Colombie: Eglises et associations dénoncent la vague de massacres

«Mariage» de l’armée avec les forces paramilitaires

Londres, New-York, 23 octobre 2001 (APIC) Des organisations de défense des droits de la personne et des Eglises ont multiplié les critiques à l’égard de l’armée colombienne après une vague de massacres et d’assassinats. Elles accusent les militaires de collusion avec les groupes paramilitaires de droite.

Les récentes réactions de Human Rights Watch et d’Amnesty International, respectivement à New York et à Londres, sont les dernières d’une longue liste d’accusations portées l’an dernier par des organisations religieuses et des groupes de défense des droits, rapporte l’agence de presse œcuménique ENI.

Dans un rapport publié au début octobre, Human Rights Watch précise que les forces armées et la police colombiennes ont maintenu leurs liens avec des groupes paramilitaires illégaux qui, selon l’organisation, seraient responsables de violations très graves des droits de la personne. Citant les paroles d’un représentant municipal colombien, le rapport compare les relations entre les forces militaires colombiennes, et notamment l’armée, et les groupes paramilitaires à «un mariage».

Moins d’une semaine après la publication de ce rapport, Amnesty International a demandé que «l’aide militaire ne parvienne pas à l’armée colombienne et à ses alliés paramilitaires». L’organisation fait référence à la mort de 62 paysans et pêcheurs dans différentes régions de la Colombie. Ceux-ci auraient été assassinés par un groupe paramilitaire de droite pour avoir aidé des guérilleros de gauche.

En septembre, Amnesty International avait laissé entendre que des forces paramilitaires de droite étaient responsables de l’assassinat de la religieuse catholique romaine Yolanda Ceron. Ce meurtre faisait suite à une période de harcèlement contre des responsables catholiques romains et protestants qui comme elle, militaient pour la paix et la défense des droits de la personne.

«Plan Colombie» remis en question par les Eglises

Cette inquiétude se développe sur un fond de critiques contre le «Plan Colombie», soutenu par les Etats-Unis qui ont approuvé l’octroi de 1,3 milliard de dollars EU et dont l’objectif est d’éradiquer le trafic de drogue en Colombie, pays qui produit trois quarts de l’approvisionnement mondial en cocaïne. Ce trafic a permis de financer la rébellion et les armées illégales durant presque quatre décennies de guerre civile.

Parmi les organisations qui critiquent ce Plan figurent la Fédération luthérienne mondiale (FLM), le Conseil des Eglises d’Amérique latine (CLAI) et le Conseil national des Eglises des Etats-Unis (NCC). Ces organisations et autres accusent en effet les militaires colombiens d’utiliser l’assistance militaire des Etats-Unis pour renforcer leur campagne contre les guérilleros de gauche sous le couvert de la lutte contre la drogue. Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), le plus grand groupe rebelle du pays, controlent une grande partie des champs de coca.

Un autre volet du Plan Colombie est la fumigation aérienne, qui a forcé des dizaines de milliers de Colombiens à quitter les zones rurales. Ces 15 dernières années, précise le NCC, le conflit interne de Colombie a entraîné le déplacement de plus de 2,1 millions de personnes à l’intérieur du pays. Selon les détracteurs du Plan, les paysans qui dépendaient de la production de coca pour survivre et les citoyens sont les plus durement affectés par la fumigation des champs et la violence des paramilitaires de droite et des guérilleros de gauche. (apic/eni/bb)

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