Afrique du Sud : La présence de (120489)

APIC-Interview

l’Eglise dans la société est vitale

Une interview du journaliste sud-africain Noel Bruyns

Genève, 12avril(APIC/UCIP/Joseph Chittilapilly) « En Afrique du Sud, la

présence de l’Eglise dans la société est vitale étant donné que de nombreuses organisations anti-apartheid ont été interdites », affirme le journaliste sud-africain Noel Bruyns. Ancien chargé de l’information et de la presse

à la Conférence des évêques catholiques d’Afrique australe, N. Bruyns, dans

une interview accordée à Genève à Joseph Chittilapilly, de l’UCIP, déplore

la passivité des chrétiens occidentaux face à l’apartheid.

Depuis le mois d’août 1988, Noel Bruyns vit près de Cologne où il est

expert-conseil auprès de différentes organisations s’occupant du problème

de l’Afrique du Sud et de la Namibie. Il déplore en particulier le manque

de soutien des Eglises de l’Europe de l’Ouest apporté à l’Eglise en Afrique

du Sud, et cela malgré le fait que le le Vatican soutienne les positions

prises par les évêques sud-africains.

Pour l’Eglise, l’apartheid est une hérésie

Expliquant le rôle et l’importance de l’Eglise dans la lutte contre l’apartheid, Noel Bruyns insiste sur le fait que l’Eglise est l’une des seules

structures en Afrique du Sud à pouvoir encore s’exprimer contre les injustices de la politique de l’apartheid. La présence de l’Eglise dans la société est ainsi vitale étant donné que rien qu’en 1988, plus de 20 groupes

d’opposition ont été bannis. Le Conseil Sud-africain des Eglises et la Conférence des évêques catholiques d’Afrique australe (qui inclut le Swaziland, le Lesotho, le Botswana, la Namibie et l’Afrique du Sud) constituent

une des forces majeures de l’opposition à l’apartheid. Ils assument un rôle

éminent dans la société et dans la sphère politique en dénonçant l’apartheid qui est qualifié d’immoral au niveau international.

L’apartheid est aussi une hérésie, affirme-t-il. Selon notre foi et en

référence à la Bible, l’homme a été créé à l’image de Dieu; il est le temple du Saint-Esprit. Le système de l’apartheid s’oppose au dessein de Dieu

de façon consciente, constitutionnelle et systématique et traite les gens

selon la couleur de leur peau. La pertinence du rôle de l’Eglise dans le

système d’apartheid dérive du concept que l’Homme fait à l’image de Dieu ne

doit pas être traité en fonction de la couleur de sa peau.

Manque de soutien de l’Ouest

Noel Bruyns affirme, d’après son expérience à la Conférence des évêques,

que l’on pourrait avoir l’impression que la plupart des chrétiens, gouvernements et même organisations d’Eglise en Europe de l’Ouest considèrent les

évêques sud-africains comme des éléments radicaux irresponsables lorsqu’ils

lancent des appels pour que l’on prenne des mesures décisives destinées à

forcer le gouvernement sud-africain à démanteler l’apartheid. Ces appels

n’ont pas été suivis d’effet en Europe de l’Ouest, déplore-t-il.

Le journaliste sud-africain ne voit aucune justification à cette attitude passive des Eglises d’Europe. Au contraire, il est du devoir de l’Eglise

en Europe de soutenir l’Eglise en Afrique du Sud, estime-t-il. Comme l’ont

répété les évêques sud-africains, ils n’ont aucune intention de s’impliquer

dans une politique de partis ou de chercher le pouvoir politique, mais ils

comprennent la politique dans le sens du bien commun de la société.

Le soutien verbal des Eglises n’est pas suffisant

En outre, la position des évêques, leur engagement dans la société et

leurs prises de position contre l’apartheid ont été clairement soutenus par

le Saint-Père qui, au cours de leur visite ad limina en décembre 1987, leur

a exprimé son « entière solidarité », souligne Noel Bruyns. Comme la plus

haute autorité de l’Eglise a approuvé autant moralement que théologiquement

la position des évêques sud-africains, les autres entités ecclésiastiques

de l’Europe de l’Ouest n’ont aucune raison de ne pas les soutenir. Leur

condamnation purement verbale de l’apartheid n’est pas suffisante.

