L’Eglise se développe malgré l’embargo et les bombardements

Irak: La perspective d’une attaque des Etats-Unis n’inquiète pas la population

Bagdad/Rome, 19 décembre 2001 (APIC) Une attaque des Etats-Unis aidés par leur «complice» anglais ne fait pas peur aux Irakiens. Depuis l’heure et le temps que ce pays est bombardé dans l’indifférence, commente en substance Mgr Jacques Isaak, secrétaire général du Synode des évêques chaldéens à Bagdad. Ce dernier parle de l’avenir de l’Eglise catholique en Irak. Avec optimisme.

«La perspective d’une attaque des Etats-Unis contre l’Irak ne nous fait pas peur. Ils nous bombardent depuis plus de onze ans déjà. Désormais, nous sommes habitués à tout», déclare en effet Mgr Isaak, dans une interview accordée à l’Agence Fides à Rome. Le secrétaire général du Synode des évêques chaldéens à Bagdad s’est notamment exprimé sur l’hypothèse selon laquelle l’Irak serait le prochain objectif de la guerre contre le terrorisme. Surtout, Mgr Isaak, proche collaborateur du Patriarche Bidawid, a voulu faire savoir au monde que l’Eglise chaldéenne est bien vivante et que, pendant ces onze années d’embargo, le nombre de vocations s’est accru, ainsi que le témoignage de l’Eglise. Mgr Isaak s’exprimait au terme de la visite «ad limina» des évêques chaldéens.

Mgr Isaak: Avec le patriarche, nous étions 15 évêques, d’Irak, de Turquie, du Liban et des Etats-Unis. Nous avons été impressionnés par les questions posées par le pape. C’est un signe qu’il suit la marche de toutes les Eglises particulières, et qu’il porte dans son coeur la préoccupation pour tous les chrétiens du monde. Il est au courant non seulement des faits religieux, mais aussi des faits civils qui concernent nos pays. Cette visite nous donne une force nouvelle pour continuer notre mission dans notre pays. Le patriarche a remercié Jean Paul II pour les positions répétées et courageuses prises contre l’embargo. Il pense à tous, chrétiens et non-chrétiens, et veut que l’embargo cesse au plus vite. En Irak, nos sommes fiers face au gouvernement et aux musulmans pour cette position du pape. Un livre en arabe a même été publié, qui montre que le pape a pris une position très forte pour la paix, pour mettre fin aux souffrances du peuple irakien. De la sorte, nous nous sentons forts, parce que nous sentons que nous faisons partie de l’Eglise de Jésus-Christ.

Q.: N’avez-vous pas peur d’être le prochain objectif de la guerre des Etats- Unis contre le terrorisme?

Isaak: Cela fait onze ans que nous sommes la cible. Nous sommes passés par des expériences bien plus dramatiques. En 1991, 33 pays ont attaqué l’Irak, avec 100 jours de bombardements sur Bagdad et sur les autres villes. De nouvelles attaques éventuelles ne seront pas plus fortes que ces attaques d’alors. En outre, depuis 1991, ils nous bombardent sans cesse. Nous sommes ainsi habitués à vivre dans le danger.

Q.: Les Etats-Unis et les Anglais pourraient cette fois prétexter la lutte contre le terrorisme.

Mgr Isaak: Le gouvernement combat les fondamentalistes islamiques. Quand les Etats-Unis ont attaqué l’Afghanistan, le gouvernement a donné des ordres précis pour que soient punis sévèrement les auteurs de toute attaque éventuelle contre les chrétiens. Nous avons un dialogue profond avec les musulmans. Il n’y a pas de problèmes, comme ceux que l’on rencontre en Egypte ou dans d’autres pays.

Je considère que les raisons adoptées par les puissances occidentales sur les liens entre l’Irak et le terrorisme sont des prétextes. Les véritables raisons sont les intérêts économiques des Américains et des autres puissances occidentales. Les Européens, d’autre part, n’accordent aucune importance à la présence des chrétiens dans ces pays. Il y a des milliers et des milliers de chrétiens en Irak. Leur présence remonte au premier siècle. La tâche de l’Eglise est d’annoncer l’Evangile de Jésus partout. A Bagdad, il y a cent églises et une faculté de théologie pour tous les chrétiens (catholiques, orthodoxes, nestoriens) ; nous avons aussi de nombreuses publications, quelque 400 livres. Mais tout cela ne semble pas intéresser les pays catholiques occidentaux.

Q.: Il y a eu la Journée du jeûne, demandée par le pape, le 14 décembre. Il y aura Assise le 24 janvier. Autant d’initiatives pour la paix, alors que la guerre continue.

Mgr Isaak: Il s’agit d’une initiative dans la même direction que nous en Irak : il y a souvent des occasions, comme des prières pour les martyrs du pays, où l’on prie dans les églises et dans les mosquées. Le jeûne n’est pas une occasion pour faire des économies, mais c’est une occasion pour aider à comprendre la souffrance des autres. En Irak, à cause de l’embargo, nous faisons le jeûne sous toutes ses formes depuis très longtemps. Par exemple, une famille de quatre enfants m’a confié un jour qu’il y avait trois ou quatre ans qu’elle ne mangeait plus de viande. Le jeûne demandé par le pape a été une occasion pour nous aussi d’oublier notre misère, et de nous rappeler qu’il y a d’autres personnes qui souffrent plus que nous.

Q.: Peut-être que les chrétiens du monde devraient jeûner également pour les Irakiens.

Mgr Isaak: Oui, certainement ! Nous sommes victimes d’une guerre qui dure depuis onze ans. Des milliers d’enfants sont morts par manque de médicaments et de nourriture. Il n’est pas possible de continuer dans cette ligne. Et la souffrance continue. Ils ont détruit les installations pour la production d’électricité et les réseaux de distribution des eaux. Les grandes puissances ont tout intérêt à ce que la situation reste comme elle est actuellement.

Q.: Quelles sont les espérances ?

Mgr Isaak: Je ne suis pas pessimiste. Malgré la guerre et les sanctions, le christianisme en Irak n’est pas mort. Au contraire, en ces circonstances précisément, il a des signes positifs. Durant ces années de souffrance, nos avons fondé la Faculté de théologie, et nous avons de nombreuses vocations. Au séminaire patriarcal, il y a actuellement 46 séminaristes. Mais il y en a plus encore, et il nous faut construire 40 nouvelles chambres au séminaire pour pouvoir les accueillir tous. Il y a aussi des vocations religieuses, chez les dominicains, et d’autres Congrégations religieuses très florissantes. Durant toutes ces années de guerre, de nombreuses initiatives sont nées en Irak: nous avons fondé la revue du patriarcat «Etoile de l’Orient», et dans chaque paroisse de Bagdad, on publie des brochures mensuelles. Les églises sont bondées chaque dimanche. Nous n’avons pas un nombre suffisant de prêtres pour faire le catéchisme, mais il y a des centaines de volontaires qui pourvoient à ce manque. Il y a des jeunes filles qui ont décidé de consacrer leur vie au service des handicapés, en fondant une maison appelée «Béthanie», où ils accueillent et servent les handicapés chrétiens et musulmans. Ce sont là des signes de la présence de Jésus-Christ dans notre pays. (apic/fs/pr)

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