Israël: La mosquée de Nazareth met en jeu les rapports entre les juifs et les chrétiens
Jérusalem, 11 janvier 2002 (APIC) La décision du gouvernement israélien de faire stopper immédiatement les travaux de construction de la «mosquée de la discorde», près de la Basilique de l’Annonciation de Nazareth, est vivement saluée par les groupes impliqués dans le dialogue entre juifs et chrétiens. Les islamistes de Nazareth par contre dénoncent les pressions exercées par la hiérarchie catholique locale et le Vatican sur le gouvernement Sharon.
Emmenés par le vice-maire de la ville, Salman Abu Ahmed, les islamistes reprochent les interventions du patriarche latin de Jérusalem, Mgr Michel Sabbah, et du pape Jean Paul II, qui ont demandé de déplacer le projet de mosquée à un autre endroit. Passant comme chat sur braise sur les tensions qui ont à plusieurs reprises ces dernières années dégénéré en confrontations violentes, Salman Abu Ahmed prétend qu’il n’y a pas de problèmes entre chrétiens et musulmans à Nazareth.
Pour le leader islamique, qui utilise cette affaire pour tenter de s’emparer de la mairie de Nazareth dirigée par Ramiz Jaraisy – un élu grec- orthodoxe «communiste» et laïc -, ce sont seulement les leaders religieux comme Mgr Sabbah et le pape qui ont un problème avec cette mosquée. «Nous allons rester ici et prier jusqu’à que la mosquée soit achevée», a-t-il lancé. Il s’est dit «très étonné que le pape se soit élevé contre notre droit à construire une mosquée».
La Conférence des évêques des Etats-Unis s’est pour sa part déclarée très satisfaite de la décision israélienne, qui rassure ainsi sur son engagement à remplir ses responsabilités concernant les lieux saints. Pour Seymour Reich, président du Comité juif pour les consultations interreligieuses, une organisation impliquée dans le dialogue avec le Vatican, l’arrêt des travaux constitue un «développement positif» pour les relations entre juifs et chrétiens tant à l’intérieur d’Israël qu’à l’étranger.
Sur place, la police israélienne surveille l’endroit et assure le respect de la décision des autorités. Autorisée pour des raisons électorales par les deux précédents gouvernements (Likoud et travailliste), la construction d’une mosquée sur un terrain de l’Etat face à la Basilique de l’Annonciation à Nazareth, était la volonté d’une minorité musulmane intégriste. L’Autorité palestinienne et de hautes personnalités religieuses musulmanes avaient demandé de déplacer le projet ailleurs. Le gouvernement Sharon a désormais confié l’étude d’une alternative à une Commission ministérielle spéciale qui devra prendre une décision dans les deux semaines à venir.
Pour le Père Jaeger: wait and see
«C’est un premier pas en avant. Finalement, le gouvernement de Sharon a pris ses responsabilités. On attend à présent la décision finale», commente pour sa part le Père David Jaeger, franciscain israélien. «Il est nécessaire que le gouvernement décide l’annulation définitive pour reprendre, comme l’Eglise le demandait avec insistance, le plan d’urbanisme précédent, qui prévoyait une place pour rendre plus facile l’accès de la Basilique aux pèlerins».
Le franciscain israélien constate qu’on assiste à un tournant, car le gouvernement de Sharon a reçu, des derniers jours, des messages de représentants des plus hautes autorités du monde catholique et juif, en Israël et dans le monde, qui le mettaient au pied du mur: «De l’issue de cette affaire dépend en effet l’avenir de l’ensemble des rapports entre les juifs et les chrétiens. C’est là l’aspect le plus important».
Une affaire hautement délicate: dix ans d’efforts de rapprochement en jeu
Après avoir adopté la politique de l’autruche, les hommes politiques israéliens ont compris qu’il ne s’agissait pas seulement d’une petite dispute de clocher à Nazareth, analyse le Père Jaeger. «L’enjeu est très élevé: l’avenir d’un effort de dix ans pour construire des rapports nouveaux entre les chrétiens et les juifs, entre le Saint-Siège et l’Etat d’Israël. C’est cela qui a poussé le gouvernement de Sharon. Les prochaines semaines seront déterminantes. Il faut suivre cette question attentivement et redoubler les efforts, pour faire comprendre l’importance historique du choix qui attend le gouvernement «.
Même si le geste de Sharon est un signe positif, «l’issue de cette affaire, pour le Père Jaeger, dépendra de l’intensité des pressions: la mobilisation des personnes de bonne volonté pourra convaincre le gouvernement de supprimer pour toujours le projet de cette mosquée». (apic/jpost/fides/be)
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