Irak: Le père Benjamin s’insurge contre des «sanctions intelligentes»

L’Irak effectue des échanges avec les pays voisins depuis un an

Bagdad, 28 novembre 2001 (APIC) D’ici vendredi, les Nations Unies doivent se positionner sur l’embargo imposé à l’Irak en 1990, suite à l’invasion du Koweït par le régime de Saddam Hussein. Les Etats-Unis et la Russie envisagent de mettre en ?uvre en juin 2002 des «sanctions intelligentes» qui, selon l’administration américaine réduiraient les difficultés de la population civile. Le père Benjamin s’indigne contre une telle mesure et révèle que l’Irak effectue déjà des échanges commerciaux avec ses voisins.

Selon les observateurs, les Etats-Unis et la Russie se seraient entendus pour prolonger de 6 mois l’actuel embargo en attendant de mettre en place des «sanctions intelligentes».

Ce terme a fait réagir le Père Benjamin, connu pour ses campagnes en faveur du peuple irakien et contre les armes à l’uranium appauvri. «Cela veut peut- être dire que celles appliquées jusqu’à présent étaient des sanctions idiotes?». Le prêtre a exprimé à l’agence missionnaire Misna son scepticisme face aux motivations qui induisent le gouvernement de Washington à modifier les caractéristiques de l’embargo.

Le fait est que depuis presque un an divers pays arabe comme l’Egypte, la Syrie, la Jordanie ont créé, en pratique, une aire de libres échanges avec l’Irak, a-t-il expliqué. Les marchandises arrivent donc régulièrement dans ces pays et sont transférées sans taxes additives et sans limitation à Bagdad. Le père Benjamin raconte avoir vu personnellement des cortèges de camions sur la route qui relie Amman à la capitale irakienne. «Actuellement, dans les marchés, il est possible de trouver des produits qui avaient complètement disparu depuis des années – a-t-il ajouté – mais le ridicule est que les gens se sont appauvris au point de ne pouvoir les acheter». Le nouveau régime de sanctions, par conséquent, dériverait de la constatation du fait que l’embargo tel qu’il est maintenant est largement inappliqué et viserait à concentrer les limitations sur l’importation de technologies.

Bagdad demande l’annulation des sanctions

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne comptent soumettre le 28 novembre la proposition au Conseil de Sécurité de l’ONU pour qu’elle soit votée jeudi. Quant au gouvernement de Bagdad, son ambassadeur auprès des Nations Unies, Mohammed al-Douri, a demandé l’annulation inconditionnelle des sanctions. Cette mesure est également invoquée par de nombreuses organisations religieuses et laïques, pour des raisons humanitaires. En effet, la situation demeure très grave, surtout dans le sud où les conséquences des bombardements avec de l’uranium appauvri sont considérables.

Le père Benjamin rappelle l’épouvantable augmentation des maladies de nature tumorale depuis la fin de la Guerre du Golfe. L’effet combiné de ces pathologies et du manque de matériel sanitaire adéquat fait qu’en Irak, un enfant meurt toutes les 8 minutes, soit près de 6’000 par mois. «Le rappeler semble quelque peu cruel – conclut le prêtre – mais là-bas c’est comme si on abattait chaque mois deux Tours Jumelles». (apic/mna/bb)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/irak-le-pere-benjamin-s-insurge-contre-des-sanctions-intelligentes/