Rome: Le Vatican publie un «manuel» de pastorale sur la drogue

« Eglise, drogue et toxicomanie »

Rome, 4 décembre 2001 (APIC) L’Eglise propose un « manuel » très concret sur la drogue pour aider ceux qui travaillent dans la pastorale d’éducation, de prévention et de guérison face à ce phénomène « de plus en plus diffus » dans la société. Publié le 4 décembre par le Conseil pontifical pour la pastorale de la santé et intitulé « Eglise, drogue et toxicomanie », ce document de 200 pages est disponible en italien, français, anglais et espagnol.

C’est Jean Paul II lui-même qui, sur requête de l’OMS et de la Répression des drogues, avait demandé en 1997 l’élaboration de ce document afin de répondre à « l’angoisse » d’évêques, de prêtres, de religieux ou de parents confrontés au problème de la drogue. Il s’adresse également aux hommes politiques qui, par les législations nationales, peuvent être « les principaux responsables du ralentissement de cette plaie ».

« L’exaltation des drogues les plus variées et de leur usage n’a jamais été aussi forte dans le monde et même alimentée de manière consciente », expliquent en introduction les auteurs du document – les travaux ont été dirigés par le Père Tony Anatrella, consulteur au Conseil pontifical pour la santé. Alors qu’il y a cinquante ans, seuls quelques adultes consommaient de la drogue, ce problème est devenu « un phénomène de masse qui touche spécialement les adolescents », affirment-ils. C’est pourquoi ils invitent à une pastorale dirigée particulièrement vers ces jeunes, exprimée par « une solidarité envers ceux qui croient ne pas pouvoir vivre sans la drogue ». Le document propose alors plusieurs « alternatives crédibles », parmi lesquelles une « action pastorale de l’Eglise » notamment envers les parents. Les cinq chapitres qui suivent abordent ces alternatives en les plaçant dans le contexte social actuel.

Le « manuel de pastorale » rappelle tout d’abord l’enseignement de Jean Paul II sur le phénomène de la drogue et de la toxicomanie. Rappelant que le pape s’est prononcé plus de 80 fois sur ce thème depuis le début de son pontificat, le document propose une synthèse de ces interventions constituant une véritable étude sur le phénomène et ses causes. Il rappelle en particulier les « remèdes » proposés par Jean Paul II, dans l’affrontement de la drogue, qui sont « la prévention, le soin et la répression ». Le Conseil pontifical précise à la fin de ce chapitre que le « manuel » se limite aux deux premiers « remèdes », le troisième « étant sous la responsabilité des gouvernements ».

Présentation des causes et des conséquences de la toxicomanie

Dans le deuxième chapitre, les auteurs du document présentent les causes et les conséquences de la toxicomanie. Enumérant les différents « produits » existant sur le marché de la drogue, ils en donnent leur définition puis une explication très précise sur les effets et les dangers qu’ils provoquent. Le document passe ainsi en revue les colles et les solvants, le cannabis, le LSD, les amphétamines, l’ecstasy, l’héroïne, la cocaïne et le crack. L’objectif est de permettre aux parents ou à ceux qui travaillent avec des jeunes de cerner le problème rapidement et d’en évaluer les conséquences.

Les auteurs analysent ensuite les « motivations nombreuses » qui conduisent à l’usage de la drogue. Ils constatent que « la recherche effrénée du plaisir cache une difficulté de vivre » et « une fuite illusoire des problèmes ». Ils invitent à ainsi ceux qui sont engagés dans la « réhabilitation » des toxicomanes à intégrer dans le processus de guérison « une éducation au plaisir dans la vie relationnelle ».

Non à la libéralisation de la drogue

Le document insiste ensuite sur le ’non’ de l’Eglise à la libéralisation de la drogue, dénonçant notamment la « fausse » distinction entre les drogues douces et dures. « Elle néglige et atténue les risques que comportent les produits toxiques », explique-t-il, affirmant que les drogues dites « légères » « génèrent également une dépendance néfaste pour l’individu ». Pour le Conseil pontifical pour la santé, « la libéralisation de la drogue créé la confusion ». « Un Etat ne peut pas devenir un distributeur de drogue », affirme-t-il en ajoutant que « prise comme une thérapie, la drogue ne fait qu’aggraver les souffrances et les difficultés plutôt que d’y remédier ». C’est pourquoi il appelle les gouvernements à instaurer des lois répressives et les Eglises locales à « élever la voix contre la légalisation des drogues ».

Les trois derniers chapitres insistent ensuite sur le rôle que l’Eglise doit jouer dans la prévention et l’éducation face au phénomène de la drogue. Alors que les jeunes « sont impuissants face à la mondialisation » et se retrouvent « sans espérance face à l’avenir », le Conseil pontifical pour la santé prône une « vraie politique de prévention », avec « une vision globale de chaque personne » et « une compassion sans complicité » envers les toxicomanes. Il invite également à « combattre l’indifférence » et à « éviter le laxisme ». Pour cela, explique le document, « il faut apprendre aux jeunes à savoir dire ’non’ pour devenir libres ».

« Cette éducation est une collaboration à la construction de la société », affirment les auteurs en précisant que « la prévention ne substitue pas l’éducation ». C’est pourquoi ils encouragent « tous ceux qui viennent en aide aux toxicomanes » et ceux qui « oeuvrent à la promotion de la vie contre la culture de la mort », citant notamment les communautés religieuses « où les toxicomanes peuvent découvrir à la fois une vie sociale et religieuse ».

Le document invite par ailleurs à des actions concrètes comme la création de cours pour les parents au sein des paroisses, l’enseignement des valeurs morales dans les écoles et la sensibilisation des futurs prêtres au phénomène de la drogue dans les séminaires.

Un responsable dans chaque Conférence et dans chaque diocèse

Le Conseil pontifical propose en outre « de créer des structures de formation » au sein des Conférences épiscopales, ainsi que des « centres d’étude de l’évolution de la toxicomanie et des difficultés des jeunes ». Il demande par ailleurs de nommer un responsable dans chaque Conférence et dans chaque diocèse, « qui pourrait collaborer avec le ministère de la santé du pays ainsi qu’avec les représentants d’organismes internationaux tels que l’OMS ». Le Conseil pontifical propose enfin à chaque paroisse d’observer la « journée internationale contre les drogues » instituée par l’ONU le 26 juin « pour attirer l’attention des chrétiens sur ce problème de société ».

« On ne peut pas parler de la liberté de se droguer ni du droit à la drogue, car l’être humain n’a pas le droit de s’abîmer lui-même, ni ne peut abandonner la dignité personnelle qui lui vient de Dieu, et a encore moins le droit de faire payer aux autres son choix », conclut le « manuel ». « Devenir libre est un des objectifs les plus importants de l’éducation de la personne humaine », explique-t-il, soulignant que « pour y parvenir, il est nécessaire (.) de renoncer à certaines satisfactions pour un bien supérieur ».

En appendice, le document propose quelques notes « pour comprendre et agir sur le plan pastoral ». Elle propose en particulier un lexique de termes utilisés dans le monde de la drogue – comme par exemple, « psychotrope », « euphorisant », « stimulant », « overdose », mais aussi, « tolérance », « dépendance », ou « accoutumance ». Un autre paragraphe explique « comment intervenir » en aidant « à reconnaître un jeune en difficulté » ou en expliquant « pourquoi les jeunes se droguent ». Toute une partie est par ailleurs consacrée à « que dire quand des parents découvrent que leur enfant se drogue », avant de proposer une action pastorale concrète de prévention et de soutien. (apic/imed/bb)

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