La force militaire ne résoudra pas les problèmes de Mindanao

Philippines: Appel des évêques catholiques et oulémas musulmans pour la paix

Manille, 30 novembre 2001 (APIC) Les évêques catholiques et les oulémas musulmans appellent la présidente des Philippines à ne pas recourir à la force pour résoudre les problèmes de Mindanao, en réaction aux événements qui se sont succédés depuis le 19 novembre dans le sud du pays.

Selon Mgr Antonio Ledesma, évêque d’Ipil, prélature territoriale située sur l’île de Mindanao, la présidente Gloria Macapagal-Arroyo « doit faire progresser le processus de paix, écouter l’autre partie et entendre ses demandes ». Si l’usage de la force militaire « peut être justifié dans certains cas », Mgr Ledesma, qui est aussi président de la Commission pour le dialogue interreligieux de la Conférence épiscopale, a exprimé son souci pour les civils innocents et les communautés pris entre deux feux.

Pour Aleem Mahmod Adilao, président de la Ligue des oulémas pour Mindanao, la présidente a été mal conseillée lorsqu’elle a décidé d’utiliser la force militaire contre le Front moro de libération nationale (MNLF), le mouvement musulman qui a déclenché les hostilités sur l’île de Jolo le 19 novembre. Selon lui, « relancer la guerre ne fera qu’envenimer la situation et ruiner ce qui a été bâtit jusqu’ici ». La Ligue des oulémas fait partie du Forum des évêques et des oulémas, instance de dialogue entre chrétiens et musulmans créée en 1996.

Une centaine de victimes à l’île de Jolo

La crise actuelle a débuté le 19 novembre lorsque, à l’instigation de Nur Misuari, leader historique du MNLF et gouverneur jusqu’ici de la Région autonome musulmane de Mindanao (ARMM). Des rebelles musulmans ont attaqué des postes militaires sur l’île de Jolo, île voisine de celle de Basilan où le groupe Abu Sayyaf retient en otages un couple de missionnaire américain ainsi que plusieurs Philippins. La réaction de l’armée a été très vive et a fait plus d’une centaine de victimes, en grande majorité des rebelles musulmans.

Certains commentateurs expliquent la réaction des autorités philippines par leur crainte de voir le scrutin du 26 novembre perturbé. Ce 26 novembre en effet, les habitants de l’ARMM étaient appelés aux urnes afin de désigner les nouveaux dirigeants de cette structure mise en place à la suite des accords de paix entre le MNLF et Manille en 1996. De fait, la participation à ce scrutin a été faible, les habitants craignant pour leur sécurité. Entre temps, les rebelles fidèles à Nur Misuari avaient pris d’assaut un quartier de la ville de Zamboanga, principal port de la façade occidentale de l’île de Mindanao, prenant des civils en otages pour protéger leur fuite.

Assiégés par l’armée, ils ont finalement négocié leur liberté contre celle des otages, tout en obtenant de conserver leurs armes. Cette dernière aventure a causé la mort de 27 personnes et fait une quinzaine de blessés. (apic/eda/mk)

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