« Augsbourg 1999 », un jalon sur le chemin de l’œcuménisme?
Berne, 29 octobre 2001 (APIC) Un colloque œcuménique sur l’accord historique entre catholiques et luthériens concernant la « doctrine de la justification » a réuni dimanche et lundi à Berne une centaine de spécialistes et de nombreuses personnalités des Eglises catholique et protestantes de Suisse. La « doctrine de la justification » – est-on sauvé par la foi ou par les œuvres – un problème théologique soulevé par Luther, avait provoqué une rupture donnant naissance au protestantisme au XVIème siècle.
A la demande de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS) et de la Conférence des évêques suisses (CES), la Commission de dialogue protestants/catholiques romains (CDPC) a organisé un colloque scientifique sur le thème de la « Déclaration commune sur la doctrine de la justification », signée en 1999 à Augsbourg (Allemagne). Plusieurs personnalités de renom – dont le professeur Eberhard Jüngel (Tübingen), et le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens à Rome – se sont réunis les 28 et 29 octobre 2001 à Berne.
Une certaine opposition en Allemagne
Au printemps 1997, la nouvelle parvenait que les Eglises évangéliques-luthériennes et l’Eglise catholique romaine avaient trouvé un accord sur la question de la justification par la foi, une controverse qui les divisait depuis des siècles. La « Déclaration commune sur la doctrine de la justification » avait tout de même rencontré une opposition, notamment auprès de 160 professeurs de théologie allemands. Par la suite, cette entente péniblement acquise sur la doctrine de la justification semblait remise en question par la Déclaration vaticane « Dominus Iesus » sur l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus-Christ et de l’Eglise, publiée en automne 2000. « Dominus Iesus » avait provoqué de vives réactions de la part des Eglises protestantes, mais aussi dans certains milieux catholiques.
Le colloque de Berne a donc permis de réfléchir à ce qu’ »Augsbourg 1999″ a réellement apporté au processus œcuménique. Les participants ont analysé l’évolution du dialogue œcuménique depuis la signature de cette Déclaration commune et discuté des perspectives pour l’avenir de l’œcuménisme.
« Quo vadis ecclesia? »
Le fait qu’un tel colloque ait lieu, a souligné Mgr Kurt Koch, évêque de Bâle, dans son introduction sur la signification de l’événement, est déjà un signe œcuménique. Eberhard Jüngel, professeur de théologie à Tübingen, a prononcé un exposé sous le titre: « Quo vadis ecclesia? ». Celui qui souhaite savoir où va l’Eglise doit demander d’où viennent les Eglises, a-t-il estimé. Se confronter avec la Bible – une source commune importante – est donc un chemin vers le rapprochement.
Au cours d’une table ronde, de nombreuses remarques ont été formulées. Petra Silke Bergjan, professeur de théologie à Zurich, a estimé que la « Déclaration commune sur la doctrine de la justification » est un papier de consensus, dans lequel les deux parties ont analysé si elles s’y retrouvaient pleinement; mais un vrai cheminement commun demande de créer de nouvelles bases. Des questions se fondant sur le contexte du 16e siècle ont également été exprimées.
De son côté, le professeur Pierre Bühler, de Zurich, a estimé qu’au-delà des débats théologiques, le véritable travail œcuménique se déroule à la base. L’accord d’Augsbourg s’est conclu très rapidement, ce qui fait que, bien vite après la signature, un nouveau document l’a complété, expliquant les intentions précises de la Déclaration d’Augsbourg.
Une « fête liturgique »
Pour le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Augsbourg n’a pas seulement été « une signature protocolaire », mais une « fête liturgique ». « Le rétablissement de la pleine unité ne peut venir […] que d’une conversion personnelle et d’un renouvellement institutionnel. […], par une unité dans la diversité. » Et d’estimer qu’une étape importante a été franchie, mais que le but n’est pas encore atteint.
Le président du Conseil de la FEPS, Thomas Wipf, a rappelé de son côté la Charte Œcuménique. Pour approfondir la communion, il faut absolument poursuivre les efforts en vue de parvenir à un consensus dans la foi; sans unité dans la foi, il n’y a pas de pleine communion ecclésiale. « Il n’y a pas d’alternative au dialogue », a conclu le pasteur Wipf. Les deux jours de colloque se sont conclus par une liturgie célébrée par les coprésidents de la CDPC, le vicaire général Rudolf Schmid, et le pasteur Frank Jehle. (apic/com/feps/be)
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