L’avocate française va demander l’extradition du capitaine Astiz

France: Religieuses assassinées en Argentine sous la dictature

Paris, 27 décembre 2001 (APIC) Me Sophie Thonon, avocate des deux religieuses françaises «disparues» fin 1977 en Argentine, a annoncé qu’elle allait relancer la procédure de demande d’extradition de l’ex-capitaine de frégate Alfredo Astiz, l’un des tortionnaires les plus féroces de la dictature militaire en Argentine (1976-1983).

Les deux religieuses qui figurent parmi les victimes du capitaine Astiz, condamné à la prison à vie en 1990 par un tribunal français, sont Alice Domon et Léonie Duquet. Leur avocate, dont une première démarche avait échoué en 1998, attendait depuis un moment un moment favorable pour relancer la procédure de demande d’extradition. Celui-ci est arrivé avec l’annonce par le nouveau gouvernement argentin qu’il allait «remettre ou juger» ceux qui étaient accusés de crimes pendant la «sale guerre». Le nouveau gouvernement a en effet annoncé la révision du décret interdisant les extraditions signées la semaine précédente par Fernando de la Rua. La question des droits de l’homme constituait une pomme de discorde entre Buenos Aires et l’Europe qui demandait depuis des années l’extradition des anciens bourreaux.

Cette décision clé répond strictement au droit international, a jugé Me Thonon. Alice Domon, arrivée en Argentine en 1967, a été une religieuse toujours proche des pauvres. En 1976, s’étant rangée du côté des mères qui réclamaient des nouvelles concernant leurs fils disparus, elle fut séquestrée avec sa consoeur française Léonie Duquet, ainsi qu’un groupe de laïcs qui se réunissaient pour prier dans l’église de Santa Cruz.

Le capitaine Alfredo Astiz était parvenu à s’infiltrer parmi eux. Accusées de «subversion communiste», les deux religieuses françaises furent torturées et violées avant d’être assassinées en décembre 1977.

Le film du souvenir

En Argentine, le souvenir du bien réalisé par ces religieuses est aussi vivant que celui de la cruauté et du mépris de la vie humaine d’Alfredo Astiz.

Alice Domon et Léonie Duquet, toutes deux originaires du diocèse de Besançon, appartenaient à l’Institut des Missions étrangères de Notre-Dame de la Motte, fondé par une Argentine dans le diocèse de Toulouse. Léonie Duquet était arrivée dans le pays en 1949 et Alice Domon en 1967.

La justice française, après avoir réclamé en vain l’extradition d’Alfredo Astiz, responsable de l’enlèvement des deux religieuses, a condamné celui- ci par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité en 1990. On a reparlé du capitaine Astiz l’été dernier, après que les autorités italiennes ont réclamé son extradition pour la disparition de trois citoyens italiens. Au même moment, un film consacré à Soeur Alice Domon, «Yo sor Alice» (Moi, soeur Alice), était projeté dans une salle de Buenos Aires, qui ne désemplissait pas depuis deux mois. Ce film est un documentaire qui, à travers la correspondance de la religieuse, française reconstruit les années obscures de la dictature militaire.

Une chute qui change tout

Astiz, emprisonné à Buenos Aires, s’était lui même livré aux autorités au début du mois de juillet de cette année, après avoir appris que la magistrature italienne avait à son tour émis un mandat d’arrêt international contre lui. Même s’il est tristement célèbre pour son passé d’auteur de tortures, l’ancien militaire était convaincu qu’il échapperait à la justice étrangère. C’était avant la chute du gouvernement conduit par De la Rua… (apic/cip/pr)

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