Les chrétiens pakistanais s’inquiètent des lenteurs

Pakistan: L’enquête sur le massacre de Bahawalpur piétine

Peshawar, 6 décembre 2001 (APIC) Plus d’un mois après l’attaque perpétrée contre une église chrétienne et au cours de laquelle 16 personnes ont trouvé la mort, le gouvernement pakistanais n’a pas encore trouvé les coupables, et les responsables d’Eglise déplorent les lenteurs de l’enquête. Elles pointent le doigt sur le gouvernement qui, à leurs yeux, protège les coupables.

«Les autorités gouvernementales affirment qu’elles s’occupent de cette affaire, et pourtant personne n’a encore été arrêté. Nous pensons qu’elles savent qui sont les coupables et l’annonce d’une arrestation serait déjà un grand pas en avant», a déclaré à l’Agence ?cuménique ENI Victor Azariah, secrétaire général du Conseil national des Eglises du Pakistan.

Des tireurs non identifiés avaient attaqué une église à Bahawalpur le 28 octobre. Selon Victor Azariah, les assassins sont des membres du Sipah-e- Sahaba, les «Soldats de l’islam», un des groupes extrémistes islamiques qui manifestent contre le soutien pakistanais à l’intervention militaire des Etats-Unis en Afghanistan.

La communauté chrétienne pakistanaise, qui représente moins de 2% de la population, est souvent associée avec l’Occident. «Ils disent que l’Amérique est chrétienne, et c’est pourquoi nous sommes identifiés avec les Etats-Unis, que nous le voulions ou non», fait remarquer Cecil Williams, évêque du diocèse de Peshawar de l’Eglise du Pakistan – Eglise issue de l’union, en 1970, des Eglises luthérienne, méthodiste, anglicane et de l’Eglise d’Ecosse.

Le massacre de Bahawalpur a été perpétré dans une église catholique, que les catholiques partagent avec une paroisse de l’Eglise du Pakistan. Le dimanche, jour de l’attaque, les communautés catholique et protestante avaient inversé leur temps de culte et ce sont les fidèles protestants qui ont été attaqués. Nombreux sont ceux qui suspectent que les tueurs étaient venus pour s’en prendre au prêtre catholique, un citoyen des Etats-Unis, mais qu’ils ignoraient le changement.

Eglises protégées

D’après Victor Azariah, la seule action du gouvernement a été d’ouvrir une enquête de police, et à ce jour les responsables d’Eglise ignorent si celle- ci a débouché sur des résultats. C’est pourquoi ils demandent qu’une enquête judiciaire plus approfondie soit menée, sous la direction d’un juge. Depuis ce massacre, la plupart des églises sont protégées par des policiers.

Après avoir mis un terme au soutien accordé par son pays aux Talibans, et s’être placé du coté des Etats-Unis, de l’Angleterre et des pays occidentaux engagés en Afghanistan, le président Pervez Musharraf a lancé une attaque contre les partis religieux extrémistes, entre autres le Sipah- e-Sahaba. Un grand nombre de leaders de partis religieux ont été arrêtés par le gouvernement.

Le président envisagerait de fermer un grand nombre de madrassas, ces écoles où de jeunes réfugiés afghans, souvent orphelins et ayant grandi à l’écart des femmes, reçoivent une éducation gratuite, et militent ensuite dans des partis fondamentalistes. La plupart des leaders talibans ont été éduqués près de Peshawar, dans les madrassas.

Beaucoup de jeunes Pakistanais pauvres sont aussi éduqués dans ces écoles, et des milliers d’entre eux ont traversé la frontière ces dernières semaines pour aller combattre aux cotés des talibans. Pourtant les revers subis par les talibans sur le champ de bataille – où certains de ces Pakistanais ont trouvé la mort – ont entraîné le retour au Pakistan d’un grand nombre de ces militants.

«Le retour de ces fanatiques nous rend la vie plus difficile encore, mais si le gouvernement garde une attitude sévère à leur égard, alors il pourra les contrôler», fait observer l’évêque Williams.

Lettres de menaces

Selon Sarophina Parvez, une laïque qui milite activement au sein de l’Eglise du Pakistan à Peshawar et qui est apparentée à 13 des victimes du massacre de Bahawalpur, les communautés locales ont reçu des menaces écrites après les assassinats. Ces lettres ont été transmises à la police, qui est intervenue auprès d’un membre du clergé musulman local, soupçonné d’être l’auteur de ces menaces. Celles-ci ont cessé, mais la peur demeure. «Dans la paroisse, certains voulaient que nous achetions des kalachnikovs, mais pourquoi faire?.»

De l’avis de Sarophina Parvez, les problèmes entre groupes musulmans sont encore plus graves que les tensions entre musulmans et chrétiens. «Quelques policiers nous protègent, mais en bas de la rue, il y a une mosquée chiite qui doit être surveillée par la police et des soldats car les chiites doivent être protégés contre les musulmans sunnites, qui sont en majorité». (apic/eni/pr)

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