Berne: Forum annuel de Caritas Suisse centré sur la flexibilisation du travail

« L’homme flexibilisé, un défi pour la politique sociale »

Bernard Bovigny, de l’agence APIC

Berne, 13 janvier 2002 (APIC) Le Forum annuel de Caritas, qui s’est déroulé le 11 janvier à Berne, a réuni près de 160 participants, pour la plupart des travailleurs sociaux, représentants de l’économie et collaborateurs d’organisations caritatives et de développement. A partir du thème « l’homme flexibilisé: un défi pour la politique sociale », les conférenciers ont analysé les chances et les risques de la flexibilité dans le marché du travail.

« La flexibilité constitue une précarisation du travail lorsqu’elle entraîne des emplois irréguliers ou favorise le travail sur appel. Mais elle a aussi ses avantages. Les temps partiels ont permis de procurer davantage de travail aux femmes », a souligné Fulvio Caccia, président de Caritas-Suisse en introduction de la journée. Cette dualité a été confirmée par la plupart des intervenants, qui ont présenté la souplesse d’esprit et la capacité d’adaptation du travailleur comme une composante nécessaire et incontournable du marché actuel de l’emploi.

Pour le professeur Birger P. Priddat, de l’Université de Witten/Herdecke en Allemagne, l’être humain se trouve dans un réseau « pluridimensionnel ». Sa façon d’agir varie en fonction de ses réseaux de relation familial, amical et professionnel. Ce qui devrait le prédestiner à s’adapter à de nouvelles situations dans le marché de l’emploi. De leur côté, les entreprises ne sont plus des entités homogènes et organisées hiérarchiquement de façon pyramidal. Cette structure traditionnelle a fait place à un réseau de structures mobiles (« en satellites »), liées directement à la direction centrale. Exit les cadres intermédiaires, exit la formation unique, et bonjour les adaptations en fonction des lois du marché. « Les entreprises engagent et lâchent des salariée en fonction des fluctuations commerciales. La flexibilité consiste alors à s’adapter à chaque situation du marché », souligne le professeur Priddat, qui met en évidence la polyvalence que doit adopter les travailleurs. « Un ingénieur, s’il veut survivre dans sa branche, doit avoir des qualités techniques, communicatives et organisationnelles ».

5’000 réductions de personnel sans licenciements

L’adaptation au marché a constitué un défi des plus importants de Swisscom. Après la libéralisation du marché des télécommunications, l’entreprise a dû procéder à des réductions de personnel massives. Ainsi, plus de 5’000 postes ont été supprimés depuis 1998, et ceci sans licenciements. Rainer Titze, chef du service du personnel, a présenté le plan social qui a permis à plus de 2’000 travailleurs de Swisscom de prendre une retraite anticipée et à près de 2’500 de se réinsérer dans un programme de travail permanent ou temporaire appelé « Work-link », en collaboration avec « Manpower ».

Selon Charles Bélaz, directeur général de Manpower, de janvier à décembre 2001 204 personnes ont effectué des engagements temporaires pour 105’000 heures de travail. Rainer Titze estime de son côté que jusqu’en 2005, 200 à 500 personnes par année auront été replacées sur le marché du travail. Un tel plan social a bien entendu un coût, estimé à près de 500 millions de francs au total (dont quelques dizaines de millions pour « Work-link ») que bon nombre d’entreprises en Suisse ne peuvent se permettre. Pour Jürg Krummenacher, directeur de Caritas-Suisse, Swisscom a fait preuve, dans cette situation, d’un bel esprit de responsabilité face à ses travailleurs. « La réinsertion des collaborateurs et la formation polyvalente devraient faire partie des devoirs d’une entreprise », a-t-il souligné à l’APIC.

« L’homme flexible » doit lutter pour survivre

Les professeurs Ingrid Böhm et Jens Schneider, responsables de l’Institut « für produktives Lernen » (IPLE) de Berlin, pensent pour leur part que la flexibilisation constitue une menace, dont la portée reste très sous- estimée, par rapport aux besoins essentiels de chacun. « L’homme flexible » ne peut survivre que s’il garde suffisamment de pouvoir de décision et de capacité d’agir. Dans le cas contraire, craignent-ils, son parcours de vie n’est plus qu’un jeu soumis aux diverses forces de la société et qui annihile toute liberté.

Ils ont relevé que l’éducation publique actuelle correspond justement à une époque où ce n’était pas la flexibilité, mais des conditions professionnelles et sociales qui changeaient peu au cours de la vie, qui étaient la règle.

Les deux chercheurs ont préconisé une formation tenant compte des expériences professionnelles et des parcours de vie de chacun, et non plus basée uniquement sur la transmission brute de connaissances, pour mieux répondre au phénomène de flexibilisation. (apic/bb)

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