Des catholiques protestent violemment auprès de l’UCIP
Saigon, 22 octobre 2001 (APIC) L’attribution par l’Union Catholique Internationale de la Presse (UCIP) de son Prix au journal vietnamien « Cong Giao va Dan Toc », lors de son Congrès tenu à Fribourg en septembre dernier, suscite la protestation de milieux catholiques vietnamiens. Ce prix est une grave erreur, et l’UCIP a fait preuve d’un manque d’information, assure un missionnaire rédemptoriste.
L’attribution de ce prix à ce journal est « un outrage et une blessure infligée à la communauté catholique du Vietnam », a fait savoir le Père Stéphane Chan Tin, rédemptoriste vietnamien de Saigon. Pour lui, l’UCIP doit reconsidérer cette attribution et accorder le Prix à « un organisme de presse plus digne ».
Dans une lettre ouverte adressée à l’UCIP, dont fait état l’agence missionnaire vaticane Fides, le Père Chan Tin fait remarquer que ce journal n’est catholique que de nom, et qu’il est en réalité « un organe de propagande que le Parti communiste a introduit dans le milieu chrétien ».
Pour « aider l’UCIP à comprendre la véritable nature du journal », le rédemptoriste précise que le « Cong Giao va Dan Toc » est un organe du Comité d’union des catholiques de Hô Chi Minh-ville, fondé par le Front patriotique pour mettre en pratique les directives du Parti vis-à-vis des catholiques.
Selon lui, le Front Patriotique est une institution créée pour « faire exécuter la politique du Parti concernant différents éléments de la nation, comme les intellectuels, les bouddhistes, les catholiques ». Sachant qu’il était illusoire de chercher à créer une Eglise patriotique sur le modèle chinois, explique-t-il, le Parti communiste a cherché à introduire des éléments subversifs et des « têtes pensantes » au sein de l’Eglise du Vietnam, et a confié cette tâche à quatre prêtres nationalistes: le Père Huynh Cong Minh, cerveau du groupe, le Père Truong Ba Can, directeur du journal, le Père Phan Khac Tu, secrétaire général du Comité d’Union, le Père Vuong Dinh Bich, ancien directeur de ce journal.
Positions bien connues
Le Père Huynh Cong Minh a été conseiller pendant un certain temps de l’archevêque de Saigon, note l’agence Fides à Rome, et ses positions politiques sont « bien connues ». En 1976, à l’Assemblée nationale, il déclara sa fidélité inconditionnelle au Parti, qui avait su donner au pays « une société nouvelle ».
« Ces personnalités, déclare la lettre ouverte, sont des porte-parole du Parti communiste. Ils exécutent les ordres du Parti et interviennent dans les activités religieuses et dans la vie quotidienne de l’archidiocèse de Saigon.
Le journal « Cong Giao va Dan Toc » est le seul à être autorisé, pour une communauté de sept millions de catholiques. Sans une voix qui puisse le contredire, et sans aucune concurrence (le projet de l’épiscopat de créer un bulletin d’information religieuse n’a pas reçu l’autorisation du gouvernement), les promoteurs du « Cong Giao va Dan Toc » font la pluie et le beau temps dans le domaine des moyens d’information, dont ils détiennent le monopole. «
Manoeuvres contre l’Eglise.
Ce journal, rappelle encore le Père Chan Tin, a lancé à plusieurs reprises des « manoeuvres contre l’Eglise ». Après la victoire communiste de 1975, il a poussé à l’expulsion du délégué apostolique, Mgr Lemaitre. En 1978, il s’est prononcé en faveur de la confiscation par le gouvernement de cinq couvents à Thu Duc. En 1988, obéissant aux ordres du Parti, il a protesté contre la canonisation des 117 martyrs vietnamiens et les a dénigrés. Il n’a pas hésité, cette année-là, à calomnier le Père Nguyen Van Ly dans sa lutte pour la liberté religieuse et la démocratie.
Le religieux ajoute que « la propagande quotidienne dans l’archidiocèse de Saigon est très pernicieuse » ; elle dure depuis 26 ans et « risque de compromettre la vie de la foi de la population catholique et sa fidélité envers le Saint-Siège ».
Le P. Chan Tin rappelle enfin que les libertés de parole, d’expression et de presse, que l’UCIP entend défendre, sont régulièrement foulées aux pieds au Vietnam. « Je considère que l’attribution de ce Prix est une erreur grave, due au manque d’information sur le rôle du « Cong Giao va Dan Toc » et du Comité d’Union, dans le contexte de la politique du Parti », conclut-il. (apic/cip/fs/pr)
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