Vives condamnations de Washington à Rome

Le premier pas vers le clonage humain franchi aux Etats-Unis préoccupe le monde

Washington, 26 novembre 2001 (APIC) Un premier pas vers le clonage d’embryons humains pour produire des cellules souches destinées à traiter des maladies incurables a été franchi dimanche aux Etats-Unis. Des chercheurs des Etats-Unis annoncent qu’ils ont réussi à produire des embryons au patrimoine génétique modifié. Les réactions n’ont pas tardé. La condamnation est vive, tant du côté du Vatican que de Washington.

Ces chercheurs de la société « Advanced Cells Technology » (ACT) affirment avoir réussi à transférer le noyau (ou nucléus) d’une cellule dans des ovules (ou ovocyte) préalablement énucléés de femmes ayant donné leur accord pour cette recherche, produisant les premiers embryons humains clonés connus au monde. Les chercheurs ont réussi le développement cellulaire de l’embryon « jusqu’au stade de six cellules », écrivent-ils dans une étude à paraître lundi dans la revue américaine « Journal of Regenerative Medicine ».

« Nos résultats préliminaires donnent du poids à la théorie selon laquelle la reprogrammation des cellules humaines est possible », estime le vice- président d’ACT, José Cinelli, qui a dirigé la recherche. Les chercheurs ont donc réussi à fabriquer les premières cellules souches embryonnaires humaines clonées, un pas considéré comme très important dans le clonage à des fins thérapeutiques. Ces cellules souches sont en effet susceptibles d’être cultivées pour former tous les tissus cellulaires composant l’organisme humain, ouvrant la voie à la médecine régénérative pour traiter par greffes de cellules les affections neuro-dégénératives, cardiaques, hépatiques ou diabétiques.

Répondant par avance aux opposants du clonage thérapeutique, les chercheurs d’ACT soulignent que les colonies de cellules souches qui existent actuellement en laboratoire à travers le monde sont « de peu d’utilité pour le traitement de maladie par transplantation, car elles seraient rejetées par le patient ». En outre « scientifiquement, biologiquement, les entités que nous fabriquons ne sont pas des individus. Elles ne sont que vie cellulaire, pas vie humaine », s’est défendu le directeur général d’ACT, Michael West, interrogé dimanche sur la chaîne américaine NBC.

Technique de la parthénogenèse

« Après plusieurs mois de tentative, le 13 octobre 2001, nous avons découvert sous notre microscope les premiers embryons humains produits en utilisant la technique de la transplantation nucléaire, également appelée clonage », expliquent les chercheurs dans un article à paraître dans la revue « Scientific American ». Outre le clonage, par transfert du noyau d’une cellule dans un ovule énucléé, les chercheurs ont utilisé la technique de la parthénogenèse, permettant de développer un embryon à partir d’un oeuf vierge. Ils rapportent avoir réussi à produire des blastocystes au patrimoine génétique modifié. Le blastocyste est un embryon de 5 à 10 jours environ.

Les chercheurs précisent dans le compte-rendu de leur recherche avoir activé 22 ovules humains par parthénogenèse et réalisé un transfert de nucléus dans 17 ovocytes. Trois embryons ainsi créés se sont développés, atteignant un stade de jusqu’à six cellules.

Le président George W. Bush a interdit en août 2001 tout financement public à la recherche sur les cellules souches, en dehors des recherches sur des colonies de cellules souches préexistantes en laboratoire. Mais les recherches privées sur les cellules souches ne sont pas, pour l’instant, touchées par cette décision. A la mi-novembre, un des scientifiques impliqués dans un projet international visant à cloner le premier être humain, le Dr Panayotis Zavos, avait affirmé à l’AFP que les premiers embryons humains obtenus par clonage étaient pour « très bientôt ».

Réactions tous azimuts

Réagissant à la nouvelle, la Maison-Blanche a rappelé dimanche que le président Bush est opposé « à 100% » au clonage humain. Côté Vatican, le Saint-Siège a exprimé dimanche sa préoccupation après cette annonce. Il a rappelé sa condamnation de ce type d’expérimentation. La première réaction du Vatican émane de Mgr Tarcisio Bertone, secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi: « Nous ne savons pas encore exactement de quel type de processus il s’agit et s’il peut être défini comme un véritable clonage humain. « Une série de vérifications scientifiques sont encore nécessaires », a ajouté Mgr Bertone, qui a rappelé en même temps la condamnation par le Vatican de tout clonage humain. Une position du reste longuement exposée à l´ONU par Mgr Martino le 19 novembre dernier.

Les autres réactions n’ont pas tardé dimanche à l’annonce de cette information. Le ministre italien de la santé, Girolamo Sirchia, a rappelé sa position « contraire, éthiquement » à tout clonage humain, rappelant les « risques encourus par le genre humain ». Le comité italien de bioéthique a également fait savoir sa désapprobation sur les chaînes de télévision italiennes. « Comment en arriver à fabriquer des embryons humains pour obtenir des « pièces de rechange? ». La seule approbation côté italien vient du laboratoire du « Telethon » italien, qui insiste sur la volonté « thérapeutique » de cette pratique.

Vers l’adoption d’un traité

En Europe, rappelons que le Parlement italien a dit « non » au clonage humain le 21 mars 2001. Le Parlement européen avait rejeté le « clonage thérapeutique » le 7 septembre 2000. Mais le 16 août 2000, le gouvernement britannique avait donné le feu vert aux expériences sur le clonage humain.

De son côté la commission législative de l´ONU a approuvé le 20 novembre dernier une résolution présentée par la France et l’Allemagne en vue de l’adoption d’un Traité international qui bannisse tout clonage d’êtres humains. Un comité de préparation se réunira dans ce but, et les observateurs internationaux estiment que le Traité remportera sans difficulté l’approbation de la majorité des 189 pays représentés à l’Assemblée générale. (apic/ag/zn/pr)

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