Noel Bruyns affirme que les leaders de l’Eglise en Afrique du Sud vivent

très près du peuple, à la base. Lorqu’ils demandent des sanctions pour en

finir avec l’arpartheid, ils ne parlent pas théoriquement ou pour eux-mêmes

mais ils reflètent le sentiment de la base.

Les sanctions : le dernier moyen non-violent

Selon Noel Bruyns, les opposants à l’apartheid voient les sanctions comme le dernier moyen non-violent pour faire pression contre le gouvernement

sud-africain dans le but d’en finir avec la discrimination raciale. Ceux

qui sont contre les sanctions au nom du bien-être des Noirs luttent aussi

pour leur propre confort et leur propre luxe. Les Noirs le disent eux-mêmes

avec cynisme : « Depuis des décennies, les hommes d’affaire blancs nous ont

exploités sans merci. Maintenant que leur propre existence économique est

menacée par des sanctions, ils nous utilisent comme alibi pour détourner

les menaces.

A chaque occasion, des économistes signalent que des sanctions sélectives « intelligentes » telles que l’interdiction d’exportation d’équipements

de haute technologie, de prêts, du rééchelonnement de la dette ou encore

l’interdiction de la publicité touristique et de l’atterissage en Europe

pour les appareils de la South African Airways, affectent en premier lieu

la population blanche et non les Noirs qui souffrent.

Les syndicats ouvriers des Noirs et leurs organisations communautaires

ont d’abord discuté de la question des sanctions avant de décider du soutien à de tels appels. Selon Noel Bruyns, les leaders noirs devaient choisir s’ils voulaient rester esclaves sous le régime de l’apartheid ou s’ils

préféraient supporter les sanctions pour en finir avec ce régime et obtenir

la liberté, même si cela implique de la souffrance à court terme. Les Noirs

d’Afrique de Sud comparent leur situation avec l’exode biblique. Là aussi,

la question était soit de rester esclaves des Pharaons en retournant « à la

bonne chère » en Egypte soit d’endurer l’épreuve et la famine dans le désert

avant d’atteindre la Terre Promise et la libération.

Durant leur session plénière extraordinaire d’avril 1986, les évêques

sud-africains ont débattu des pressions économiques pour en finir avec l’apartheid, ceci après avoir écouté ceux qui souffrent déjà. Noel Bruyns pense qu’il est évident que les sanctions sont efficaces. Le régime sud-africain réagit aux menaces et pressions du monde extérieur. Un exemple concret

a été fourni par les « Six de Sharpville » qui avaient d’abord été condamnés

à mort mais qui n’ont pas été exécutés suite à la pression internationale.

La liberté des médias et la méfiance envers les touristes

Comme le monde entier le sait, les médias en Afrique du Sud souffrent de

restrictions extrêmes. Les journaux publient quotidiennement une notice

disant que des articles d’information ont été censurés en raison de l’état

d’urgence, sans être autorisés à préciser lesquels l’ont été.

Selon le journaliste sud-africain, les journaux qui constituent une

sérieuse menace pour le régime ont été bannis ou peuvent l’être sans même

que le Ministre responsable en donne les raisons. Des correspondants étrangers ont été expulsés. Ceux qui restent ont à faire face à la menace d’expulsion et n’osent plus reporter ce qui se passe vraiment dans le pays ou

écrivent alors de façon ambiguë.

Noel Bruyns met finalement en garde contre les touristes qui retournent

en Europe et affirment que tout est parfaitement en ordre en Afrique du Sud

et que la TV et les journaux mentent en informant sur les troubles et le

mécontentement politique. Le journaliste catholique remarque que la plupart

des touristes ne voient que le bon côté du pays. Ils montent à la magnifique Montagne de la Table à Cape Town, paressent sur les plages de Durban et

vont déguster le vin tout au long des fameuses Routes du Vin à dans la partie occidentale de la province du Cap. Ils ne rencontrent jamais le peuple

qui souffre et n’entrent pas en communication personnelle et approfondie

avec les opprimés. (apic/be/mg)

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