France: Mgr Michel Sabbah, de passage en Alsace, commente la situation en Israël

«Le gouvernement Sharon ne veut pas la paix»

Strasbourg, 11 décembre 2002 (APIC) En déplacement en Alsace, Mgr Michel Sabbah estime avec tristesse que le gouvernement Sharon «n’a pas la volonté de faire la paix» au Proche-Orient. Patriarche latin de Jérusalem depuis 1988, Michel Sabbah est arabe et israélien, né à Nazareth. C’est dire que cette voix, dans le contexte du grave conflit israélo-palestinien, prend des accents particuliers.

Face à la situation actuelle, le prélat est très inquiet: «Mais cette situation de violence et de mort provient de l’injustice», rappelle-t-il dans une interview à l’agence «Dernières Nouvelles d’Alsace». «Israël occupe militairement la terre de Palestine et le peuple palestinien réclame sa liberté». A-t-il des contacts avec le gouvernement Sharon? «Aucun, même avec les ministres les plus ouverts. Je crois que Sharon ne veut pas la paix. Sinon, il ne ferait pas tout pour déstabiliser Arafat». Car à ses yeux, «les solutions existent pour la paix, que ce soient sur les implantations, sur Jérusalem, sur les réfugiés, mais pour cela, il faut d’abord vouloir la paix».

Où se situent, dans ce conflit, les chrétiens d’Israël et Palestine? «Ils sont Palestiniens, appartiennent à ce peuple, et sont donc engagés dans le mouvement du peuple palestinien pour sa libération», souligne Mgr Sabbah. Même les chrétiens arabes israéliens partagent ce désir que soient reconnus les droits du peuple palestinien», qui ne réclame plus, rappelle-t-il, «que 22% de la Palestine historique».

Israël doit se faire des amis, pas des ennemis, du peuple palestinien

Annoncé l’an dernier lors du cycle de conférences d’avent à la cathédrale de Strasbourg, Mgr Sabbah avait préféré décaler sa venue «après mûre réflexion et pour le bien de la paix». De fait, plusieurs interventions, notamment de membres de la communauté juive locale, et une pétition s’étaient opposées à sa prise de parole. Aujourd’hui, il s’adresse à ses détracteurs: «Je voudrais leur dire qu’il leur faut mieux comprendre la situation là-bas, et admettre l’injustice qui est faite aux Palestiniens». Quand on évoque l’angoisse de ceux qui, ici en Alsace, ont peur pour leurs proches en Israël face aux attentats aveugles, il précise: «Je les comprends. Je n’excuse pas la violence et je crois profondément que la branche d’olivier est plus forte que toutes les armes de guerre. Mais pour vivre en paix et en sécurité, Israël doit se faire des amis, pas des ennemis, du peuple palestinien. C’est la garantie de sa sécurité. Sinon, il y aura toujours des gens pour prendre les armes. Tant que vous avez un ennemi pour voisin, vous aurez toujours peur de lui».

Aux chrétiens d’Europe, Mgr Sabbah demande «de bien s’informer pour comprendre ce qui se passe» en Terre sainte. Mercredi il sera à Rome et y verra le pape Jean Paul II, qu’il avait rencontré récemment au synode des évêques, en octobre. «Nous allons parler de tout ça, pour trouver comment aller au-delà de l’affectif, au delà des paroles, trouver les gestes qui aident à construire la paix». Il évoquera aussi le problème de la construction d’une mosquée à Nazareth, à deux pas de la basilique de l’Annonciation, dans laquelle il voit une volonté de diviser les arabes israéliens: «C’est une décision du gouvernement israélien».

Noël 2001 sera-t-il donc, comme l’a été Noël 2000, une fête triste à Bethléem – la ville natale de Jésus, aujourd’hui en territoire palestinien à quelques kilomètres de Jérusalem? Le patriarche s’insurge: «Il faut fêter Noël comme une fête, fête intérieure et fête extérieure, malgré cette ambiance de violence et de mort. Car c’est la fête de l’incarnation et de l’espérance». (apic/dna/jf/bb)

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