Rome: Jean Paul II reçoit 10 nouveaux ambassadeurs près le Saint-Siège
Rome, 6 décembre 2001 (APIC) Jean Paul II a reçu jeudi au Vatican l’ambassadeur suisse près le Saint-Siège, en compagnie de neuf autres diplomates d’Europe, d’Afrique et d’Asie. Le pape a profité de l’occasion pour lancer un appel à la paix et au dialogue aux chefs d’Etat des dix pays par l’intermédiaire de leurs nouveaux ambassadeurs près le Saint-Siège venus présenter leurs lettres de créance.
Il s’agit des représentants de la Géorgie – le premier depuis le rétablissement des relations diplomatiques, en 1993 -, de la République de Djibouti – le premier depuis l’instauration de relations diplomatiques avec le Saint-Siège, en 2000 -, de l’Erythrée, du Lesotho, du Mali, du Rwanda, de la Finlande, du Bangladesh, de l’île Maurice et de la Suisse.
«Nos contemporains sont aujourd’hui plus que jamais marqués par la peur, qui provient à la fois de la situation instable que connaît notre monde et de l’incertitude du lendemain», a déclaré Jean Paul II dans son discours aux ambassadeurs. Faisant allusion aux événements qui ont fait suite aux attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, le pape a demandé aux chefs d’Etats «de s’engager plus que jamais et de manière toujours plus intense, par la voie du dialogue et de la coopération internationale, pour l’éradication de tout ce qui est source de conflit et de tensions entre des groupes humains et entre des nations». Un point que Jean Paul II a rappelé à chacun des ambassadeurs par la suite, dans chacun de ses discours.
Importance de l’unité de l’Europe
En recevant l’ambassadeur de Finlande, Antti Hynninen, Jean Paul II a insisté sur l’importance de l’unité de l’Europe face «au déchaînement épouvantable et intolérable du terrorisme qui a frappé les Etats-Unis, mettant en lumière les graves tensions qui menacent des équilibres fragiles entre les nations». Il a insisté à cette occasion sur l’importance de considérer le patrimoine culturel, moral et religieux de l’Europe «où la foi chrétienne tient une place que nul ne peut nier». Cette tradition «qui soutient l’Europe» ne peut pas conduire ce continent «à proclamer les droits imprescriptibles de la personne et, en même temps, laisser attenter à l’existence humaine à travers des manipulations qui sont contraires au respect dû à tout être humain», a-t-il ajouté.
Le pape a ensuite fait allusion à l’arrivée de l’Euro, le 1er janvier prochain. «La monnaie commune constitue un pas de plus en avant», a-t-il déclaré. Il a par ailleurs encouragé le processus d’élargissement de l’Union à de nouveaux pays membres. «Comment ne pas penser que ce qui se réalise sur ce continent ne puisse pas être un exemple pour beaucoup d’autres nations encore sujettes aux conflits internes ?», a lancé Jean Paul II, félicitant la Finlande pour son engagement dans la défense des droits de l’homme et son aide aux pays en voie de développement. Soulignant enfin que les catholiques finlandais sont peu nombreux, mais «habitués à vivre un oecuménisme du quotidien avec les chrétiens d’autres confessions», Jean Paul II a conclu son discours à l’ambassadeur du pays en souhaitant que la nouvelle loi sur la liberté religieuse «permette de reconnaître et de promouvoir concrètement une égalité de plus en plus grande entre toutes les religions officiellement reconnues en Finlande».
L’apparition et le développement d’anciennes et de nouvelles tensions sont un même défi que doit affronter la Géorgie, a déclaré le pape au premier ambassadeur du pays près le Saint-Siège depuis la restauration des relations diplomatiques entre les deux parties, en 1993. Pour Jean Paul II, les «anciennes tensions» provoquées par le communisme et le fascisme ont conduit à «de nouvelles formes de matérialisme, moins idéologiques et moins spectaculaires dans leurs manifestations, mais pas moins destructives». Il a alors assuré Amiran Kavadze de l’aide du Saint-Siège dans la reconstruction de la Géorgie.
«Dialogue respectueux des minorités»
Le pape a ensuite encouragé la république de Djibouti, par l’intermédiaire de son premier ambassadeur près le Saint-Siège, Barkat Gourad Hamadou – les relations diplomatiques entre les deux parties datent du 21 mai 2000 -, à s’engager dans «un dialogue respectueux de toutes les parties en présence, notamment des minorités». «Ce dialogue est une nécessité pour éviter des affrontements et des conflits tragiquement douloureux qui voient la violence se déchaîner entre les hommes et les peuples», a-t-il déclaré. Jean Paul II a alors rappelé la situation «préoccupante» du Nord-Est de l’Afrique. Il a rendu hommage à cette occasion au rôle joué par Djibouti dans la résolution du conflit somalien grâce notamment à la conférence de réconciliation qui s’est tenue à Arta en 2000.
