Le pays sous le choc: la guérilla insensible aux appels d’un enfant

Colombie: Le petit Felipe est mort sans avoir revu son père, séquestré par les FARC

Par Pierre Rottet, Agence APIC

Bogota, 19 décembre 2001 (APIC) Atteint d’un cancer qui le condamnait, le petit Andrés Felipe Pérez est mort mardi à Buga, en Colombie, sans avoir pu revoir son père, otage des FARC depuis près de 22 mois. Malgré les appels de toute la Colombie et même d’Amérique latine et d’ailleurs, y compris du pape, en dépit des offres de personnalités de tous bords qui proposaient de se constituer prisonniers en échange de la liberté de José Norberto, le papa du petit Felipe, les Forces armées révolutionnaires colombiennes sont restées insensibles au drame.

Retenu depuis le 17 mars 2000 par la guérilla des Forces armées révolutionnaires colombiennes, le père de l’enfant, sous-officier de la police, n’aura pas eu la chance d’entrer dans le rêve du petit Felipe qui, en songe, le voyait descendre d’un hélicoptère pour venir l’embrasser une dernière fois. Ce drame humain, qui agite aujourd’hui tout un pays, s’ajoute à la tragédie que vit la Colombie: 25’000 assassinats par an. et plus de 2’500 séquestres d’enfants, d’hommes et de femmes. Triste épisode supplémentaire, pour un pays qui assiste impuissant à la dérive vers plus de bêtise encore.

« Réveillez-moi. »

Le témoignage d’un ami de la famille, qui a recueilli le dernier souffle de l’enfant sur son lit de mort dans la localité de Buga, dans le Département de Pereira, au Sud de Bogota, secoue l’opinion depuis l’annonce de ce décès. « Sa dernière volonté a été de dire de le réveiller au cas où son papa l’appellerait ». La mort l’a surpris durant son sommeil. Un sommeil duquel il ne reviendra plus, après s’être endormi paisiblement, certain et surtout confiant de revoir son père.

L’histoire du drame du petit Felipe a commencé en avril 2001, dès les premières complications de sa maladie. Une transplantation du poumon de son père aurait pu le sauver. Mais ce dernier, captif des FARC, est encore et toujours retenu prisonnier en compagnie de 46 autres officiers et sous- officiers. Felipe traînait sa maladie depuis tout petit, les premiers signes étant apparus six mois après sa naissance.

Grosse mobilisation nationale

A la fin juin, l’enfant de 12 ans a été transporté à l’Hôpital central de la police à Bogota, où il sera opéré à cinq reprises. Dans tout le pays commence alors une véritable mobilisation pour permettre à Felipe de revoir son père. Des marches de protestation sont organisées, des pétitions circulent, des hommes politiques, toutes tendances confondues tentent d’amener la guérilla des FARC à plus d’humanité. Un message du pape Jean Paul II demeurera lettre morte. Des intellectuels, des maires de villages et de villes, des étudiants et d’autres personnalités se proposent comme monnaie d’échange contre la libération de José Norberto. En vain. En novembre dernier, pour la première fois, les FARC se manifestent, pour repousser toutes les offres. Quelques temps auparavant, un porte-parole s’était « illustré » en affirmant que le père d’ »Andés Felipe avait abandonné son fils à l’âge de 6 mois, et que l’histoire de sa maladie n’était qu’affabulation ».

En été 2001, la tumeur maligne au poumon gauche se développe irrémédiablement. Sa mère, Francia Edith, ramène début décembre l’enfant dans sa localité. Pour y mourir mardi dernier. La dernière carte reçue par son papa, Felipe l’avait lue le 10 décembre 2000. Il recommandait à son fils d’apprendre à jouer aux échecs, pour le jour où ils se retrouveraient.

« Le mimimum qu’auraient pu faire les FARC, a commenté le président Pastrana, sitôt l’annonce de la mort de Felipe, aurait été un geste humanitaire, face à la douleur d’une famille qui non seulement devait affronter l’absence d’un père séquestré, mais encore la souffrance d’un enfant atteint d’une maladie en phase terminale ». (apic/pr)

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