que me confirmer l’importance d’espérer malgré les difficultés».
Pour Mgr Destombes, l’Eglise cambodgienne ressuscite, après la guerre en 1970, puis l’arrivée de Pol Pot au pouvoir avec l’instauration d’un régime très violent. Pendant près de 4 ans, dit-il, ce régime a imposé une loi de terreur dans la population qui a été réduite au travail forcé dans les rizières. «On peut dire que le Cambodge est devenu un véritable goulag, une prison à ciel ouvert, que les gens n’avaient absolument aucune liberté, et qu’il étaient simplement utilisés pour construire cette nouvelle société».
Les effets des Accords de Paris
En 1979, le pays a été libéré de Pol Pot par les Vietnamiens communistes qui ont à leur tour imposé leurs lois pendant 10 ans, jusqu’en 1989. Pour le prélat, ce n’est qu’à partir de 1990, avec les Accords de Paris, que le Cambodge a pu retrouver un régime de vie un peu plus démocratique. Aujourd’hui, «dans une Eglise qui n’est pas encore autochtone, nous avons un vicariat apostolique, avec un évêque à sa tête et deux préfectures apostoliques. L’Eglise catholique n’est pas encore suffisamment autonome en personnel religieux pour que nous ayons des diocèses. Tous les prêtres que nous avons au Cambodge sont tous étrangers sauf un qui a été ordonné il y a six ans. Il avait pu fuir à l’étranger pour étudier avant de revenir pour se faire ordonner, une fois que l’Eglise a été reconnu».
Trois séminaristes sont en formation. Les quelque 40 prêtres présents dans le pays viennent de 17 pays différents! «L’avantage, c’est que nous avons sur place l’expérience de l’Eglise universelle, en quelque sorte ! J’espère que l’Eglise prendra un jour un visage de plus en plus ’cambodgien’, car c’est très enrichissant». Concernant la liberté religieuse, Mgr Destombes pense qu’elle n’est pas encore totalement acquise, «mais que nous allons dans ce sens. Il y a un cheminement progressif vers une pleine liberté, et c’est ça qui nous rend plein d’espérance». (apic/imed/pr)
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