S’adressant ensuite à l’ambassadeur du Mali, Moussa Coulibaly, Jean Paul II a fait allusion «aux jours sombres qui ont marqué il y a quelques mois la conscience de l’humanité tout entière». Il a alors invité le pays à assurer une action diplomatique «non seulement à l’intérieur de ses frontières, mais aussi aux dimensions du continent africain tout entier». Le pape a particulièrement encouragé les Maliens dans leur engagement vis-à-vis de la réduction de la prolifération des armes légères.
Fossé entre pays riches et pays pauvres
«Les récents événements tragiques et la crise dans laquelle est impliquée la communauté internationale mettent en évidence les nombreuses inégalités dans le monde et plus particulièrement en Afrique», a déclaré Jean Paul II dans son discours à Seymour Rehaulele Kikine, le nouvel ambassadeur du Lesotho. Qualifiant la situation de «dramatique», le pape a déploré un «manque d’attention» de la part des pays développés. «Le manque de progrès signifie que les petits pays comme le Lesotho sont particulièrement vulnérables aux pressions économiques», a-t-il par ailleurs précisé mettant en garde contre le danger d’une mondialisation «qui augmenterait le fossé entre riches et pauvres».
Alors que le Rwanda «renaît» du «cauchemar du passé récent», il ne doit pas oublier «qu’il ne peut y avoir de paix sans une volonté de respecter et de protéger la vie de chaque homme», a déclaré Jean Paul II à la nouvelle ambassadrice du Rwanda, Christine Nyinawumwami Umutoni. Pour cela, il a demandé au gouvernement d’inclure en particulier dans ses nouveaux programmes l’abolition de la peine de mort. Il l’a par ailleurs invité à travailler en commun avec l’Eglise locale, notamment dans l’éducation des jeunes en «combattant» l’illettrisme, l’oisiveté, l’usage de la drogue et les «idéologies qui vont à l’encontre des nobles valeurs de la tradition africaine».
Aide aux victimes de la guerre
La situation mondiale liée aux attentats aux Etats-Unis «ne doit pas faire oublier à la communauté internationale sa responsabilité» face aux autres conflits en cours dans le monde, a ensuite rappelé le pape dans son discours à Zemede Tekle Woldetatios, le nouvel ambassadeur d’Erythrée. «Les pays développés doivent plus que jamais continuer à envoyer une aide nécessaire dans de nombreux pays, si l’on veut que la paix et la solidarité soit retrouvées», a-t-il expliqué. Rappelant l’accord signé entre l’Erythrée et l’Ethiopie, le 12 décembre 2000, mettant fin à plus de trois années de conflits entre les deux pays frontaliers, Jean Paul II a ensuite encouragé l’Eglise catholique locale à poursuivre ses efforts en vue de la paix durable, notamment «à travers son aide envers les victimes de la guerre».
Dans son discours au nouvel ambassadeur du Bangladesh, Toufiq Ali, le pape a particulièrement insisté sur le dialogue entre chrétiens et musulmans dans ce pays où ces derniers représentent près de 90% de la population. «L’islam et la chrétienté s’opposent uniquement si ils sont mal interprétés ou manipulés pour des fins politiques ou idéologiques», a-t-il affirmé. Pour éviter cela, le pape a invité le gouvernement du Bangladesh à mettre l’accent sur l’éducation aux traditions religieuses dans les écoles, notamment «pour enseigner les valeurs communes au respect de la vie». «C’est le point sur lequel les musulmans et les chrétiens peuvent se rencontrer, non seulement par un dialogue de mots, mais aussi par un dialogue de service pour la paix dans le monde», a ajouté Jean Paul II.
S’adressant enfin à l’ambassadeur de l’île Maurice, Mohunlall Goburdhun, le pape a encouragé les habitants de la jeune république à «continuer d’accepter la diversité de cultures, de croyances, de races et de langues qui les compose». Cette «longue expérience de pluralismes», notamment entre les religions, doit être un exemple «de coexistence pacifique» pour la communauté internationale, alors que son attention est tournée vers «l’issue du terrorisme mondial», a affirmé Jean Paul II.
Le pape a en outre reçu le nouvel ambassadeur de Suisse en «mission spéciale» près le Saint-Siège, Hansrudolf Hoffmann. Etant donné la situation particulière de ce pays qui est une Confédération, Jean Paul II n’adresse pas de discours à son ambassadeur. Agé de 62 ans, H. Hoffmann était jusqu’à présent ambassadeur auprès de la république Tchèque, après avoir été ambassadeur au Portugal, en Finlande et en Estonie. (apic/imed/mk)
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