Rome: Colloque pour les dix ans du code de droit canonique des Eglises orientales
Rome, 14 novembre 2001 (APIC) Un symposium international pour fêter les 10 ans de l’entrée en vigueur du code de droit canonique des Eglises orientales va se tenir à Rome du 19 au 23 novembre. Il est organisé par la Congrégation pour les Eglises orientales. Quelques 300 patriarches, évêques, canonistes orientaux et latins ou étudiants du droit oriental vont ainsi se retrouver dans la salle Paul VI, 15 jours après la fin du synode des évêques.
L’agence APIC est allée rencontrer le père Dimitri Salachas qui a participé à la rédaction de ce code de droit canon, afin qu’il présente les enjeux de ce congrès. Il est aujourd’hui membre de la commission mixte internationale de dialogue entre les catholiques et les orthodoxes et professeur à l’institut pontifical oriental.
Présidée par le cardinal Ignace Moussa I Daoud, patriarche émérite d’Antioche des Syriens et préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, cette rencontre est, selon le père Dimitri Salachas, un congrès « scientifique, destiné à faire le point sur ce code, 10 ans après sa promulgation, et à mettre en lumière les aspects qui pourraient évoluer vers une plus grande autonomie des Eglises orientales catholiques ».
Pour le père Salachas, « les patriarches ou évêques orientaux qui ont participé au synode des évêques en octobre ont fait entendre la voix des Eglises orientales au cours de leurs interventions relativement limitées et ont mis en valeurs leur spécificité ainsi que la nécessité de prendre en considération les enjeux oecuméniques des relations entre Rome et les différents patriarcats ». Mais lors de ce congrès, des points précis et techniques seront abordés tels que « l’administration de la justice dans les Eglises patriarcales », « mariage mixte et oecuménisme », « le collège des évêques dans ses origines » où encore « l’inter-relation des deux codes dans l’Eglises ». Ils devraient permettre un réel approfondissement du statut des Eglises orientales.
Juridiction des patriarches en dehors de leur territoire
L’intervention du père Salachas portera elle, sur « le droit oecuménique et sa mise en oeuvre ». Il y devrait reprendre des points sensibles sur lesquels le droit canonique oriental pourrait évoluer, comme la juridiction des patriarches en dehors de leur territoire. Actuellement, en effet, cette juridiction est limitée car la constitution d’un diocèse – ou éparchie – hors du territoire, est réservée à Rome. En France, par exemple, l’ordinaire des chrétiens orientaux en dehors des rares éparchies instituées – est l’évêque de Paris. Une évolution serait nécessaire de manière à ce que les chrétiens orientaux soient sous la juridiction d’un évêque de rite oriental.
Tout comme pourrait évoluer le point du code de droit canon des Eglise orientales pas toujours respecté – selon lequel des prêtres mariés ne peuvent prendre la responsabilité d’une paroisse située en dehors du territoire de leur patriarcat. « Depuis 10 ans, a expliqué le père Salachas, le problème de l’émigration s’est largement accentué et aujourd’hui, il devient nécessaire de réexaminer ces points ».
De la même manière, la nomination des évêques pourrait, elle aussi, évoluer. En effet, lorsqu’un siège épiscopal est vacant sur un territoire patriarcal, une liste d’évêques susceptibles de prendre le poste est constituée par le synode des évêques et doit être approuvée par le Saint-Siège. Quant à la nomination d’un évêque en dehors du territoire, elle dépend de l’autorité du Saint-Siège qui choisit l’évêque parmi une proposition de trois noms la terna -, comme cela se fait dans l’Eglise latine. « Cette autonomie relative est restrictive » a expliqué le père Salachas, regrettant « que le Code renvoie fréquemment au Saint-Siège pour une série de questions, alors qu’il faudrait remettre ces questions aux patriarches avec leurs synodes » et souhaitant ainsi « une indépendance réelle des patriarcats orientaux mais en totale union à Rome en ce qui concerne la doctrine de la foi ».
Les Eglises orthodoxes observent le processus
« Cela aurait des incidences oecuméniques évidentes, a-t-il ajouté, car les Eglise orthodoxes étudient le type de relation unissant les Eglise orientales catholiques au Saint-Siège et il y a encore beaucoup à faire avant d’aboutir à un état des lieux qui puisse correspondre à leur mode propre de fonctionnement et qui enclenche ainsi un processus d’unité ». Pour le père Salachas, « la question de la primauté et son exercice est aussi et surtout une question clef dans ce processus. Il s’agit de la sauvegarder tout en accordant son exercice avec le fonctionnement des Eglises orientales ».
« Ces dernières, a-t-il enfin expliqué, mettent beaucoup d’espoir dans le rôle du cardinal Ignace Moussa I Daoud, préfet de la congrégation pour les Eglises orientales et patriarche émérite pour quelques années. Il y a un grand désir que les choses avancent durant cette période ».
Une pastorale adaptée aux fidèles orientaux en diaspora
C’est ce qui semble être sur le point de se réaliser si l’on se réfère à l’intervention du cardinal au cours du synode des évêques. Il a insisté, en effet, sur le fait que « les Eglises orientales catholiques doivent être en mesure d’organiser efficacement une pastorale propre et adaptée à leurs fidèles dans la diaspora, bien entendu en pleine communion et en concertation avec les évêques locaux des autres Eglises ’sui iuris’ ». Pour ce qui est de la nomination des évêques, le Préfet de la congrégation pour les Eglises orientales a expliqué qu’il « serait opportun de se fier à l’enquête canonique conduite par le patriarche et les évêques du synode et de revenir à l’antique et traditionnelle pratique qui consiste à faire élire l’évêque par le synode et ensuite à demander au pape de lui concéder la communion ecclésiastique ».
Certains évêques de rite latin tournent avec insistance leur regard du côté du fonctionnement des Eglises orientales pour ce qui concerne, entre autre, l’aspect de la collégialité. « Cela les regarde » a commenté le père Salachas, c’est à eux d’agir et de faire des propositions pour ce qui concerne leur propre rite et en fonction de leur tradition propre, s’ils l’estiment nécessaire ». (apic/imed/bb)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse