*, Banco hors série No 2, octobre 2001

Salvador: Les «supporters» de Mgr Romero mobilisés pour faire avancer sa béatification

Mgr Rosa Chavez craint que cela prendra beaucoup de temps

San Salvador/Rome, 1er novembre 2001 (APIC) Des responsables d’Eglise tentent de faire avancer la cause en béatification de Mgr Oscar Romero, archevêque de San Salvador assassiné le 24 mars 1980 dans une église par des éléments de l’armée du Salvador. Un colloque s’est tenu les 26 et 27 octobre dans la ville italienne de Terni – entre Rome et Pérouse – pour honorer la mémoire de Mgr Romero et débattre de la meilleur façon de convaincre le Vatican de faire avancer le dossier en faveur de sa béatification, peu probable sous Jean Paul II, estiment-on cependant en Amérique latine.

Des universitaires et des ecclésiastiques ont participé à ce colloque organisé par Vincenzo Paglia, évêque de Terni, postulateur officiel de la cause de l’archevêque de San Salvador, sauvagement alors qu’il célébrait une messe dans la chapelle de l’hôpital de la Divine Providence de la capitale salvadorienne. Une commission de la vérité des Nations Unies avait établi que l’assassinat avait été ordonné par des membres de l’armée.

Mgr Oscar Romero était un leader spirituel très populaire parmi la majorité opprimée de ce pays déchiré par la guerre, et peu après sa mort des voix se sont faites entendre pour qu’il soit déclaré saint. Souvent appelé «saint Romero des Amériques», l’archevêque est devenu un héros spirituel et politique pour de nombreux Latinos.

Le processus officiel qui pourrait conduire d’abord à la béatification de l’archevêque a commencé en 1993 lorsque l’archidiocèse de San Salvador a mis en place un Tribunal ecclésiastique chargé d’examiner les homélies, les écrits et les lettres personnelles de Mgr Romero, et de collecter les témoignages sur les quatre ans passés à la tête de l’archidiocèse.

Les résultats ont ensuite été envoyés au Vatican en 1997, et remis à la Congrégation pour la cause des saints. A l’époque, nombreux étaient ceux qui espéraient que ces documents n’allaient pas moisir dans les archives du Vatican pendant des décennies, ce qui est le cas pour la plupart des saints potentiels, et que le cas de Mgr Romero allait prendre une voie rapide en vue de la béatification, en partie en raison du désir du Vatican de ne pas froisser une grande majorité des Latino-américains qui représentent aujourd’hui, la plus grande proportion géographique de catholiques au sein de l’Eglise.

Peu probable sous Jean Paul II

Pourtant la cause de l’archevêque controversé, honnis la droite, et dont la condamnation inlassable de l’injustice préoccupait les autorités du Vatican de son vivant, n’est pas plus facile à gérer après sa mort.

Parmi les obstacles qui entravent le processus figure l’obsession bien connue du pape Jean Paul II pour les théologies latino-américaines qu’il considère comme «aberrantes». «Nombreux sont ceux qui, au Vatican, estiment que béatifier Mgr Romero signifierait sanctifier la théologie de la libération», fait en effet observer le prêtre Rafael Urrutia, qui a été chancelier de l’archidiocèse du temps de Mgr Romero.

Même si son engagement personnel à obtenir la canonisation de Mgr Romero est parfois mis en doute, l’actuel archevêque de San Salvador, Fernando Saenz Lacalle, membre de l’ordre catholique conservateur Opus Dei, a cherché à rendre Mgr Romero plus acceptable pour le Vatican, en mettant l’accent sur sa piété personnelle et en minimisant ses critiques acérées contre l’armée salvadorienne et le gouvernement des Etats-Unis qui la soutenait.

Un autre facteur qui a ralenti le processus dans le cadre du Vatican est la question de savoir s’il a été tué, non pour sa foi, mais pour sa politique. Si la Congrégation pour la cause des saints décide que l’archevêque a été tué pour sa foi (in odium fidei), alors le procès de béatification n’exigera pas un miracle post-mortem, comme ce serait le cas si la Congrégation décidait que l’assassinat de l’archevêque Romero était d’abord politique.

Questions supplémentaires

Les motifs qui ont poussé les commanditaires de l’assassinat sont aussi examinés par des experts du Vatican chargé du cas, qui auraient adressé des questions supplémentaires aux autorités ecclésiastiques salvadoriennes sur les circonstances de la mort de Mgr Romero.

Pour défendre le cas de Mgr Romero devant le Vatican, le pape a nommé Vincenzo Paglia comme «postulateur» chargé de convaincre les autorités du Vatican que la mort de Mgr Romero en fait un martyr de la foi. Mgr Paglia a été conseiller de la communauté Sant’Egidio, mouvement mondial de laïcs, pour la plupart catholiques, engagés dans la médiation des conflits, l’aide sociale et le dialogue interreligieux.

Si la Congrégation pour la cause des saints approuve la requête, c’est au pape Jean Paul II – ou à son successeur – que reviendra la décision finale.

Pourtant en Amérique centrale, les «supporters» de l’archevêque Romero n’ont pas attendu la décision du Vatican. Une célébration annuelle, commémorant l’anniversaire de la mort de Mgr Romero, est devenue un événement régional qui attire les chrétiens de tout l’hémisphère.

Les jeunes n’oublient pas

Gregorio Rosa Chavez, évêque auxiliaire de San Salvador, a confié que la participation massive à la célébration de mars dernier a même surpris les responsables de l’Eglise. Selon lui, la participation des jeunes était particulièrement nombreuse. «Nous craignions que les jeunes salvadoriens, qui n’ont pas connu les années Romero, ignorent tout de lui. Et nous avons été surpris».

«Il est le martyr le plus connu du 20e siècle, et pourtant chez lui il n’était pas traité comme un prophète» Mgr Gregorio Rosa Chavez estime que la redécouverte de Mgr Romero aidera inévitablement à faire avancer sa cause. «Le thème de Mgr Romero était en quelque sorte tabou au Salvador, aujourd’hui il est devenu très normal et naturel d’en parler». «Plus le temps avance, plus les gens à travers le monde sont inspirés par Mgr Romero. Je crois que le temps travaille pour lui dans le procès en canonisation. Mais nous devons être patients, car cela ne se produira pas aussi vite que nous le souhaitons», craint Mgr Rosa Chavez. (apic/eni/pr)

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