Rome: Message de Jean-Paul II aux «Semaines sociales de France»

Le rôle de l’Eglise catholique face à la bioéthique

Rome, 23 novembre 2001 (APIC) La construction de la société est liée à la manière de se comporter face à la bioéthique, rappelle Jean Paul II dans un message adressé à Michel Camdessus, président des « Semaines Sociales de France » dont la 76ème édition a lieu à Paris du 23 au 25 novembre 2001, sur le thème « Biologie, médecine et société, que ferons-nous de l’homme ? ».

Instituées en 1904 par Marius Gonin pour diffuser la doctrine sociale de l’Eglise, les « Semaines sociales de France » tiennent des assises régulièrement depuis 1987. Ancien directeur général du Fonds Monétaire International – FMI -, Michel Camdessus en est le directeur depuis l’année dernière.

Rappelant qu’il est « opportun » d’aborder aujourd’hui les questions de la bioéthique en lien avec la science, la technique, la philosophie et la théologie, Jean Paul II insiste particulièrement dans son message sur le rôle de l’Eglise catholique dans ce domaine. « Elle sait que si la recherche est menée d’une manière vraiment scientifique et suivant les normes de la morale, elle ne sera jamais réellement en conflit avec la foi ».

Pour cela, « il importe que la science ne réduise pas l’homme à un objet, mais soit véritablement et pleinement à son service », explique le pape, se disant toutefois « conscient » de « la complexité parfois dramatique de situations vécues douloureusement par des personnes ». Il dénonce alors « les pressions exercées par de puissants intérêts économiques », mettant en garde contre « une tentation de fonder des comportements sur des facteurs uniquement scientifiques, sur des circonstances particulières, sur le désir des personnes, ou en fonction de pressions des marchés financiers ou d’intérêts particuliers ».

Le pape invite ensuite les participants aux « Semaines sociales de France » à une attention particulière face aux aspects négatifs des « avancées fulgurantes de la science ». « Parfois étourdie par sa puissance, elle est tentée de manipuler l’homme », déplore-t-il. C’est pourquoi, reprenant le discours de Pie XII aux sages-femmes italiennes, en 1951, il rappelle qu’ »il n’y a aucun homme, aucune autorité humaine, aucune science, aucune indication médicale, eugénique, sociale, économique ou morale, qui puisse disposer directement et délibérément d’une vie humaine innocente en vue de sa destruction ».

Véritable eugénisme

« L’expérimentation biomédicale qui n’aurait pas pour objectif le bien du sujet considéré comporte des aspects sélectifs et discriminatoires inacceptables », insiste Jean Paul II. « Des bienfaits hypothétiques pour l’humanité et pour le progrès de la recherche ne peuvent nullement constituer un critère décisif de bonté morale », précise-t-il, déplorant en particulier « un développement abusif » du dépistage prénatal. La sélection des enfants à naître, écrit le pape, « constitue un véritable eugénisme qui conduit à une sorte d’anesthésie des consciences, blessant gravement par ailleurs les personnes atteintes de handicaps congénitaux et celles qui les accueillent ».

Une autre pratique dénoncée par le pape dans son message est « l’utilisation, la production et la destruction » d’embryons humains « dans le simple but d’expérimentations et d’obtention de cellules souches embryonnaires ». Elle constitue, selon lui, « de graves atteintes » à la dignité de l’homme.

Appel à l’autorité politique

Outre le fait que de telles attitudes ont des conséquences sur la vie conjugale et familiale, affirme enfin Jean Paul II, « elles ne peuvent que dissuader d’entreprendre les efforts nécessaires à la découverte de nouvelles thérapeutiques ». Il lance alors un appel « à l’autorité politique et au législateur ».

C’est leur « devoir d’agir pour que la loi civile soit réglée sur les normes fondamentales de la loi morale pour tout ce qui concerne les droits de l’homme, de la vie humaine et de l’institution familiale », soutient-il. « L’avenir de l’homme et de l’humanité est en grande partie lié à sa capacité d’examiner rigoureusement les différentes questions bioéthiques sans craindre de remettre en cause des comportements devenus courants », ajoute-t-il, concluant que « sans la réaffirmation de la valeur de la vie humaine, la vie sociale n’est plus possible ». (apic/imed/pr)

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