1.1.1.1.2 Lettre au Père Noël

1.1.1.1.1.1.1 APIC Reportage

Ou quand la Poste joue l’intermédiaire entre le Ciel et les enfants

Par Pierre Rottet/APIC

Ils ont 2 ans, voire 5, 6 ans ou plus, ils sont adolescents même et parfois adultes, et ont en commun d’écrire au Père Noël dès l’approche de l’hiver. Avec bien entendu des préoccupations fort différentes: des cadeaux pour les uns, des v?ux et des souhaits pour les autres. Les bureaux de postes de Suisse et de France se prêtent à la démarche à l’approche de Noël, en jouant les intermédiaires entre le Papa Noël et les enfants qui lui adressent leurs lettres: plus de 800’000 l’an dernier. Les rêves des gosses ont aujourd’hui changé: Nounours et poupées sont désormais relégués. Exit aussi les trains et les mécanos, bonjour les pokémons et les natels. Reportage avec les «bras droits suisse et français du Père Noël».

En Suisse comme en France, le secrétariat du Père Noël n’a pas chômé en cette période pour satisfaire à la veille de Noël les nombreux enfants de tous âges, adultes y compris, qui se sont adressés ces jours par lettre au Père Noël. Sans doute certains trouveront-ils au pied de l’arbre le ou les présents demandés. D’autres verront peut-être leurs v?ux exaucés. En ce Noël 2001, les espérances sont particulièrement nombreuses, assure-t-on au secrétariat.

A pied d’?uvre depuis un peu plus d’un mois, les «bureaux nationaux» du Père Noël de Chiasso, au Tessin, et de Libourne, près de Bordeaux, ont tenté ces jours de répondre aux centaines de milliers de lettres, écrites entre novembre et décembre par les grands et petits enfants du monde entier. Commandes de cadeaux et souhaits obligent.

L’an dernier, le Père Noël a reçu en France environ 20’000 courriers électroniques, mais surtout plus de 800’000 lettres et dessins, déposés dans les quelque 17’000 bureaux de poste de l’Hexagone, et reçu en Suisse près de 8’400 envois. Des missives adressées aussi bien au Ciel qu’au Paradis ou au Pôle Nord, ou encore au «Santa Klaus Post Office» de Finlande qui, comme chacun le sait, n’est autre que le bureau sur terre de Papa Noël. Fait intéressant, mais inexpliqué par son «bras droit suisse», entre 45% et 50% des lettres et demandes arrivent de Romandie, y compris de Fribourg. Les petits Fribourgeois n’hésitant pas à prendre leur plume – ou celle de maman – pour s’adresser en premier lieu à Saint-Nicolas.

1.1.1.1.2.1 L’ultimatum au Père Noël

Depuis une trentaine d’années que les postes suisses et françaises ont créé ce service largement utilisé, les demandes ont bien changé. Plus rien à voir avec l’orange placée sous le sapin. «Si cette année tu ne m’apportes pas le jouet que je te demande, je ne m’adresserai plus à toi». La menace lancée au Père Noël est prise au sérieux. Son auteur n’a pas 8 ans, commente à Chiasso René Kyburz, collaborateur tessinois du Papa Noël, et accessoirement en charge de ce service de la poste suisse. «Cela fait deux ans que le bambin m’écrit pour me dire qu’il attend autre chose qu’à manger. Dans son ultimatum, il m’assure en effet qu’il mange déjà».

1.1.1.1.2.2 Des timbres? Et pourquoi faire.

Dans ses quartiers au centre de triage, sis au Bureau central des objets trouvés de Chiasso, où parviennent l’ensemble des lettres adressées au Père Noël du géant jaune suisse, René Kyburz ne cache pas son plaisir d’être à la tête de son équipe. Deux personnes dès la mi-novembre, 5 ou 6 durant la période de pointe, entre le 15 et le 24 décembre travaillent à trier les lettres, à y répondre. L’an dernier, 7’400 des 8’400 envois réceptionnés dans la ville-frontière ont reçu une réponse. Tâche difficile s’il en est, puisque nombre de lettres ne sont ni timbrées ni porteuses du nom et du domicile de l’expéditeur. Une enveloppe destinée au ciel ne peut-elle pas se passer d’un timbre? et même d’une adresse, avec un nom et un prénom, que le Papa Noël connaît de toute évidence?

«On voit très vite s’il s’agit ou non de lettres qui ne sont pas passées par la main de papa ou de maman. Elles sont jetées tout de suite dans la boîte à lettres. A nous de nous débrouiller, en téléphonant au bureau de poste du village, du quartier, pour demander les renseignements nécessaires afin d’adresser la réponse standardisée du Papa Noël, rédigée en quatre langues». Parfois, il n’y a qu’un prénom. «Même là, la tâche n’est pas insurmontable». Le coût de cette opération ponctuelle lancée dans les années 70 par la poste? «Servir d’intermédiaire entre le Papa Noël et les enfants ne se chiffre pas». Comme si donner un peu de rêve et faire un peu de magie pour retrouver l’adresse d’un bambin devaient forcément porter son étiquette. De prix. Et le «bras droit suisse» du Père Noël d’annoncer que pour la première fois cette année, son employeur joindra à la carte réponse un petit cadeau. Quoi? Dieu seul le sait! Sans doute pas l’annonce du maintien de l’un ou l’autre des quelque 700 à 900 bureaux de postes voués à disparaître dans le pays.

Nounours et poupées contre pokémons

Les poupées ou les ours en peluche sont aujourd’hui pratiquement relégués aux oubliettes, avec l’entrée fracassantes des pokémons, jeux électroniques ou autres natels. Exit les trains et adieu les mécanos de naguère. «Les plus raisonnables, affirme René Kyburz, se contentent d’énumérer une liste de présents possibles, avec une simple phrase: ’Tu me donnes un cadeau. Le reste n’est pas très important’. D’autres accompagnent leur lettre d’un dessin suggérant leur envie, à moins qu’ils ne donnent l’adresse d’un centre commercial, après avoir découpé d’un catalogue ce qui leur plaît». Tous les enfants n’attendent cependant pas de Noël qu’un cadeau. Pour certains, parmi «les plus âgés», la préoccupation de la marche de la famille et du monde est déjà partie prenante de leurs réflexions: un père ou une mère malade, un grand-père hospitalisé. la paix, pour succéder à la guerre. Le travail.

Selon René Kyburz, le gros de la troupe des auteurs des lettres se situe entre 5 et 6 ans. Mais il n’est pas rare de voir des adultes jouer le jeu, pour «nous parler de leur situation personnelle, familiale.» Peut-être cherchent-ils là le miracle qu’ils attendent en cette période de la nativité, à l’instar de ces enfants qui font parvenir leur courrier de l’étranger. «Sans doute sous la dictée d’un parent, pour dire qu’ils désirent venir chez nous avec leur mère afin de rejoindre leur travailleur de père en Suisse». (apic/pr)

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