L’évêque appelle la gendarmerie pour faire arrêter prêtres et fidèles

Togo: Le diocèse d’Atakpamé est au bord de l’affrontement

De notre correspondant à Lomé, Pascal K. Dotchevi

Lomé, 2 janvier 2002 (APIC) Le diocèse d’Atakpamé, au Togo, est au bord de l’affrontement après que l’évêque ait fait appel à la gendarmerie pour arrêter prêtres et fidèles. En novembre dernier, l’évêque d’Atapkamé avait appelé les gendarmes pour déloger un curé. Deux mois exactement après cette intervention, peu goûtée par la population, Mgr Julien Mawule a fait arrêter 21 personnes, dont un prêtre et un catéchiste.

Selon les observateurs, rien ne va plus dans le diocèse d’Atakpamé, situé à 150 km au Nord de Lomé. L’évêque du lieu, Mgr Kouto, a décidé de s’appuyer sur les gendarmes pour administrer sa communauté qui conteste ses décisions. Le 30 décembre 2002, alors qu’ils s’apprêtaient, devant la cathédrale, à assister à l’ordination d’un des leurs, une vingtaine de personnes, dont des femmes, ont été appréhendées par une trentaine de gendarmes armés sur ordre de l’évêque, au grand dam des invités et des fidèles. Il leur est reproché d’avoir soutenu leur curé Joachim Abotchi, délogé deux mois plutôt par les gendarmes.

Les 20 personnes arrêtées venaient tous de la paroisse de Tomégbé en proie à l’agitation depuis le déplacement forcé de leur curé. Elles avaient été déléguées par leur comité paroissial pour assister à l’ordination de l’Abbé Alexandre Fiagadji qui avait servi comme diacre dans ladite paroisse.

Arrestation d’un Père Blanc

Informé de cette rafle, le Père Francis Novinyekou, missionnaire de la Communauté des Pères Blancs au Burkina-Faso, qui est aussi originaire de Tomégbé, est allé à la gendarmerie pour saluer les détenus. Aussitôt arrivé, il a été à son tour arrêté et enfermé à sa grande surprise. « On a reçu l’ordre d’arrêter tout prêtre qui rendrait visite à ces personnes », lui ont lancé les gendarmes qui l’ont enfermé. Cette arrestation ordonnée par Mgr Julien Kouto a crée un émoi dans le diocèse.

« C’est la première fois qu’un prête est arrêté dans le diocèse, pire sur ordre d’un évêque. Cette manie qu’il a de faire intervenir l’armée dans les affaires de notre Eglise risque de détruire notre diocèse . On ne comprend pas pourquoi l’on peut arrêter un prêtre qui est allé simplement rendre visite à des parents », commente un prêtre qui a suivi les événements.

Un climat de suspicion

« La suspicion est à son comble ici. Vous voyez des prêtres qui se dépassent dans la rue en se regardant en chien de faïence au grand étonnement des passants. Les tracts écrits en des termes très vulgaires circulent dans le diocèse pour soit dénoncer les actes de l’évêque, soit pour louer le ton autoritaire de Mgr Julien Kouto. Tout cela ne nous honore pas. On a honte de dire qu’on est du diocèse d’Atakpamé », témoigne un curé.

« On avait dit en son temps que l’affaire du curé de Tomégbé déplacé de force était une erreur de l’évêque. Et voilà que nous sommes traqués par les hommes en uniforme qui peuvent nous arrêter à tout moment pourvu que nos têtes ne plaisent plus à notre évêque. On se croirait à l’époque stalinienne », déplore un vicaire. En tout dans le diocèse, la tension est vive au sein de la population. Une marche prévue le 1er janvier 2002 sur l’évêché par un groupe de jeunes pour réclamer la libération des 21 personnes a été annulée sine die par prudence.

Des militaires en civil pour garder l’évêque

Selon un autre prêtre, l’évêque s’est attaché les services des militaires en civil pour sa garde. La Conférence épiscopale informée de ces derniers événements aurait demandé à Mgr Kouto de faire libérer tous ceux qui ont été arrêtés et surtout le prêtre. Mais l’évêque demande que ces derniers lui demandent d’abord pardon. Les responsables politiques et dignitaires de la région qui craignent un affrontement, s’en mêlent et ont appelé l’évêque à plus de retenue. La Communauté des Pères Blancs demande que le Père Francis Novinyekou soit instamment libéré.

Les populations locales attendent une intervention du Saint-Siège pour régler cette crise à temps au risque d’être responsable « d’actes aux conséquences imprévisibles », selon des jeunes décidés à en découdre. Aux dernières nouvelles, le Père Joachim Abotchi a quitté sa zone de « détention » de Dapaong pour destination inconnue. Les prêtes pour la plupart affirment qu’ils ne resteront pas les bras croisés devant l’arrestation de leur confrère et de ces innocents chrétiens. (apic/pdk/be)

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