APIC Interview
Contradiction et flou politique du gouvernement israélien
Jérusalem, 14décembre 2001 (APIC) Yasser Arafat est le chef légitime des Palestiniens. Un pays, fut-il israélien, ne peut lui ôter cette légitimité, commente le Père David Jaeger, Israélien, expert des questions du Moyen- Orient, après la décision du gouvernement israélien de mettre le chef de l’OLP sur la touche. Dans une interview accordée à l’agence vaticane Fides, le spécialiste du Proche-Orient admet que l’opinion publique israélienne ne comprend plus quels sont les objectifs politiques actuels de son gouvernement.
Q.: Yasser Arafat est-il un terroriste pour reprendre l’accusation de Sharon, ou bien l’unique interlocuteur possible en Palestine?
Père Jaeger: Dans le rapport entre Israël et la Palestine, les personnes ont une importance secondaire. La personnalisation de la politique sert seulement à la rendre spectaculaire. Le contexte ne se situe pas entre les individus, mais entre la nation israélienne et la nation palestinienne. Malgré les réserves que tous éprouvent sur chacun des deux dirigeants, aujourd’hui, le chef des Palestiniens est M. Arafat, élu et reconnu par les institutions palestiniennes, tout comme M. Sharon l’est du côté israélien. Les négociations doivent être menées entre les institutions respectives et les personnes qui les dirigent.
Q.: Y a-t-il à votre avis un décalage entre les dirigeants et la population, en Palestine et en Israël ?
Chez les Palestiniens, il y a de la méfiance vis-à-vis de la classe dirigeante qui, pense-t-on, a retiré des bénéfices économiques personnels et familiaux du processus d’Oslo, alors que, pour les gens du peuple, cela a été le contraire. Il y a un mécontentement assez répandu: on accuse les hommes politiques de corruption, et les forces de sécurité d’actions arbitraires (comme les arrestations sans garanties d’un procès).
En Israël également, l’opinion publique n’est pas monolithique. Les quotidiens israéliens les plus influents se demandent où va le gouvernement, quels sont ses objectifs politiques, que le peuple ne comprend pas. Un exemple : ces jours derniers, le gouvernement a donné l’ordre de frapper les installations et les bureaux des forces palestiniennes de sécurité. Mais il exige ensuite que l’Autorité Palestinienne utilise ses mêmes forces de sécurité pour arrêter les terroristes. C’est une contradiction évidente qui désoriente les citoyens.
Q.: Le Hamas et son organisations, comment à vos yeux sont-ils actuellement suivis par la population palestinienne.?
Tous les indices disent que la majorité des Israéliens et des Palestiniens désire la paix qu’ils sont disposés à accepter une paix honorable. Mais s’il n’y a pas de signe clair chez les gouvernants, et surtout si on ne voit pas clairement un objectif final, les sentiments de la population vont vers l’extrémisme. Il faut noter que, depuis que l’OLP a signé les premiers Accords d’Oslo en 1993, la condition des Palestiniens du peuple s’est aggravée considérablement, avec l’augmentation du chômage, et l’appauvrissement de la plupart des gens. Un terrain favorable pour le Hamas, qui fait actuellement des prosélytes, et, dans l’enchaînement, en Israël, une droite nationaliste qui s’accroît. Mais ce phénomène repose sur le désespoir, sur le fait de se sentir dans une voie sans issue. Il ne fait pas de doute que, dès qu’on verra la lumière au fond du tunnel, le nombre de ceux qui suivent Hamas et les extrémistes israéliens diminuera rapidement.
Q.: Quelle est actuellement la voie obligatoire pour la paix ?
Il faut recommencer le processus de paix d’une autre manière; les Accords d’Oslo prévoyaient une série de mesures intermédiaires, sans spécifier le point d’arrivée. A présent, un traité définitif de paix est urgent entre Israël et la Palestine, qui fixe l’objectif final, puis, négocier ensuite les pas intermédiaires qui permettent d’y parvenir. A ce point, il est essentiel de déterminer les objectifs pour pouvoir faire les pas intermédiaires nécessaires.
Pouvez-vous résumer en quoi consistent cet objectif final et les pas intermédiaires ?
L’objectif final est un rapport de paix et de collaboration entre l’Etat d’Israël et l’Etat palestinien, tous deux indépendants, comme le prévoit la résolution n° 181de l’ONU, du 29 novembre 1947, et qui continue à être le fondement de la vision internationale pour la Terre Sainte. Le traité de paix doit être négocié, en définissant ensuite les frontières, les rapports entre les deux Etats, la sécurité intérieure et extérieure, le partage des ressources en eau et en gaz naturel, les aspects économiques. Les pas intermédiaires doivent être faits dans le temps, pour permettre l’augmentation graduelle de la confiance entre les parties. (apic/fs/pr)
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