Lanza del Vasto, pèlerin de l’essentiel

Paris: Colloque à l’occasion du centenaire de la naissance de Lanza del Vasto

Paris, 7 novembre 2001 (APIC) . Un colloque intitulé «Paris: Colloque à l’occasion du centenaire de la naissance de Lanza del Vasto» se tiendra à Montpellier les 17 et 18 novembre à l’occasion du centenaire de la naissance de Lanza del Vasto (1901-1981) écrivain et philosophe promoteur de la non-violence en Europe et fondateur des communautés de L’Arche.

Lors de ce colloque, devraient intervenir José Bové, le dirigeant de la Confédération paysanne, Jean-Marie Muller, du «Mouvement pour une alternative non-violente» (MAN) ainsi que le père Christian Delorme, le «curé des Minguettes».

Quelle est la pertinence de l’action non-violente aujourd’hui? Que représentent les communautés et le mouvement gandhien international de l’Arche? Les réponses de Jean-Baptiste Libouban, deuxième successeur de Lanza del Vasto à la tête de l’Arche.

Q: Comment réagissez-vous au recours à la force armée en représailles contre les attentats terroristes aux USA?

Jean-Baptiste Libouban: Je crains qu’elle n’aggrave la situation. Des civils sont tués et le monde musulman est inquiet. La fracture entre ce dernier et ses dirigeants est préoccupante.

Q: Quelle est la réponse?

Jean-Baptiste Libouban: Nous devons abandonner notre domination sur le monde par notre richesse et les armes pour la défendre. Tous les affamés et démunis de la terre attendent de l’Occident qu’il pose un acte fondé sur le partage et le respect, non sur l’affirmation arrogante de sa suprématie. Nous avons à prendre conscience de notre part de responsabilité et découvrir l’enchaînement des causes et des conséquences dans lesquelles Dieu n’est pour rien. Le terrorisme international ne pourrait atteindre un tel paroxysme de haine s’il ne se nourrissait pas de ceux qui souffrent de l’injustice économique, de notre indifférence à leurs maux et à nos trous de mémoire. Voilà pourquoi une riposte violente est vouée à l’échec.

Q: Vous-même, que faites-vous face à cette recrudescence de la violence internationale?

Jean-Baptiste Libouban: D’abord nous avons interpellé nos responsables politiques pour qu’ils ne soutiennent pas une politique de représailles qui va produire de nouveaux kamikazes. Les chrétiens doivent se rappeler que leur maître les appelle à aimer leurs ennemis. Chemin très difficile, celui de ne pas confondre le crime et le criminel. Nous devons chercher le dialogue avec les terroristes. Qui peut dire maintenant qu’il n’a pas du sang sur les mains ? C’est ce chemin abrupt que les Britanniques ont pris à Chypre avec Makarros et en Irlande du Nord avec l’IRA. Maintenant plus près de nous, nous avons à développer les rencontres interreligieuses et interculturelles autour du thème de l’écoute de l’autre pour avancer vers la paix.

Il faut inventer des espaces de partage de libre parole où chacun peut partager sa pensée. Au niveau personnel, non devons apprendre à résister, non seulement à la propagande mais aussi à la peur qui pourrait être à notre porte demain. Apprendre à s’arrêter, à respirer, à faire taire ses pensées pour retrouver la force intérieure, la paix.

Q: Que représente l’Arche?

Jean-Baptiste Libouban: Cent cinquante compagnons et compagnes, célibataires ou familles, vivent dans trois communautés en France, une en Argentine, une en Allemagne et une en Suisse, celle de Chambrelien, près de Neufchâtel. Nous menons une vie simple et fraternelle de travail et de service, dans la recherche du dépouillement extérieur et intérieur. Notre quotidien est ponctué de temps de silence, de méditation et de prière qui favorisent le retour à soi. Notre solidarité passe par le partage des revenus et des biens (deux voitures et une ligne de téléphone communes pour 20 personnes à la communauté de la Flayssière, dans l’Aveyron) et le refus de privilégier un travail plus que l’autre. Mais aussi par le soutien intergénérationnel. Solidarité enfin par le chant et la danse car la beauté, la fête sont des signes de notre quête d’unité, jamais achevée. Nous n’échappons pas aux dissensions internes mais nous cherchons à les régler et à prendre les décisions d’importance en privilégiant l’esprit d’unanimité.

Le Mouvement international de l’Arche regroupe, lui, 2’000 personnes, amis et anciens compagnons vivant hors communauté. Le nombre des personnes vivant en communauté a, de fait, beaucoup diminué.

Q: Pourquoi?

Jean-Baptiste Libouban: Beaucoup de jeunes viennent à nous mais ne s’engagent pas. Nous sommes convaincus que nos fondements restent pertinents mais nous travaillons à les traduire dans des formes plus adéquates avec l’époque. Peut-être une vie communautaire prégnante comme la nôtre n’est-elle plus envisageable pour les jeunes générations. Peut-être sommes-nous appelés à ne plus être visibles. De fait, nos intuitions et nos combats ont été repris, que ce soit la lutte contre le nucléaire ou la défense d’une agriculture respectueuse de l’environnement. Ou encore la promotion de rapports Nord-Sud plus équilibrés et la mise en œuvre du dialogue interreligieux, dont Lanza del Vasto avait compris l’enjeu dès sa rencontre avec Gandhi en 1937.

Q: Quelle est la pertinence de la non-violence aujourd’hui ?

Jean-Baptiste Libouban: Malgré Gandhi, Luther King et d’autres, elle est toujours à retrouver. Elle est dans la force de la solidarité au service de la vérité et de la justice. Quand les hommes découvriront que rien ne peut se faire sans leur participation, il seront capables de changer le cours des événement, de même que les camionneurs peuvent paralyser un pays quand ils barrent les routes. Alors un dialogue pourra s’instituer avec les puissants de ce monde. (apic/jcn/mk)

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